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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 22:46

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LA VIE. Vous plaidez pour l'autolimitation volontaire. En quoi consiste-t-elle ?

JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD. J'ai eu la chance d'être l'éditeur d'un grand philo-sophe, psychanalyste, professeur à l'École des hautes études en sciences sociales, Cornélius Castoriadis. Ce spécialiste de la Grèce est le premier à avoir formulé cette notion. Pour lui, une société montre son degré de civilisation à sa capacité à s'autolimiter. Il se référait à un concept qui effrayait les Grecs : la démesure. Sur un plan individuel, elle se traduit par la cupidité ou l'incapacité à maîtriser ses passions ; sur un plan collectif, par l'attitude guerrière et le désir de conquête.

De nos jours, comment s'exprime cette démesure ?

J.-C.G. Elle s'applique dans quantité de domaines. Je songe par exemple aux tra-vaux de Dominique Méda sur « la mystique de la croissance ». Cette philosophe montre que nos sociétés cultivent une addiction à la croissance, même si elles savent pertinemment que l'on ne peut concevoir une croissance infinie dans un monde fini. Je pense aussi à ce que l'on appelle le scientisme, cette approche qui voudrait nous faire croire que la science est le seul mode d'accès au réel et que la technique pourra résoudre tous les problèmes.

Vous citez Camus : « L'homme est le seul animal capable de se dire non à lui-même. » Est-ce vraiment si humain ?

J.-C.G. Être humain n'est pas naturel. Et nous sommes tous tentés par la déme-sure. Mais l'humanité se reconstruit à chaque génération. Personnellement, je suis fondamentalement habité par l'espérance. Oui, cent fois oui, ce sera difficile, mais je crois aux forces de l'Esprit.

Dans toute ma vie de journaliste, j'ai trouvé des personnes plongées dans des catastrophes qui trouvaient suffisamment d'énergie pour être dans l'espérance et se battre. Je pense notamment à l'Ethiopie, où j'ai effectué de nombreux reportages : après des années de guerre civile, ce pays africain a su retrouver les chemins de la reconstruction de façon admirable. Si l'on regarde les mouvements de résistance qui s'organisent à travers le monde, comme celui des Indignés, tous ont aussi en commun de s'élever contre la démesure et d'incarner cette volonté de réagir.

Réagir, tout en reconnaissant sa Fragilité.

J.-C.G. L'espérance se partage, elle ne se prêche pas. Pour cela, il faut parler vrai et accepter d'avouer que l'on a eu des bles-sures, vécu des tragédies. L'écrivain suisse Alexandre Jollien, qui est handicapé, et le spécialiste de la non-violence Jacques Sémelin, devenu aveugle, m'ont aidé à découvrir que la vraie force se trouve au cœur de la fragilité. C'est ce qui m'a décidé à commencer chaque chapitre par un aveu. Visiblement, ce choix touche les lecteurs. Je n'ai jamais reçu autant de messages personnels au sujet d'un livre. Y compris de philosophes, de romanciers que je connais depuis longtemps. C'est seulement lorsque l'on accepte de partager sa fragilité que l'on peut partager son espérance. 

INTERVIEW ETIENNE SÉGUiER

La Vie 6 février 2014

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 22:39

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Au fond, c'est ça le rôle du poète : essayer d'obtenir la communication avec l'énergie fon­datrice qui est en nous, en chacun de nous (...) lorsque cette communication est reçue, que l'écoute est établie, à ce moment-là, il faut prendre ce qu'on a, sa langue, ses mots, ce qu'on peut, pour faire sortir ce mouvement de rosée... flux-lumière, et entraîner les autres (...) ; la plupart des êtres humains ne sont pas des monstres.

Ils ont oublié, et l'on peut leur rappeler l'essentiel.

Alors ils deviennent des porteurs de salut dont ils profitent.

Echange entre Jean-François Bouthors et le poète Claude Vigée

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 22:17

Partager-Pantopie-2014.jpg

Actuellement l'argent, même en chiffres rassurants, nous piège par le souci parce qu'il nous soûle d'achats.

C'est fou ce que nous accumulons. Des vêtements, des souliers, des livres qu'on ne lira pas, des cassettes qu'on n'écoutera pas, le dernier gadget électrique pour découper le rôti, le stylo-montre.

L'argent moderne, à manipulation si facile (une signature!) risque de faire de nous des drogués de l'achat. Une drogue constamment proposée par la publicité, les vitrines et les magasins à grande surface. C'est là qu'il faut lire l'Evangile !

Dernière victoire de l'argent-achats : l'obsession du confort à la maison, avec sa double progression vers l'avachissement et l'égoïsme. Inutile de bluffer : plus on achète, moins on donne. Vérité de La Palisse ? C'est bien plus grave pour un cœur chrétien : plus on achète, moins on a envie de donner.

L'explication est simple, mais on n'aime pas s'attarder aux choses simples quand on pressent ce qu'elles vont exiger de nous. Osons pourtant analyser le durcissement du cœur par l'achat : on y développe à l'extrême la préoccupation de soi, on glisse insensiblement de la nécessité au confort, puis à une inutilité tellement égoïste que les derniers réflexes de générosité y meurent.

C'est, avec la condamnation du souci, le deuxième regard évangélique sur l'argent : nous tient-il sous sa coupe au point que nous hésitons à partager ? Il y a une manière de compter qui est terriblement païenne. Non par peur de manquer, cette fois, mais par égoïsme : ce que je donnerai ne sera plus pour moi. Là, l'argent nous tient.

Je mesure cet esclavage quand je me surprends à acheter quelque chose de pas vraiment utile ou le plus cher. Je regarde ensuite l'enveloppe prête pour un don et je me mets à hésiter : « Et si j'en ai besoin ?» Y a-t-il plus anti-évangélique que ce mélange de prodigalité pour soi et d'avarice pour les autres ?

Je vois pourtant que c'est fréquent chez les chrétiens. Il y a bien des prodigues généreux, mais la plupart (y compris les religieux !) comptent et recomptent quand il s'agit de donner, refusant pratiquement le partage.

Je dis « pratiquement », car ils en rêvent ! Et ils en parlent. Mais devant le geste à faire des montagnes de bonnes raisons se dressent. «Je ne suis pas avare, me disait une "excellente" chrétienne dont le mari gagne gros, mais j'hésite. » Personne ne se reconnaît avare, seulement un peu hésitant.

Et trop raisonnable ! La pratique évangélique de l'argent est toujours folle.

Faire totalement confiance à Dieu dans ce domaine, c'est fou ; donner largement, c'est fou. Mais à ce grain de folie on reconnaît le bon usage de n'importe quelle richesse. Aucune ne doit commander notre vie au point de nous rendre moins confiants en Dieu et moins fraternels.

Quelle que soit ta situation, aisée ou un peu juste, si ton esprit est en paix et si tu partages beaucoup, tu as trouvé ta réponse à «Bienheureux les pauvres ».

 

André Sève

Le goût de la vie

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