Vous trouverez ici des textes extraits de mes écoutes et lectures "spirituelles". Si un mot, une phrase, une
pensée, touche votre coeur c'est que Dieu vous a fait signe par les mots de ceux qu'Il inspire.
Lors de sa première venue à Bénarès en 1916, Gandhi se rendit au Vishwanath Mandir, temple dédié à Shiva, le Seigneur des mondes.
Sa déambulation dans la ville sainte fut un vrai choc et, quelques heures plus tard, le Mahatma déclara à son auditoire médusé : « Si un étranger découvrait ce noble temple et qu’il devait considérer ce que nous sommes en tant qu’hindous, ne serait-il pas en droit de nous condamner ?
(…) Est-il juste que les allées menant au temple sacré soient aussi sales qu’elles le sont ? (…) Si même nos temples ne sont pas des modèles de propreté, à quoi bon être libérés du joug britannique ? »
Durant des décennies, les abords du sanctuaire furent tout aussi chaotiques mais les paroles du père de l’indépendance ne sont pas restées lettre morte.
En décembre 2021, le premier ministre Narendra Modi a inauguré un imposant corridor reliant le temple au Gange par une série de parvis monumentaux.
Pour ce faire, il a fallu détruire des centaines de maisons, mettant ainsi terme à un monde ancestral où, dans un labyrinthe de ruelles étroites, se croisaient les prêtres hindous, les étudiants des écoles védiques, les foules colorées de pèlerins, les petits marchands et les troupeaux de vaches…
L’agrandissement du Vishwanath Mandir est l’un des nombreux travaux de grande envergure décidés récemment par le gouvernement indien.
En des lieux particulièrement marqués de douloureuses blessures de la mémoire, tel Ayodhya non loin de Bénarès, il s’agit de reconstruire des temples jadis détruits par les gouvernants musulmans afin d’édifier des mosquées que les soubresauts de l’Histoire ont ensuite emportées.
Alors que les ingénieurs et les artisans s’activent dans les chantiers, il est bon de méditer sur le lien étonnant que certains hindous entretiennent avec leurs temples, lieux où se donne à voir l’Absolu matérialisé sous l’effigie d’une divinité tels Shiva, Vishnou ou encore la Devi.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, nombre de fidèles ne se rendent jamais ou très rarement dans les sanctuaires – ce fut le cas de Gandhi durant sa carrière politique.
Pour les plus mystiques, une justification est apportée par les paroles du sage Saraha : « Là, dans mon corps, se trouvent le Gange et la Yamuna, là sont Prayag et Bénarès, là sont tous les lieux sacrés.
Je n’ai jamais vu de lieu de pèlerinage et de félicité pareil à mon corps. »
Au XIIe siècle, alors que le sud de l’Inde se couvrait d’édifices impressionnants, les lingayats cessèrent d’entrer dans les temples pour adorer Shiva, manifesté dans le shiva-lingam, pierre caractéristique de forme phallique.
Les adeptes de ce mouvement réformateur préféraient porter autour du cou un minuscule lingam et vénérer la divinité présente dans leur cœur.
En des vers immortels, leur fondateur Basavanna a rappelé pour toutes les générations à venir où se trouve le sanctuaire véritable : « Le riche bâtit des temples pour Shiva, mais que puis-je faire, moi le pauvre homme ?
Mes jambes sont des piliers, mon corps est le saint des saints, ma tête une coupole d’or.
Écoute, ô Seigneur des confluences, ce qui est stable tombera, mais ce qui est toujours en mouvement demeurera à jamais. »
Par Yann Vagneux
Prêtre des Missions étrangères de Paris vivant en Inde (1)
(1) Auteur de Chemins de prière. Méditation d’un prêtre des Missions étrangères de Paris, Magnificat, 96 p., 19,90 €.
« Seigneur, apprend nous à prier », demandaient les disciples au Christ.
Pour entrer en relation avec Dieu, de multiples moyens existent.
« Prier, pour moi, c’était surtout réciter des textes appris par cœur, comme je l’avais vu faire par mes grands-parents, des gens très pieux dont j’étais proche.
Aujourd’hui, je dirais que prier, c’est passer un moment avec Dieu », dit Nicolas Join-Dieterle, 36 ans.
Cet éleveur laitier de Criquebeuf-en-Caux (Seine-Maritime) a parcouru tout un itinéraire spirituel à travers la préparation de son mariage, en 2019 ; celle du baptême de ses deux enfants ; puis du sien, qui s’est déroulé à Pâques 2022.
« J’ai appris à prier enfant. J’allais à la messe par habitude.
C’est bien plus tard, lors d’une retraite d’initiation aux Exercices spirituels, que j’ai découvert la prière comme une relation vivante à Dieu », confie de son côté Cyrille Causse, 34 ans, responsable du service jésuite des vocations pour la province Europe occidentale francophone.
Moment avec Dieu, relation vivante…
Ces termes évoquent une proximité, voire une intimité avec Dieu, mais elle n’est pas forcément vécue par tous.
Comment parvenir à une prière authentique ?
Existe-t-il une bonne façon de s’adresser à Dieu ?
Cette question préoccupait déjà les contemporains du Christ.
L’Évangile de Luc nous rapporte qu’un disciple voyant Jésus prier lui demande : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. »
Et le Christ de répondre en priant le Notre Père (Lc 11, 1-4). Cette même question résonne encore aujourd’hui pour bon nombre de chrétiens.
« Il existe une vraie solitude face à l’apprentissage de la prière. Comme elle relève de l’intimité, il n’est pas naturel de parler de ses difficultés », constate le père Matthieu Aine, curé de la paroisse de Malo-les-Bains à Dunkerque, qui anime, avec deux laïques, une école de prière en ligne, prierensilence.fr.
Le principe ?
Un parcours gratuit de cinq semaines, qu’on peut suivre seul ou en groupe, comprenant des méditations quotidiennes par mail et deux vidéos par semaine, l’une sous forme de topo, l’autre sous celle d’un témoignage. La contrepartie ?
S’engager à prendre un temps de prière quotidien.
« Notre démarche est expérimentale : mesurer ce qui se passe dans ma vie quand je consacre du temps à la prière.
Celle-ci n’est jamais écrite d’avance », poursuit le prêtre, membre de Notre-Dame-de-Vie, un institut enraciné dans la spiritualité du Carmel.
La formule séduit : quelques jours après l’ouverture des inscriptions, début octobre, deux cents participants sont déjà enregistrés.
Aujourd’hui, de multiples propositions existent pour apprendre à prier, pas à pas et à tout âge : des écoles de prière pour les jeunes de 6 à 18 ans ; des mouvements comme les équipes du Rosaire ou le réseau mondial de prière du pape (1).
Sur Internet, l’offre est pléthorique : des formations en ligne, comme « Seigneur, enseigne-nous à prier » (dix modules vidéo d’une heure trente chacun et une soirée de prière) portées par les parcours Alpha (2).
Des réseaux sociaux de prière comme Hozana ; des applis comme Prie en chemin, Meditatio ou Prions en Église, édité par le mensuel éponyme (3).
Des podcasts, comme celui qu’a lancé La Croix, intitulé « Croire : les voies de la prière », ou « Maman prie » du magazine Famille chrétienne, destiné aux mères de famille.
Sans oublier les retransmissions de messes et d’offices sur Radio Notre-Dame, RCF, France Culture ou le Jour du Seigneur…
Les pratiques de prière sont tout aussi variées.
Un sondage Ifop, réalisé pour le Congrès Mission (4), révèle que 44 % des baptisés interrogés prennent un « temps de méditation non religieux (temps de silence, yoga, méditation pleine conscience) » ; et un pourcentage équivalent entre « dans une église calme et silencieuse pour réfléchir sur (eux)-mêmes ».
39 % des sondés prient seuls et s’adressent à « Dieu, la Vierge Marie ou (aux) saints ».
23 % laissent « une intention de prière dans un cahier prévu à cet effet dans l’église ».
22 % prient « en groupe ou en famille ».
Le geste de prière le plus répandu reste celui d’allumer un cierge (57 % des sondés).
Si les moyens sont divers, la visée reste au fond la même.
« Le premier travail de la prière, c’est de se rendre présent à Dieu, dit Cyrille Causse.
Je m’imaginais que Dieu attendait de moi quelque chose de précis.
J’ai compris, dans la prière, qu’il me disait simplement : passons du temps ensemble, construis ta vie avec moi, et pour la suite, on verra… Dieu nous offre d’abord une relation, avant de nous proposer alliance. »
Cette fréquentation a fait son œuvre en Nicolas Join-Dieterle, tourmenté par l’état de santé de son fils de 3 ans, qui a connu sept hospitalisations depuis sa naissance.
C’est au cours d’une retraite au carmel du Havre, organisée pour les futurs baptisés, qu’un changement s’est produit.
« Durant un office, j’ai aperçu une sœur qui irradiait la bienveillance et la sérénité.
Il n’y avait pas un bruit.
Tout était calme. J’ai senti ma colère s’évaporer et un apaisement radical s’installer. »
Ses demandes adressées à Dieu ont commencé à évoluer.
« Quand je suis dans la” dèche” (la difficulté, l’épreuve NDLR), je ne demande plus forcément à Dieu que ça s’arrête, mais plutôt qu’il me donne la force d’avancer. »
Sa prière a pris une dimension collective.
« Quand je suis à l’église, ma prière est devenue un moyen de communier avec les gens autour de moi. Je remercie Dieu pour tous ceux qui m’ont accompagné : mes amis, ma femme, le prêtre, les paroissiens… »
Elle ne le quitte plus, même quand il est au travail.
« Quand je ralentis, quand je me pose, Dieu vient, témoigne l’agriculteur.
Il m’arrive d’être émerveillé par ce qui m’entoure.
Je pense, en particulier, à ce moment où je vais chercher les vaches au pré.
La mer se dévoile lentement sous mes yeux.
Et je dis à Dieu : quelle beauté ! »
Gilles Donada
Repères Pour aller plus loin
Les conseils du pape François pour rester « connecté » à Dieu
« Jésus parle à ses disciples – à tous, pas seulement à quelques-uns ! – de la “nécessité de prier sans cesse et de ne pas se décourager” (Lc 18, 1).
Mais on pourrait objecter : “Mais moi, comment puis-je le faire ? Je ne vis pas dans un couvent, je n’ai pas beaucoup de temps pour prier ! ”
À cette difficulté, qui est vraie, on peut s’aider de très brèves prières, faciles à mémoriser, que nous pouvons répéter souvent pendant la journée, au cours des différentes activités, pour rester “connectés” avec le Seigneur.
Prenons quelques exemples. Dès que nous nous réveillons, nous pouvons dire : “Seigneur, je te remercie et je t’offre cette journée.”
C’est une petite prière ; puis, avant une activité, nous pouvons répéter : “Viens, Esprit Saint” ; et entre une chose et l’autre, prier ainsi : “Jésus, j’ai confiance en toi, Jésus, je t’aime.”
Des petites prières, mais qui nous maintiennent en contact avec le Seigneur.
Combien de fois envoyons-nous des “messages” aux personnes que nous aimons !
Faisons-le aussi avec le Seigneur, afin que le cœur reste connecté à Lui. »
(4) Enquête auprès des Français baptisés dans la religion catholique. Ifop pour Mission, juin 2022. Sur un échantillon de 1020 personnes interrogées, 813 ont déclaré avoir été baptisées.
Je préfère croire qu’il ne put trouver quoi dire face à l’inqualifiable souffrance de l’innocence.
J’ai pensé à la petite Lola, douze ans, tuée et violée le 14 octobre dernier, à Paris, par une jeune femme à peine plus âgée qu’elle.
Lettre de saint Augustin à Jérôme en 415, et restée sans réponse : « Quand on en vient aux peines des enfants, je suis, je l’avoue, dans un grand embarras et je ne sais que répondre.
Ne sont-ils pas abattus par les maladies, déchirés par les douleurs, torturés par la faim et la soif, affaiblis dans leurs membres, privés de l’usage de leurs sens, tourmentés par les esprits immondes ?
Dieu est bon, Dieu est juste, Dieu est tout-puissant, nous n’en pouvons douter sans folie, mais qu’on nous dise alors pour quel juste motif les enfants sont condamnés à souffrir tant de maux » (Lettre à saint Jérôme sur l’origine de l’âme, Œuvres complètes, tome V, pp. 461-462).
Rien ne saurait ici justifier ni même comprendre les souffrances endurées. « Je ne sais que répondre », écrit lui-même Augustin en se tournant vers Jérôme, silencieux à son tour, pourtant si disert et éloquent.
On connaît le soupçon légitime de beaucoup : la souffrance des enfants est un mal absolu, une tache indélébile dans l’œuvre de Dieu, et elle suffirait à porter condamnation sur l’œuvre entière. L’absence radicale de cause ou d’explication nous confronte à l’inhumanité humaine.
Le pire appartient à notre humanité, mais le pire appartient-il aux desseins de la divinité ?
Que l’on soit croyant ou non, c’est une question vertigineuse : l’excès du mal relève-t-il de la liberté humaine ? Et si oui, est-ce la volonté de Dieu ?
Théologiens et philosophes ont répondu par une autre question (comme s’il n’y avait que des questions à opposer à cette question de l’excès du mal) : peut-on imaginer un monde où la liberté humaine serait sans le mal, sans la liberté de commettre l’impensable ?
Mais serait-ce encore la liberté ?
En relisant les carnets de Simone Weil, j’avais relevé cette expression mystérieuse : « simplicité des criminels ». Je l’avais notée comme on relève une absurdité gênante, pour la remettre à plus tard.
Que signifiait : « simplicité des criminels » ? Dans la vieille théologie, Dieu et l’âme étaient eux aussi qualifiés d’êtres simples.
Ce qui voulait dire qu’ils n’étaient pas composés, ni doubles ni artificiels.
Il y a bien, chez Flaubert, Félicité, un cœur simple, qui « ayant reçu ses comptes, enferma tout son petit bagage dans un mouchoir ».
Est-ce que Dieu serait cette petite servante normande congédiée qui tient à tout enfermer et emporter, c’est-à-dire le si peu, dans son mouchoir ?
Mais les criminels ?
Chez saint Thomas (Somme théologique, « prima secundae »sur la morale générale, question 87, art. 7), il est question du mal simpliciter, simplement, franchement en latin, et traduit par « absolu ».
Le mal est absolu quand il est franchement et pleinement mal, et que nous sommes impuissants à en changer la signification, à lui trouver la moindre réponse.
Il n’y a d’autre issue que de convertir en réponse l’impossibilité radicale d’en donner. Accepter un « mystère du mal », expliquait François Mauriac (Le Mystère. Semaine des intellectuels catholiques, 1959).
Ce n’est pas refuser de le combattre mais lui résister. Le mot « mystère » est à comprendre comme refus de répondre au mal absolu.
Il faudrait même comprendre que le chemin le plus dur n’est pas alors celui du mal, d’une simplicité aveugle, mais celui de ne pas en répondre.
Abandonner le mal au silence de notre incompréhension comme révolte.
Nous ne pourrons jamais exclure la possibilité du pire, mais notre ultime liberté est de lui opposer notre incompréhension résolue et franche, et notre simple silence comme prière active et absolue.