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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 23:37
Gorze, mars 2011


Photos Aurore (cliquer pour agrandir)

 

Chers Amis,


Nous voici à nouveau à l’entrée dans le Grand Carême: quarante jours pour dresser le bilan du « vieil homme » que je suis encore et naître à « l’homme nouveau » qui sommeille en moi. Pâques est vraiment le moteur de ma vie personnelle: mort et résurrection, « passer » de plan de conscience en plan de conscience vers l’irruption d’une dimension radicalement nouvelle. Celle-ci est le mystère de mon identité profonde, là où « Je Suis » enraciné en Dieu lui-même, l’Etre, le grand « Je Suis ». Saint Paul nous le rappelle: « Vous entrerez par votre profondeur dans toute la profondeur de Dieu » ( Eph. 3 ).

 

On comprend alors comment Saint Augustin a pu écrire cette phrase inouïe: « Dieu est plus intime à moi que moi-même! » Donc expérimenter l’homme dans toute sa dimension, c’est expérimenter Dieu! L’homme n’a pas d’yeux ni d’oreilles, il ne vivote qu’à la surface existentielle, tant qu’il n’a pas atteint un certain niveau d’approfondissement et de silence.


La conversion, à laquelle nous invite le Carême, c’est comprendre que je suis appelé à parcourir une distance vertigineuse à l’intérieur de mon être. Une hymne primitive, d’un dynamisme explosif, dit: « Eveille-toi, oh toi qui dors, et tu toucheras le Christ! » Ce « passage » de l’état de mort à l’état de vie, de l’enfer au Royaume, définit exactement l’itinéraire du retournement, de la conversion. Celle-ci n’est en aucun cas un changement moral, une amélioration de soi, mais une réelle mutation de l’être humain tout entier, corps-âme-esprit, le devenir d’une « nouvelle créature ».


Cet appel sourd en chacun de nous, c’est une attirance vers une toute autre vie; il est pour celui qui l’écoute, le thème spirituel personnel, toujours identique à lui-même. Il accompagne chacun depuis sa naissance, il est la question de chacun et sa mise en question. Déjà les Anciens philosophes appelaient cela « entéléchie »; pour l’Evangile, il s’agit de la croix personnelle à tout homme, échelle par laquelle il développe sa croissance à travers les difficultés que lui offre sa nature, chacun a les siennes.


Comprendre sa croix, c’est pressentir les données de son destin, déchiffrer son sens, c’est se comprendre…, détecter en soi les promesses enfouies originellement par le Créateur. Et quand je découvre cela, alors la conversion m’appelle avec force. D’un coup je commence à entrevoir l’insuffisance du présent inconsistant et une lucarne vers un autre monde possible s’ouvre brutalement.


Là, cette amorce suggère et me met devant un retournement décisif, un engagement de tout mon être. J’entre peu à peu dans la vision du mal et du péché, qui me fait vivre comme si Dieu n’existait pas. C’est le Démon qui tire les ficelles de la marionnette que je suis… C’est précisément là que Dieu m’attend, non comme un gendarme ou un juge, mais comme le Fiancé. Croisée de Chemin où un choix s’impose et personne ne peut le faire à ma place! Ce choix est une mort réelle, chaque jour à recommencer. Il opère une irruption de l’éternité dans le temps, car au sein de ma vie conditionnée, ma décision pour Dieu est une rencontre avec Lui. C’est cela l’Alliance, les fiançailles ou les épousailles mystiques qui sont au cœur de la Bible. Chaque seconde qui passe, parce qu’elle est portée par cette décision, porte en elle la Présence absolue, pour peu que nous descendions assez profondément dans notre silence intérieur.


L’inverse de cette attitude de conversion, c’est le péché. Il n’y a qu’un péché, dit Isaac Le Syrien, « c’est d’être insensible au Christ Ressuscité ». La joie, en effet, est le grand Fruit de l’Esprit. L’authenticité d’une vie convertie se mesure au degré de joie qui l’habite. Sans cette joie, tout est projeté à l’extérieur, plus rien n’est habité. L’homme devient alors un possédé, il n’est obsédé que de lui-même, il s’autolâtre et perd la dimension verticale, celle de l’Esprit Saint. Pour être vraiment « Heureux » en toutes circonstances, comme suggère Jésus dans les Béatitudes, il faut être humble, c’est-à-dire avoir son axe en Dieu seul et prendre une conscience de plus en plus aigüe de l’Amour fou de Dieu.


Dans ce sens l’humilité est la plus grande puissance, car elle supprime radicalement tout esprit de ressentiment et elle est la seule à venir à bout de l’orgueil. Nous sommes ici à la source de toute ascèse et travail sur soi: briser l’orgueil et faire de l’humilité, grâce à la joie intérieure, le fondement de l’être humain restauré. Se convertir c’est entrer dans un autre style de vie, la vie même du Christ, laisser vivre le Christ en soi. Le Carême nous rappelle que cela ne s’obtient que par une prière prolongée, par le jeûne et la sobriété, le combat des passions et le parti pris de l’Amour au cœur de toutes nos relations…


A chaque instant: « Que ferait le Christ à ma place? », c’est la Règle d’Or!


Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

 

http://www.centre-bethanie.org

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 23:49

Jesus-suis-moi.jpg

 

Dans ce monde, c'est-à-dire dans l'Église, qui tout entière suit le Christ, celui-ci dit à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même ».

 

Car cet ordre n'est pas destiné aux vierges, à l'exclusion des femmes mariées ; aux veuves, à l'exclusion des épouses ; aux moines, à l'exclusion des époux ; aux clercs, à l'exclusion des laïcs.

 

C'est toute l'Église, tout le Corps du Christ, tous ses membres, différenciés et répartis selon leurs tâches propres, qui doivent suivre le Christ. Qu'elle le suive tout entière, elle qui est l'unique, elle qui est la colombe, elle qui est l'épouse (Ct 6,9) ; qu'elle le suive, elle qui est rachetée et dotée par le sang de l'Époux. La pureté des vierges a ici sa place ; la continence des veuves a ici sa place ; la chasteté conjugale a ici sa place...

Qu'ils suivent le Christ, ces membres qui ont ici leur place, chacun selon sa catégorie, chacun selon son rang, chacun à sa manière. Qu'ils renoncent à eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils ne s'appuient pas sur eux-mêmes ; qu'ils portent leur croix, c'est-à-dire qu'ils supportent dans le monde, pour le Christ, tout ce que le monde leur infligera.

 

Qu'ils l'aiment, lui, le seul qui ne déçoit pas, le seul qui n'est pas trompé, le seul qui ne se trompe pas. Qu'ils l'aiment parce que ce qu'il promet est vrai.

 

Mais parce qu'il ne le donne pas maintenant, la foi chancelle ; continue, persévère, supporte, accepte ce retard, et tu as porté ta croix.

 

Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 96, 9 (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 248)

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 22:18

Benoit-16-5.jpgDans le Nouveau Testament, Jésus met en lumière la raison profonde du jeûne...: « Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Le vrai jeûne a donc pour but de manger « la vraie nourriture », qui consiste à faire la volonté du Père (cf Jn 4,34). Si Adam a désobéi à l'ordre du Seigneur de ne pas manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2,17), le croyant entend par le jeûne se soumettre à Dieu avec humilité, en se confiant à sa bonté et à sa miséricorde...

De nos jours, la pratique du jeûne semble avoir perdu un peu de sa valeur spirituelle et, dans une culture marquée par la recherche du bien-être matériel, elle a plutôt pris la valeur d'une pratique thérapeutique pour le soin du corps. Le jeûne est sans nul doute utile au bien-être physique, mais pour les croyants, il est en premier lieu une « thérapie » pour soigner tout ce qui les empêche de se conformer à la volonté de Dieu...

Avec le jeûne et la prière, nous permettons au Christ de venir rassasier une faim plus profonde que nous expérimentons au plus intime de nous : la faim et la soif de Dieu. En même temps, le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères. Dans sa première lettre, saint Jean met en garde : « Si quelqu'un possède des richesses de ce monde et, voyant son frère dans la nécessité, lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (3,17)

 

Jeûner volontairement nous aide à suivre l'exemple du Bon Samaritain, qui se penche et va au secours du frère qui souffre (Lc 10,29s). En choisissant librement de se priver de quelque chose pour aider les autres, nous montrons de manière concrète que le prochain en difficulté ne nous est pas étranger. C'est précisément pour maintenir vivante cette attitude d'accueil et d'attention à l'égard de nos frères que j'encourage les paroisses et toutes les communautés à intensifier pendant le Carême la pratique du jeûne personnel et communautaire, en cultivant aussi l'écoute de la Parole de Dieu, la prière et l'aumône. Ceci a été, dès le début, une caractéristique de la vie des communautés chrétiennes.

 

Pape Benoît XVI
Message pour le Carême 2009 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)

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