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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 22:57
Le sens du mot simplicité

Pour saisir le sens de cette grâce cistercienne qu’est la simplicité, il convient tout d’abord de définir le mot simplicité. Il vient du latin simplex, dérivé de semel « une fois » et de plecto « plier ». Au sens étymologique, « est simple » ce qui n’est plié qu’une fois. Les auteurs du Moyen Âge ont dû trouver que ce « pli unique » était encore de trop… car ils ont fait dériver la première syllabe de simplex non de semel mais de sine « sans ». Ainsi, être simple, c’était, pour eux, « être sans pli ».

[...]  Père Charles Dumont paraphrase en ce sens les propos du philosophe allemand Heidegger pour désigner cette grâce bienfaisante et transformante de la simplicité cistercienne héritée de nos Pères : « La simplicité enveloppe et relie en un plis unique l’explicite et l’implicite, le dehors et le dedans ». Le moine est donc simple dans son cœur et dans son âme, et il est simple dans sa façon d’être. La simplicité est donc à la fois un état d’esprit et un état de vie.

[...] La grâce spirituelle de la simplicité cistercienne, à la fois discipline et sagesse, chemin de paix, d’unité et de bonheur, est proprement évangélique. Une vie simple, en vérité, annonce le Royaume. Elle est également mystique, car la vertu de simplicité fait expérimenter l’union à Dieu. Elle est signe d’authenticité, de l‘unique nécessaire. La simplicité est une manière de nous unir à la divinité de Dieu, car celui qui est simple est comme Dieu, il le rejoint.
 

« C’est ce silence et cette simplicité qui nous fournissent l’occasion de nous transformer, allant de clarté en clarté, en l’image même du Seigneur que nous contemplons comme à visage découvert sous l’influence de l’Esprit même de Dieu… Consacré à un tel usage, notre silence vous paraît-il silence et inertie ? C’est en lui qu’on apprend et qu’on pratique le grand art d’aller en ligne droite vers Dieu. » Gilbert de Hoyland.

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 22:54
Une réflexion critique sur Saint Augustin

Saint Augustin, un géant de la pensée, laquelle a prédominé dans l'Occident chrétien pendant mille ans, obnubilant celles, pourtant lumineuses de saint Hilaire de Poitiers et de saint Ambroise de Milan (pourtant son professeur).

Comme l'écrivit le savantissime historien Henri-Irénée Marrou, "Augustin a été l'instituteur de tout le Moyen-Age". 

L'homme ne peut que susciter l'amitié et l'attachement, ne serait-ce que par le fait qu'il ne cache rien des désordres de sa vie passée, qui le font si proche de nous..

Il n'est pas comme ces saints que décrivent les hagiographes, qui le sont dès leur conception et qui, probablement, se tenaient déjà à genoux les mains jointes dans le sein de leur mère !

Il fut aussi un évêque modèle, remplissant avec acharnement toutes les missions attachées à sa charge, et d'autres en plus à cette époque où les invasions des Vandales faisaient s'écrouler l'administration impériale.

Mais il fut aussi théologien, ce qui, pour un évêque, paraît naturel. Sauf que sa théologie causa des dégâts immenses et immensément durables.

La raison ? C'est qu'Augustin avait été professeur de rhétorique et de philosophie, et que les philosophes font toujours de piètres théologiens.

Pourquoi ? Parce qu'ils s'efforcent d'enfermer Dieu dans leurs concepts alors que Dieu est par nature inconcevable et insaisissable.

Ils font, au mieux, de la philosophie religieuse. Or celle-ci raisonne et parle à propos de Dieu, qui devient donc objet - l'extrême caricatural de cela est la tentative de "prouver Dieu".

Mais Dieu n'est pas objet, il est sujet. Dans la théologie vraie, Il parle de Lui, Il se révèle aux esprits aptes à recevoir cette révélation par l'ascèse et la prière.

D'où l'axiome: celui qui prie vraiment est vraiment théologien.

Augustin avait sûrement cette aptitude, mais son armature intellectuelle fit obstacle à la réception de cette révélation.

Chez lui, le Logos fit ombrage au Noûs.

D'où une série d'erreurs graves qui ont empoisonné pendant des siècles la pensée occidentale.

L'inventeur du Filioque, c'est lui.

C'est lui aussi qui a inventé que le Saint-Esprit était le lien d'amour entre le Père et le Fils, en établissant une distinction rhétorique parfaitement arbitraire entre l'Aimant (le Père), l'Aimé (le Fils) et l'Amour (le Saint-Esprit).

Outre le fait que le Fils est aussi l'Aimant et le Père l'Aimé, si le Saint-Esprit n'est qu'un sentiment, même divin, Il n'est plus une Personne, une Hypostase.

C'est à saint Augustin que l'on doit le presque total effacement du Saint-Esprit dans la théologie occidentale.

Ce qui a eu de graves conséquences, en particulier de faire jouer à la Vierge Marie, en partie, le rôle incombant normalement au Saint-Esprit.

Autre fait. Saint Augustin ne s'est jamais vraiment consolé de sa vie de débauche dans sa jeunesse, et cette permanente culpabilité a encore été aggravée par le fait qu'avant d'être chrétien il avait été manichéen.

D'où un discrédit confinant au rejet, à la fois conceptuel et pénitentiel de la chair et de ses oeuvres, qui ne pouvaient qu'être pécheresses.

Cette condamnation a pesé pendant un millénaire et demi sur la conscience européenne, qu'on s'y soumette ou qu'on la combatte.

Enfin, dans sa lutte contre les pélagiens qui poussaient à l'extrême la capacité de l'homme à se sauver par ses propres moyens, il versa dans l'extrême opposé en niant totalement cette capacité.

C'est en vertu de cette conception extrémiste que le grand saint Jean Cassien, qui établissait une synergie entre la volonté de Dieu et celle de l'homme, fut classé dans une catégorie spéciale d'hérétiques : les semi-pélagiens.

On trouve ce qualificatif encore dans les années 50.

Conclusion : certains orthodoxes fanatiques, ne pouvant dénier toute sainteté à Augustin mais ne voulant pas la lui reconnaître entière, l'appellent "le bienheureux Augustin".

C'est à la fois stupide et discourtois.

Mais s'il y a un conseil à donner, lisons et relisons les Confessions.

Comme le disait l'évêque Jean de Saint-Denis de bienheureuse mémoire, ce qui différencie saint Augustin et Rousseau, c'est que Rousseau se confesse devant les hommes et que saint Augustin se confesse devant Dieu.

Article publié par JFV

https://orthodoxeoccident.blogspot.fr

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 22:58
Comment "voir" Dieu ?
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5,8)

La santé du corps est un bien pour la vie humaine.

Or, on est heureux non seulement de connaître la définition de la santé, mais de vivre en bonne santé.

Car si un homme fait l'éloge de la santé et prend une nourriture malsaine qui lui gâte le sang, quel profit trouvera-t-il à ces éloges tandis qu'il est tourmenté par la maladie ?

Comprenons de la même manière l'affirmation que nous avons discutée.

Le Seigneur Jésus ne dit pas qu'on est heureux de savoir quelque chose au sujet de Dieu, mais qu'on est heureux de le posséder en soi-même.

En effet, heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Il ne pense pas que Dieu se laisse voir face à face par celui qui aura purifié le regard de son âme.

Mais peut-être la noblesse de cette parole nous suggère-t-elle ce qu'une autre parole exprime plus clairement : Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous.

Voici ce qu'elle nous enseigne : celui qui a purifié son cœur de toute créature et de tout attachement déréglé voit l'image de la nature divine dans sa propre beauté.

Il me semble que dans cette brève formule le Verbe fait tenir l'exhortation suivante : « Hommes qui avez quelque désir de contempler le vrai Bien, vous avez entendu dire que la majesté divine est élevée au-dessus des cieux, que sa gloire est incompréhensible, sa beauté inexprimable et sa nature infinie. Mais ne désespérez pas de parvenir à contempler l'objet de votre désir. » ~

Si tu purifies, par un effort de vie parfaite, les souillures attachées à ton cœur, la beauté divine brillera de nouveau en toi.

C'est ce qui arrive avec un morceau de fer, lorsque la meule le débarrasse de sa rouille. Auparavant il était noirci, et maintenant il brille et rayonne au soleil.

De même l'homme intérieur, que le Seigneur appelle « le cœur », lorsqu'il aura enlevé les taches de rouille qui altéraient et détérioraient sa beauté, retrouvera la ressemblance de son modèle, et il sera bon.

Car ce qui ressemble à la Bonté est nécessairement bon.

Donc celui qui se voit lui-même découvre en soi l'objet de son désir.

Et ainsi celui qui a le cœur pur devient heureux parce que, en découvrant sa propre pureté, il découvre, à travers cette image, son modèle.

Ceux qui voient le soleil dans un miroir, même s'ils ne fixent pas le ciel, voient le soleil dans la lumière du miroir aussi bien que s'ils regardaient directement le disque solaire.

De même vous, qui êtes trop faibles pour saisir la lumière, si vous vous retournez vers la grâce de l'image établie en vous dès le commencement, vous possédez en vous-mêmes ce que vous recherchez.

La pureté, en effet, la paix de l'âme, l'éloignement de tout mal, voilà la divinité.

Si tu possèdes tout cela, tu possèdes certainement Dieu.

Si ton cœur est exempt de tout vice, libre de toute passion, pur de toute souillure, tu es heureux, car ton regard est clair.

Purifié, tu contemples ce que les yeux non purifiés ne peuvent pas voir.

L'obscurité qui vient de la matière a disparu de tes regards et, dans l'atmosphère très pure de ton cœur, tu distingues clairement la bienheureuse vision.

Voici en quoi elle consiste : pureté, sainteté, simplicité, tous les rayons lumineux jaillis de la nature divine, qui nous font voir Dieu.

Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque 
Homélie 6 sur les Béatitudes ; PG 44,1269 (trad. cf bréviaire) 

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