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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 22:55
 
	YARA NARDI / POOL / AFP
YARA NARDI / POOL / AFP

Alors que le monde est touché de plein fouet par l'épidémie de coronavirus, entraînant des milliers de décès, et que plus de trois milliards de personnes sur terre sont confinées, le pape François a prononcé une bénédiction « Urbi et Orbi » exceptionnelle face à une place Saint-Pierre entièrement vide le 27 mars à 18 heures. Lors de sa méditation de l'Évangile, le pape a souligné la « tempête » dans laquelle nous sommes et appelé à « ne pas avoir peur ». En voici le texte complet.

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Evangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent.

Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Evangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

Nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse.

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : “Tu ne te soucies pas de moi ?”. C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’“emballer” et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : “Réveille-toi Seigneur !”

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : “Réveille-toi Seigneur !”

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : “Convertissez-vous”, « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul.

Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la co-responsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes!

Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage.

« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale.

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu.

Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs.
Tu nous demandes de ne pas avoir peur.
Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs.
Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête.
Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5).
Et nous, avec Pierre, « nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous » (cf. 1P 5, 7).

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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 23:55

 

Gorze, mars-avril 2020

 

Chers amis,
 

  Chacun cherche à comprendre les événements que nous vivons aujourd'hui, mais il semble que peu de personne se réfère aux données traditionnelles des Sagesses de l'humanité. Dans le brouhaha médiatique, comment s'élever au-dessus de la multitude des opinions individuelles souvent contradictoires ? Chacun y va de son refrain et finalement cela devient une belle cacophonie...

 

Depuis la fin du moyen âge, nous nous sommes éloignés progressivement de la véritable connaissance que l'on pourrait appeler « initiatique », c'est à dire de la recherche de la Sagesse en nous qui est le fruit donné par l'esprit ( le noûs ) relié à sa Source. La recherche horizontale des causes, si elle a sa place, ne doit pas prendre toute la place. Nous sommes trop souvent entraînés dans la guerre des opinions et comme disait Lanza del Vasto , toutes les guerres commencent par cette phrase : «  J'ai absolument raison ! »...

 

Le monde de la forme est en perpétuelle transformation et nous sommes bien loin d'en saisir toute la complexité et toute la subtilité... Être identifié à la forme, c'est être dans l'errance permanente et tourner en rond dans sa vie, sans point de référence et de stabilité. On n'y comprend plus rien bien souvent et on cherche dans le mental des explications qui ne s'y trouvent pas et qui ne s'y trouveront jamais. Nous sommes donc invités à changer de méthode pour accéder à un sens au-delà du sens et du non-sens.

 

Cette méthode nous est proposée par la Bible, dès le début, dans l'invitation à entrer dans l'écoute : c'est le fameux appel du « Shema Israel ». Oui, « écoutez ! une voix s'élève, qui résonne à travers la nuit, rejetez loin de vous les songes, la Lumière du Christ paraît... »

 

Cet hymne, que nous chantons durant le temps de l'Avent, exprime cette « attente » d'entrer dans la véritable « connaissance » , celle du Christ qui « éclaire » tout homme venant en ce monde...  Dans notre monde actuel, soi-disant moderne, on prête en fait peu d'attention à cette écoute intérieure. C'est plutôt considéré comme le domaine des rêveurs, de gens qui n'ont pas le sens des réalités : Réveillez-vous donc et produisez, non pas des fruits dignes du repentir mais du concret mesurable et pesable dans la balance commerciale …

 

Pourtant, ce qui semble être le plus éloigné de l'ordre pratique se trouve souvent être efficace quant à la possibilité de sortir du malheur dans lequel semble s 'enfoncer notre monde. Sans l'« information » verticale, il est impossible de rien accomplir qui soit réellement valable,  qui soit autre chose qu'une agitation vaine et superficielle. Il nous est peut-être donné, par ce « corona-virus », l'occasion d'observer à quel point ce monde moderne est une négation dans ses principes mêmes, des vérités traditionnelles et supra-humaines.

 

Dans la tradition taoiste, entr'autre, se retrouve la notion de « Chakra coronal » et René Guénon dans un de ses ouvrages a écrit un chapitre qui s'intitule ; « L'artère coronale et le rayon solaire. » ( L'homme et son devenir selon le Vêdânta.) Ce Chakra coronal ou lotus aux mille pétales, est centré au niveau du sommet du crâne et c'est l'une des principales entrées d'énergie. Il nous relie avec ce cosmos que je suis ; il nous ouvre les « Portes du royaume du Tout. » Ce Chakra est l'expression de notre harmonie. Dans certaine iconographie ancienne, on représente Adam couronné et cette couronne est le symbole de sa royauté.

 

L'homme est roi, prêtre et prophète. Le fameux « corona-virus » ne vient-il pas nous rappeler à notre vocation essentielle, qui est de « cultiver » notre jardin intérieur en nous ouvrant aux énergies de l'Arbre de Vie qui descendent du ciel et pénètrent en nous par cette « couronne » ? Au lieu de cela, dans ce monde en ébullition, tout nous éloigne de notre « Quiétude » qui est le « couronnement » de notre quête, et qui est l'essence même de notre être, la vraie vie en Christ.

 

« Ce n'est plus moi qui vit » dit saint Paul, « c'est le Christ qui vit en moi »... Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Grand Silence qui vit en moi pourrait-on ajouter pour ceux qui ne se référent pas au Christ, car cette expérience est universelle et elle concerne tous les hommes de par la nature même de leur humanité.

 

La délivrance n'est pas magique, il nous appartient, avec l'aide de Dieu, de la provoquer. C'est ce que le Christ appelle la seconde naissance.

« En vérité, Je te le dis, si un homme ne renaît de l'eau et de l'esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu....Ne t'étonne pas, de ce que je te dis, qu'il faut naître de nouveau. »

 

Ce dialogue, entre Nicodème et Jésus, est le révélateur qui peut bouleverser notre vie comme il a sans aucun doute bouleversé la vie de Nicodème, docteur de la loi et qui ignorait le b, a, ba de la vie intérieure. Renaître de l'eau ! D'où le rite initiatique du baptême dans l'église, l'eau étant regardée par beaucoup de traditions, comme le milieu originel des êtres : la matrice « Yin » et par transposition, celui qui « naît de l'eau » devient « fils de la Vierge » et donc frère adoptif du Christ et co-héritier du « royaume de Dieu. »

 

Quant à l'Esprit, le Pneuma, Il est le Principe complémentaire et actif qui féconde ces eaux primordiales pour que naissent « l'homme nouveau », « maître des virus » si je puis dire, et qui commande aux éléments cosmiques.

 

Nous sommes invités à prendre au sérieux les expériences intérieures qui nous ouvrent sur cet espace du « numineux », source d'un véritable chemin initiatique, qui peu à peu nous ramène à la maison du Père que nous avons quittée, et que nous quittons encore et encore, dès que nous sommes repris par l'illusion du mental qui cherche à nous jeter à l'extérieur, « là où sont les pleurs et les claquements de dents ».

 

Nous sommes le cosmos, nous sommes le virus, nous sommes la vie sous toutes ses formes. Il n'y a pas « d'extérieur », tout ce qui arrive à l'extérieur est révélateur de ce qui se passe à l'intérieur. Nous n'avons pas à nous défendre de la nature, nous sommes la nature qui se défend et qui refuse de se laisser engloutir par la folie engendrée par le mental humain coupé de l'intelligence du cœur.

 

L'appel à la conversion résonne dans tout l'évangile, c'est même la première parole de saint Jean Baptiste : « Convertissez-vous, sinon vous mourez ». Que le Seigneur nous guide et que Marie la très sainte mère de Dieu nous accompagne dans ce chemin de retour vers la source paternelle, c'est à dire vers l'expérience de la « plénitude, de l'ordre, et de l'unité », pour reprendre la terminologie de Graf Dürckheim, et qui répond exactement à ce dont nous avons besoin, et non pas forcément à ce dont nous avons envie, « avant même que nous le demandions » pour reprendre une parole de Jésus parlant de son Père, qui est aussi « Notre Père » !

 

                   Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !

 

                            Père Francis

 

Prière

 

O Dieu, aide-moi à prier, et à élever mes pensées vers Toi,

seul je ne peux le faire.

 

En moi, tout est sombre, mais en Toi est la lumière.
Je suis seul, mais Tu ne m'abandonnes pas, le secours est en Toi;

je suis inquiet, mais la paix est en Toi.

En moi habite l'amertume, mais en Toi la patience;

je ne comprends pas Tes voies, mais Toi Tu connais mon chemin ! (...)
 

Esprit-Saint, donne-moi la foi qui sauve du désespoir et de la tentation.
 

Donne-moi l'amour de Dieu et des hommes

qui efface toute amertume et toute haine;

 

donne-moi l'espérance qui délivre de la peur et du découragement.
 

        Dietrich Bonhoeffer (1906-1945)

 

Texte à méditer

 

"Que le jeûne soit accompli avec mesure. Et qu'il soit observé pour la discipline de l'âme et du corps, comme nous l'avons reçu de la tradition. Que celui qui n'est pas capable de jeûner ne se permette pas d'innovation, mais qu'il reconnaisse que c'est par sa faiblesse personnelle qu'il adoucit le jeûne et qu'il honore par l'aumône ce qu'il ne peut accomplir par le jeûne. Dieu n'a nul besoin des gémissements de celui qui s'est ainsi acquis les larmes des pauvres qui plaident pour lui."

 

Saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne (5ème siècle)

 

 

Télécharger la Lettre

Cliquer ICI

 

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 23:53

Une réflexion théologique sur les mesures prises par les Eglises pour empêcher la propagation de l'épidémie de Covid-19

par Mgr Centène, évêque de Vannes

Suite à la décision administrative préfectorale interdisant les rassemblements collectifs dans le département, n’y a-t-il pas un excès de zèle d’avoir suspendu toutes les messes publiques la semaine dernière et de continuer à les interdire dans les zones de « clusters » ?

Il n’y a que sur les réseaux sociaux que nous trouvons des gens qui sont experts en toute chose et qui donnent un avis infaillible sur tout. Le bon sens et le réalisme nous font un devoir d’entendre ceux qui sont effectivement compétents et qui sont chargés de prendre des décisions, surtout en mesure de santé publique.

En l’espèce, l’Église n’est pas l’autorité sanitaire et il est de son devoir d’accepter ses préconisations et même ses conseils. Toute autre attitude relèverait d’une irresponsabilité coupable dont nous aurions à répondre, non seulement devant l’autorité civile, mais en conscience devant Dieu.

L’obéissance aux autorités civiles ne cache-t-elle pas une mollesse, une tiédeur ? Jusqu’où l’Église a-t-elle à se soumettre à la loi civile ?

Pour un chrétien l’obéissance aux autorités civiles n’est pas une option facultative, elle est un devoir. C’est ce que nous dit saint Paul dans le chapitre 13 de la Lettre aux Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu ; si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu, et en prenant cette position, on attire sur soi le jugement.

En effet, ceux qui dirigent ne sont pas à craindre quand on agit bien, mais quand on agit mal. Si tu ne veux pas avoir à craindre l’autorité, fais ce qui est bien, et tu recevras d’elle des éloges. Car elle est au service de Dieu pour t’inciter au bien ; mais si tu fais le mal, alors, vis dans la crainte. En effet, ce n’est pas pour rien que l’autorité détient le glaive. Car elle est au service de Dieu : en faisant justice, elle montre la colère de Dieu envers celui qui fait le mal.

C’est donc une nécessité d’être soumis, non seulement pour éviter la colère, mais encore pour obéir à la conscience. C’est pour cette raison aussi que vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont des ministres de Dieu quand ils s’appliquent à cette tâche. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à celui-ci l’impôt, à un autre la taxe, à celui-ci le respect, à un autre l’honneur » (1).

Il le redit dans la lettre à Tite : « Rappelle à tous qu'ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu'ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien » (2). L'appartenance à l'Église  ne dispense pas d'obéir aux lois de la cité, dans leur ordre  de légitimité temporelle.

Saint Pierre ne dit-il pas qu'il faut « obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » ? (3)

Il ne s'agit pas du même  contexte mais d'une circonstance où des hommes, en l'occurrence le grand prêtre et le conseil suprême, voulaient empêcher les apôtres de prêcher et enseigner au nom de Jésus.

C'est le salut qui est en cause ici et pas l'obéissance aux lois qui organisent la cité. Cette réponse de Pierre fonde  l'objection de conscience vis-à-vis de ce qui pourrait compromettre le salut éternel et s'opposer au plan  de Dieu.

Mais, en ce qui concerne l'obéissance aux autorités civiles, on ne peut pas opposer Pierre à Paul. Saint Pierre écrit d'ailleurs dans sa première lettre : « Soyez soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit à l'empereur qui est souverain, soit aux gouverneurs qui sont ses délégués pour punir les malfaiteurs et reconnaître les mérites des gens de bien» (4).

Jésus lui-même n'était pas un zélote, révolté contre l'autorité romaine ; interrogé sur l'obligation de payer l'impôt à César, il a répondu : «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu» (5). Lui-même s'est soumis aux autorités jusqu'à recevoir d'elles la mort. Il n'a pas appelé à son secours « des légions d'anges» (6) et il voit dans son arrestation l'accomplissement des Écritures (7).

C'est même  par son obéissance qu'il nous sauve et qu'il est glorifié : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix.

C'est pourquoi Dieu l'a exalté: il l'a doté du Nom qui est au­ dessus de tout  nom, afin qu'au  nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : "Jésus Christ est Seigneur" à la gloire de Dieu le Père» (8).

Nous ne pouvons pas réagir systématiquement comme si les lois civiles étaient intrinsèquement opposées à la loi de Dieu et devaient faire l'objet d'une résistance opiniâtre de la part de l'Église.

L'obéissance aux lois qui organisent la Cité n'est pas une concession faite par mollesse, elle est un devoir de la part du chrétien. Si chaque citoyen ou chaque communauté n'obéissait qu'aux lois qu'il se donne à lui-même, la société retournerait au chaos.

Les martyrs n'ont-ils pas fait preuve de cette résistance ?

Il faut encore une fois comparer ce qui est comparable. Les martyrs ont été confrontés à des lois qui s'opposaient à la loi de Dieu et qui compromettaient leur salut  et celui de leurs frères, pas à des lois qui concernaient le maintien de la santé publique et la lutte contre une épidémie.

Leur témoignage s'est fait au prix de leur propre vie et pas au péril de la santé et de la vie de leur prochain. Leur témoignage était basé sur le commandement de l'amour de Dieu et du prochain, et s'ils ont  accepté joyeusement la mort, dans l'espérance de la vie éternelle, ils ne l'ont pas procurée à leurs frères. Dieu est le Dieu de la vie pas de la mort.

Les prêtres pourraient-ils arguer de la clause de conscience pour célébrer la messe  publiquement, malgré tout, dans les zones d'infestation du virus ? Et les fidèles pour y assister ?

Si l'assistance à la messe quotidienne était une nécessité indispensable au salut, une clause de conscience pourrait jouer, mais ce n'est pas le cas. Participer à la messe en semaine est d'une grande fécondité spirituelle mais  n'est  pas une obligation demandée par l'Église.

Quant à l'obligation de participer à la messe du dimanche, elle est un commandement de l'Église et donc l'Église peut, en constatant des cas d'impossibilité ou d'épreuve, en donner temporairement dispense. Sanctifier le jour du Seigneur est le troisième commandement de Dieu.

Traduire ce précepte par l'assistance à la messe  dominicale est le deuxième commandement de l'Église. Le chrétien qui est dans l'impossibilité de s'y conformer trouvera d'autres modalités pour sanctifier le jour du Seigneur.

Mais en tout état de cause, l'Église qui donne ce deuxième commandement est à même d'en dispenser les fidèles pour des raisons graves. Même en l'absence de décision de l'évêque, les prêtres pourraient en dispenser les fidèles qui leur sont confiés si les nécessités l'imposaient.

Quelle légitimité y a-t-il à traduire sur le plan liturgique des mesures sanitaires préconisées par le préfet (communion dans la main, bénitiers vidés, pas de geste de paix) ?

Il est bien évident que le préfet  n'est pas l'ordonnateur de la liturgie, mais la légitimité de traduire en termes liturgiques les dispositions sanitaires vient de la nature même  des choses. Des mesures générales qui ne seraient pas traduites par des attitudes et des pratiques concrètes n'auraient aucune efficacité.

Or le but des mesures sanitaires est d'être efficace. En interdisant les rassemblements, les autorités sanitaires cherchent à éviter les contacts qui sont  vecteurs de la transmission du virus.

Pour ce qui est de la communion, j'entends souvent l'objection que les mains ne sont  pas plus propres que la langue, qu'elles sont le principal vecteur de transmission du coronavirus, ou qu'en donnant la communion dans la bouche le prêtre n'a pas plus de contacts avec les communiants qu'en la donnant sur la main.

C'est oublier que le coronavirus est responsable d'une maladie  respiratoire et qu'il est présent dans les gouttelettes qui constituent l'haleine, dans les respirations, et que le souffle même est un vecteur de transmission en particulier lorsque le communiant est debout. Si nous sommes atteints d'une maladie respiratoire, s'abstenir de communier dans la bouche est une précaution, une délicatesse vis-à-vis des personnes qui communieront après nous et que nous pourrions contaminer.

Il ne s'agit pas d'interdire la communion dans la bouche, qui est le mode normal et traditionnel de recevoir la communion, mais, chaque mode présentant des risques, de recommander à chacun de prendre les précautions nécessaires pour garantir le précepte de la charité qui est le résumé et la source de tous les commandements.

C'est la raison  pour laquelle j'ai recommandé de faire une communion spirituelle.

Personne ne peut  revendiquer les sacrements comme un dû, ils sont toujours un don de Dieu que personne ne peut revendiquer au mépris de la charité. Et le temps d'épreuve présent nous invite à nous demander encore plus si, à chaque fois, nous nous préparons assez dignement à recevoir ce don.

Il est d'autant plus légitime de traduire sur le plan liturgique les mesures sanitaires que les personnes qui participent à nos liturgies constituent souvent un public fragile sur lequel le coronavirus peut avoir des conséquences très graves. « Nous les forts, nous devons porter la fragilité des faibles et non faire ce qui nous plait » (9).

Pourquoi, plutôt que d'inviter les gens à prier individuellement, ne pas proposer des prières  collectives, des processions pour intercéder avec plus de ferveur pour les malades?

Je sais bien que l'on fait souvent appel à un passé idéalisé pour  juger ce qui se fait concrètement aujourd'hui. Autrefois, en période d'épidémie, on se rassemblait pour  prier. Nous ne dédaignons pas les prières publiques et, dimanche dernier, nous sommes allés en pèlerinage à Pontivy  prier Notre­Dame-de-Joie qui est intervenue dans le passé pour protéger nos ancêtres contre une épidémie.

Mais les hommes du XIVe ou du XVIIe siècle n'avaient pas les notions de prophylaxie que nous avons aujourd'hui. Leur science et leur industrie étaient très limitées.

Et après avoir utilisé les médicaments sommaires qu'ils avaient pu concevoir, ils n'avaient pas d'autre recours que la prière. Dieu leur venant en aide palliait les insuffisances inhérentes à leur temps et à leur degré de connaissance.

Aujourd'hui aussi, Dieu le fera ! Mais en attendant, nous devons, selon le principe de saint Ignace, agir comme si tout dépendait de nous et prier en sachant que tout dépend de Dieu.

Prier pour avoir la santé sans prendre aucune précaution pour empêcher la maladie de s'étendre, ce n'est pas de la foi, c'est du fidéisme. Pire même, c'est tenter Dieu.

Le premier dimanche de Carême, nous avons lu dans l'Évangile le récit des tentations de Jésus. Sommé par le diable  de se jeter du haut du temple au motif que Dieu enverrait son ange « au motif que Dieu enverrait son ange « pour que son pied ne heurte les pierres», Jésus a répondu:« Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu».

N'est-ce pas un manque  de foi de penser que les saintes espèces, corps et sang de Notre Seigneur Jésus­ Christ, pourraient être vecteur de maladie  ou de mort ?

Là encore, attention au fidéisme. La transsubstantiation change l'identité mais pas les accidents. Les espèces et apparences du pain et du vin demeurent et restent soumises aux lois de la nature.

Une hostie consacrée abandonnée dans un endroit humide se détériore, livrée aux flammes elle brûle et la présence réelle ne demeure que tant  que dure  le signe du pain.

Quelques miracles eucharistiques célèbres et retentissants, échappant à ces lois naturelles, nous ont été donnés pour augmenter notre foi.

Mais ce sont des miracles ! Nous ne pouvons demander à Dieu de réaliser un miracle permanent pour pallier  nos manques de prudence. Les virus ne se désactivent pas plus en entrant dans une église catholique qu'ils ne le font en entrant dans un temple protestant. «Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu.»

Rappelons-nous ce récit humoristique mais plein de sens :

« Lors de terribles inondations, un village est sur le point de se faire engloutir. Toute la population est évacuée par les pompiers, sauf le curé de ce village qui tient à rester.

- Mais pourquoi? Tout va disparaître !!

- N'ayez crainte, c'est Dieu qui me sauvera.

Tout le monde part, et le curé reste seul

L’eau continue à monter... et Ie curé se noie.

Il arrive aux portes du Paradis et dit :

-Vraiment mon Dieu, je ne comprends pas. J'ai passé ma vie à Te prier, à Te servir, toute  ma vie T'a été dévouée, et Tu n'as rien fait pour me sauver !

Et Dieu lui dit :

-Mais si! Je t'ai envoyé les pompiers trois fois, mais tu n'en as pas voulu. »

(*) Titre de La DC.

(1) Rm 13, 1-7.

(2) Tite 3, 1.

(3) Ac 5, 29.

(4) 1p 2, 13-14. (5) Le 20, 25.

(6) Mt 26, 53.

(7) Mt 26, 54. (8) Ph 2, 6-11. (9) Rm 15, 1.

 

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