Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Traduire le blog - Translate into your language

5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 23:55
Sur la Joie et la fausse religion

Mardi, 12 octobre 1976.

Le commencement de la « fausse religion » est l’incapacité de se réjouir, ou plus exactement le rejet de la joie.

Cependant, la joie est absolument essentielle, car elle est le fruit indubitable de notre perception de la présence divine. On ne peut savoir que Dieu existe, et ne pas se réjouir.

Ce n’est que par référence à la joie que la crainte de Dieu, le repentir et l’humilité sont justes, authentiques, féconds. Si l’on reste en dehors de la joie, ils deviennent facilement « démoniaques », ils dénaturent en profondeur l’expérience religieuse.

La religion de la peur, la religion de la fausse humilité, la religion de la faute, tout cela n’est que le fruit de la « séduction », de la tentation.

Combien elle est puissante, cette tentation, non seulement dans le monde, mais aussi au sein de l’Église !... J’ignore pourquoi, chez les « croyants », la joie est toujours objet de suspicion.

Or la source principale, la source primordiale de toute chose, est contenue dans ce verset « Mon âme aura la joie en l’Éternel... » La crainte du péché ne sauve pas du péché. La joie en l’Éternel, sauve.

Le sentiment de la faute, le moralisme ne « libèrent » pas. La joie est le fondement de la liberté dans laquelle nous sommes appelés « à demeurer fermes’ ».

Où, quand, comment cette « tonalité» du christianisme s’est-elle estompée, ou plus exactement, où, quand, comment les chrétiens ont-ils été frappés de surdité à son égard ?

Comment, quand, pourquoi, au lieu de laisser partir libres ceux qui étaient tourmentés, l’Église a-t-elle commencé avec sadisme à les intimider, les terroriser ?

Et voici que les gens viennent sans relâche me demander un conseil (aujourd’hui, depuis sept heures trente du matin, et il est dix heures : des conversations sans fin ; au total, il y avait quatre personnes avec des problèmes, sans compter les demandes pour de prochains rendez-vous).

Quelle faiblesse, ou quelle fausse honte, m’empêche de dire à chacun : « Je n’ai aucun conseil à vous donner. Il n’existe que cette joie faible, vacillante, mais qui, pour moi, est une certitude.

La voulez-vous ? » Ils n’en veulent pas. Ils veulent parler de « problèmes », se perdre en pur bavardage pour voir comment les « résoudre ».

En vérité, il n’y a jamais eu de plus grande victoire du diable dans le monde que cette « psychologisation » de la religion. Pour preuve : on trouve tout ce que l’on veut dans la psychologie ; une seule chose lui est absolument impossible, impensable et inadmissible la joie.

Mercredi, 13 octobre 1976.

Ce matin : matines, confessions, cours, à nouveau confessions, rendez-vous. Selon moi, Dieu pardonne tout sauf cette « absence de joie » qui consiste en l’oubli que c’est Lui qui a créé le monde et l’a sauvé...

La joie n’est pas un des appointments [« composantes »] du christianisme, mais sa « tonalité » intrinsèque qui imprègne tout : la foi et la vision du monde. Là où il n’y a pas de joie, le christianisme, de même que la religion, se transforme en « peur », et par conséquent en souffrance.

Car, même en ce qui concerne la chute du monde (terme médian de ma triple intuition : Création – Chute – Salut), nous n’en avons connaissance qu’à travers la « création et le salut » du monde, accomplis par le Christ.

Et les lamentations sur la chute ne suppriment pas la joie qui finit toujours par faire surgir « en ce monde » une « tristesse lumineuse ».

« Le monde d’ici-bas » se divertit, mais il est justement sans joie, car la joie (à la différence de ce que les Américains appellent le fun) ne peut venir que de Dieu, d’en haut.

C’est pourquoi le christianisme est entré dans le monde comme étant la joie : non seulement joie du salut, mais salut en tant que joie.

Réfléchissons un peu : chaque dimanche, nous « partageons les agapes » avec le Christ, nous sommes « à sa table, dans son Royaume », et ensuite nous nous plongeons à nouveau dans « nos problèmes », dans la peur et la souffrance...

Dieu a sauvé le monde par la joie : « Votre tristesse se changera en joie », « et nul ne vous ravira votre joie » [Jn 16, 20 ; 22].

Dimanche, 26 décembre 1976.

Nativité du Seigneur. Joie dans toute sa plénitude. Les offices, l’arbre de Noël avec tous nos petits-enfants, et aujourd’hui, en plus, nous nous sommes réveillés sous un manteau de neige, mais le soleil est éclatant, le ciel resplendit, et dans nos cœurs c’est la fête...

Confessions, « entretiens ». La force du péché n’est pas dans la tentation du mal évident mais dans l’enchaînement de l’âme par toutes sortes de vétilles, de passions minables, dans l’impossibilité pour elle, pour notre âme, de « respirer le ciel sans entraves... » [vers d’un poème de Vladislav Khodassevitch].

Mais pour combattre cet état, il ne suffit pas d’inviter seulement à la prière, à la piété. Même la « piété » peut être et se révèle souvent mesquine, et la prière – égocentrique.

C’est toujours la même question : sur « le trésor du cœur », sur ce qu’est la joie... Sans la joie, la piété et la prière sont, pour ainsi dire, privées de la grâce, car leur force est dans la joie.

La religion est devenue synonyme du « sérieux » incompatible avec la joie, c’est pourquoi elle est si faible.

On exige d’elle des réponses, la paix, un sens, alors qu’elle n’existe que dans la joie.

C’est là sa réponse qui inclut toutes les réponses.

Alexandre Schmemann, Journal (1973-1983),
éditions des Syrtes, 2009. 925 p.

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 23:44
Notre dignité est infinie

On ne peut dire de personne

qu’il soit insignifiant,

puisqu'il est appelé

à voir Dieu sans fin.

Marguerite Porete
Le miroir des âmes simples et anéanties.

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0
3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 23:57

Dans un livre d’entretiens, le pape François livre, à partir du Je vous salue Marie, une jolie méditation sur la figure de la Mère de Dieu.

Je vous salue Marie

du pape François

Bayard-Librairie éditrice vaticane

Après le Notre Père il y a un an, c’est sur le Je vous salue Marie que le père Marco Pozza, aumônier de prison à  Padoue, a interrogé le pape François, pour une émission de télévision diffusée en novembre et décembre en Italie et un livre, qui paraît mercredi 23 janvier en France. Un choix du pape, qui a voulu « reparcourir » cette « prière qui nous accompagne depuis l’enfance ».

« Le Je vous salue Marie nous est enseigné très jeune et, même si nous négligeons cette prière, lors des difficultés, elle revient sur nos lèvres, mais surtout dans notre cœur », explique-t-il.

« La Vierge m’a toujours attiré », reconnaît-il, confiant que « regarder la Vierge est une belle chose » mais qu’il est « encore plus beau de se laisser regarder » par celle dont le doigt est « toujours dirigé vers Jésus ».

La Marie que décrit François est d’abord une femme « normale », mot qui revient à de nombreuses reprises dans le livre.

« Je me l’imagine comme une fille normale, une jeune fille d’aujourd’hui (…), mais normale, tout à fait normale, élevée normalement, prête à se marier, à fonder une famille », décrit-il, « une femme qui a vécu une vie normale », c’est-à-dire «parmi le peuple et comme le peuple », « enracinée au sein d’un peuple ».

« Marie n’était pas omnipotente, elle était une femme normale, pleine de grâce mais normale », insiste-t-il, faisant d’elle un exemple de cette « classe moyenne de la sainteté » qu’il affectionne. «La sainteté de Marie est la plénitude de l’Esprit Saint, et notre sainteté, c’est de laisser Dieu se faire Christ en nous, dans les petites choses de tous les jours », explique-t-il.

Cette normalité de Marie, affirme-t-il, n’empêche évidemment pas pour lui cet « appel spécial du Seigneur », pour lequel elle « a eu peur ». « Elle était inquiète. On ne peut concevoir la sainteté sans inquiétude», affirme François, qui insiste aussi sur la maternité de Marie.

«N’oublions pas : Dieu salue une femme qui est mère dès le premier instant », souligne le pape qui voit aussi en Marie une mère qui a souffert – « elle a été piétinée », affirme-t-il – et dont la douleur rappelle à l’ancien archevêque de Buenos Aires les Mères de la place de Mai devant lesquels il ne trouvait pas les mots

« Un enfant n’est jamais une malédiction, mais il peut être une croix », relève aussi le pape pour qui cette douleur et cette souffrance sont l’occasion d’évoquer le thème de la mort, mais aussi celui du suicide.

De l’Incarnation à la mort, le Je vous salue Marie, résume François, « commence par la grande vérité du salut » et « finit par la grande vérité de la condition humaine, fruit du péché introduit dans le monde par l’envie du diable ».

Une histoire humaine résumée par cette femme « normale » qu’est Marie, dont il rappelle qu’elle est aussi le visage de l’Église. « Nous les prêtres, nous sommes des hommes, nous ne sommes pas l’Église », affirme in fine le pape, qui veut rappeler que « l’Église est féminine ».

Nicolas Senèze (à Rome)

__________________________________
 

277163 234956736553388 1210667500 qSi vous souhaitez recevoir chaque jour un texte spirituel choisi par le diacre Marc abonnez-vous à son blog (et regardez votre dossier spam ou indésirable pour valider ensuite votre inscription envoyée par Feedburner) :

 

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

 

Partager cet article
Repost0