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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 22:55
Nous avons perdu la Naïveté

Le mot le plus terrible qui ait été prononcé contre notre temps est peut-être celui-ci : « Nous avons perdu la naïveté. »

Dire cela, ce n'est pas nécessairement condamner les progrès des sciences et des techniques dont notre monde est si fier. Un tel progrès est en soi admirable. Mais c'est reconnaître que ce progrès ne s'est pas réalisé sans une perte considérable au plan humain.

L'homme, enorgueilli de sa science et de ses techniques, a perdu quelque chose de sa candeur.

Empressons-nous de dire qu'il n'y avait pas que de la candeur et de la naïveté chez nos pères.

Le Christianisme avait assumé la vieille sagesse paysanne et terrienne, née du contact de l'homme avec la terre.

Et il y avait sans doute encore plus de terre que de Christianisme chez bon nombre de nos pères. Plus de pesanteur que de grâce. Mais l'homme avait alors des racines puissantes.

Les élans de la foi, comme les fidélités humaines, s'appuyaient sur des adhésions vitales et instinctives particulièrement fortes. Celles-ci n'étaient aucunement ébranlées ou énervées. L'homme participait au monde, naïvement.

En perdant cette « naïveté », l'homme a aussi perdu le secret du bonheur.

Toute sa science et toutes ses techniques le laissent inquiet et seul.

Seul devant la mort. Seul devant ses infidélités et celles des autres, au milieu du grand troupeau humain.

Seul aux prises avec ses démons qui ne l'ont pas déserté.

A certaines heures de lucidité, l'homme comprend que rien, absolument rien ne pourra lui rendre une joyeuse et profonde confiance dans la vie, à moins d'un recours à une source qui soit en même temps un retour à l'esprit d'enfance.

La parole de l'Evangile n'est jamais apparue aussi lourde de vérité humaine :
« Si vous ne devenez comme des tout-petits, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. »

Sur ce chemin qui conduit à l'esprit d'enfance, un homme aussi simple et aussi pacifié que saint François d'Assise a quelque chose à nous dire.

Quelque chose d'essentiel et de décisif. Ce saint au Moyen-Age nous est étonnamment proche.

Il semble avoir senti et compris notre drame à l'avance, lui qui écrivait : « Salut, Reine Sagesse, que Dieu te sauve avec ta sœur la pure simplicité. »

Ah ! nous ne le sentons que trop, il ne peut pas y avoir de sagesse pour nous qui sommes si riches de science sans un retour à la pure simplicité.

Mais qui donc, mieux que le pauvre d'Assise, peut nous apprendre ce qu'est la pure simplicité ?

P Eloi Leclerc

Sagesse d'un pauvre

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 22:55
La Lettre de Béthanie N°145

Chers Amis,

 

Le 4 octobre nous fêtons saint François d'Assise. Or il se trouve que saint François est le saint occidental le plus populaire, le plus aimé dans l'Orthodoxie. Ce n'est pas moi qui le dit, mais le théologien orthodoxe Olivier Clément.

 

En effet, de grands intellectuels russes ont fait le pèlerinage d'Assise. Parmi eux, le philosophe Nicolas Berdaïev a écrit quelques années plus tard : « La vie de François représente le fait le plus important de l'histoire du christianisme après la vie même de Jésus Christ. »

 

Plus près de nous, Vladimir Lossky, le plus rigoureux des théologiens orthodoxes contemporains, vénérait saint François et le tenait comme l'un de ses intercesseurs et Nikita Struve, historien de l'Eglise russe au XXe siècle, réclamait, il y a quelques années, que la sainteté de François d'Assise soit « ouvertement » reconnue par l'Eglise orthodoxe.

 

Dans le monde grec, Nikos Kazantzakis lui consacra un beau livre : « Le Pauvre de Dieu », et du fait de l'occupation vénitienne en Crète on peut voir des représentations de saint François sur les fresques des églises au même plan que les saints grecs ! Aussi je me suis posé la question : qu'est-ce qui fait cette résonance, cette ouverture entre saint François, sa spiritualité, et l'orthodoxie ?

 

A la réflexion, on peut trouver, à distance dans l’espace et le temps bien sûr, une vraie parenté spirituelle et historique entre, par exemple saint Séraphim de Sarov et saint François. Historiquement, s’ils ont vécu pourtant à six siècles de distance, on remarque que chacun a vécu dans une société s'éveillant à une certaine modernité marchande.

 

Chacun est fils de marchand et exerce un temps la profession de son père. A l'horizon de grands bouleversements se profilent, en occident les hérésies et l'inquisition, la Renaissance et l'esprit des lumières qui débouchera sur un monde athée et en Russie, la révolution bolchevique.

 

Spirituellement, tous deux, ont pourtant témoigné contre l'argent roi et pour la pauvreté évangélique. Ils ont quitté leur milieu, l'un pour le monastère, l'autre pour l'errance, avant pour saint Séraphim de quitter le monastère pour s'enfoncer dans la solitude de la forêt de Sarov et pour saint François de partir dans la profonde forêt de l'Alverne. Par la suite ils reviendront vers le monde, mais alors dépossédés d'eux-mêmes, comme des Pères et des Frères universels.

 

Tous deux ont affirmé hautement la primauté de l'expérience spirituelle sur le pouvoir du mental, de la raison, de la théologie d'école.

 

Tous deux aussi ont mis l'accent sur l'humanité de Jésus pour rétablir un équilibre entre le divin et l'humain face à la perception d'un Dieu trop transcendant, trop éloigné de l'homme qu'avait l'Eglise de leur temps. Saint Séraphim recrée dans sa forêt la Terre Sainte en nommant chaque lieu : Nazareth, Bethléem, Gethsémani, Jérusalem etc.

 

François, lui, invente la crèche de Noël. C'est la même démarche amoureuse, qui cherche à réchauffer le cœur, qui cherche à entrer dans l'intimité de Jésus.

 

Tous deux ont aussi une relation rare avec tout le cosmos. Un ours pour saint Séraphim, un loup pour saint François, et n'oublions pas le Cantique des créatures et tant d'autres choses dans les détails de leurs vies, qui font d'eux des prêtres de la liturgie cosmique, de la grande célébration des êtres et des choses, qui font d'eux des contemplatifs de la nature, et des hommes de la Transfiguration.

 

Tous deux, aussi, sont des transfigurés. Il ne faut pas opposer les stigmates de François à la lumière thaborique de Séraphim, car les stigmates de saint François sont transfigurants, et je ne joue pas sur les mots, car c'est un séraphim crucifié avec six ailes de « feu », qui, dans un moment fulgurant, envoya cinq rayons de lumière et de feu sur François en prière.

 

Enfin, n'oublions pas, le crucifix de saint Damien, aujourd’hui si répandu, qui parla à François et lui dit : « Rebâtis mon Eglise », le mettant véritablement, en route sur son chemin.

 

Ce crucifix est, ni plus ni moins, une icône, avec un Christ en croix transfiguré, les yeux grands ouverts et dans une posture, non de condamné à mort, mais de célébrant de l'unique liturgie.

 

C'est ce crucifix que contempla tellement saint François qu'Il lui parla ! Le sens de cette icône, qui imprégna tant François, c'est de nous faire prendre conscience que tout homme, si banal, si ténébreux soit-il, est à l'image de Dieu et va vers la ressemblance, vers la transparence, vers la lumière divine, vers la Transfiguration.

 

Et puis, sommet de cette rencontre entre l'orthodoxie et saint François, il y a la joie ! Saint Séraphim salue chacun en lui disant : « ma joie ! » et pour saint François tout est joie !

 

Nous sommes donc véritablement face à un patrimoine commun de l'Eglise indivise et c'est là que l'on doit chercher la convergence entre saint François et l'orthodoxie. Si la force du message de saint François est telle qu'il est toujours aussi vivant et aussi jeune aujourd'hui comme au 13e siècle, c'est qu'il plonge dans l' Evangile et dans le trésor de l' Eglise indivise.

 

C'est qu'il n'est pas dans les pensées ou les concepts mais véritablement dans l'expérience spirituelle, dans l'expérience de la mort et de la résurrection du Christ.

 

          Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !

 

        Père Pascal

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 22:51
Trente et une espèces d’oiseaux peuvent être aperçues au cimetière de Loyasse. Bruno Amsellem/Divergence

Trente et une espèces d’oiseaux peuvent être aperçues au cimetière de Loyasse. Bruno Amsellem/Divergence

A Lyon, un cimetière ouvre ses grilles à la vie sauvage

Tout au long de l’année, des « défricheurs » innovent dans différents domaines. À Lyon, le cimetière de Loyasse a renoncé aux produits phytosanitaires, permettant à la nature de faire son retour dans les allées.

Une cinquantaine d’abeilles dansent autour du plant de lavande. Parmi elles, des ouvrières des ruches implantées dans une prairie voisine. Mais ce sont les nouvelles venues qui intéressent Fabien Dubois.

« Voilà plusieurs espèces sauvages pollinisatrices », identifie ce chargé d’études naturaliste de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) venu à la fraîche réaliser un inventaire. Il soulève les pierres à la recherche de vers luisants.

Relève à la jumelle la présence de mésanges noires. Recense des crottes de hérissons, de plus en plus nombreux à trottiner la nuit dans les allées du cimetière de Loyasse, classé « refuge LPO » en début d’année.

Équivalent lyonnais du Père-Lachaise, ce cimetière de 12 hectares qui coiffe la colline de Fourvière a changé de physionomie en un an après avoir abandonné le recours aux produits phytosanitaires pour désherber les allées.

Dans les secteurs moins denses en tombes, herbes hautes et graminées oscillent sous le vent. La prairie est fauchée deux fois l’an, excepté une bande d’un mètre autour des stèles coupée ras.

Si l’herbe gagne également les allées gravillonnées latérales, c’est que passer la rotofileuse entre les 20 000 tombes du cimetière prend du temps aux quatre agents d’entretien.

« Il faut un mois pour en faire le tour. Forcément, la végétation a le temps de pousser entre-temps », précise Joseph Giorgis, conservateur du site.

Il essuie les remarques de certains usagers, là où coquelicots, boutons d’or et autre liseron percent le sol. « Certains pensent que c’est un manque de considération pour les défunts.

Le changement de mentalité prendra du temps », estime Joseph Giorgis. Lui-même s’est engagé dans la démarche à reculons. « Aujourd’hui, j’enrage quand je vois les gens utiliser de la Javel pour nettoyer les tombes », confie le conservateur, rappelant qu’il y a quelques générations le cimetière avait déjà cet aspect.

« À l’époque, on n’utilisait pas de ­désherbant. Après la guerre encore, les gens venaient couper l’herbe pour nourrir leurs lapins. »

Ces derniers mois, une trentaine de plaintes sont parvenues sur le bureau du directeur des cimetières de la ville, Jean-Pierre Cornu, qui entend renforcer la communication d’ici à la Toussaint.

« Conçus au début du XIXe siècle, les cimetières français furent les premiers jardins publics. L’on s’y promenait pour recevoir de hautes leçons des tombeaux », rappelle du reste l’historien Régis Bertrand, récent coauteur d’un beau livre sur le patrimoine funéraire français, Cimetières et tombeaux (Éd. du Patrimoine).

Ici, l’écosystème s’est doucement mis en place. Les insectes volettent de nouveau, eux qui tombaient comme des mouches en raison des produits chimiques.

Puis, à leur suite, 31 espèces d’oiseaux, trois de reptiles et six de mammifères ont vu leurs effectifs grossir. Notamment les hérissons, qui régulent la population d’escargots et de limaces détériorant les pierres tombales.

De même pour les vers luisants et les lézards. Des colonies de passereaux s’occupent quant à elles des chenilles processionnaires.

Pour les accueillir, des nichoirs devraient être installés d’ici à la fin de l’année. S’ensuivra l’aménagement d’une mare pour favoriser le retour de certaines espèces de batraciens.

Au fil du temps, les résineux du carré musulman laisseront place à des feuillus où les oiseaux pourront trouver refuge. Les prairies seront maintenues pour favoriser la venue d’insectes pollinisateurs, également attirés par les herbes aromatiques à planter.

Ce sont là quelques-unes des recommandations de la LPO, qui entend « optimiser toutes les surfaces du cimetière », résume Fabien Dubois.

Et ainsi définir une démarche modèle, reproductible dans d’autres cimetières. En essayant de s’arranger de la présence d’une autre espèce, les chats.

Alimentés par des mères nourricières du quartier, ils s’affranchissent de toutes les règles de la vie sauvage en chassant pour jouer. « Une catastrophe écologique », se désole l’agent de la LPO.

Bénévent Tosseri

La Croix

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