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15 novembre 2024 5 15 /11 /novembre /2024 20:30
Pourquoi appelle-t-on un prêtre « père » ?

Appeler les prêtres « père » peut surprendre quand il est écrit dans l’Évangile : « Ne donnez à personne le nom de père » (Mt 23, 9).

Cela signifie simplement que « toute paternité vient de Dieu » (Eph 3, 15) et qu’il ne faut pas suivre les gourous auto-proclamés.

Devant une affirmation aussi radicale — « Ne donnez à personne le nom de père » (Mt 23, 9) — il faut se rappeler d’abord un principe simple : un verset de l’Écriture ne doit jamais être isolé.

Il faut l’entendre comme une note dans la polyphonie de la Révélation. Toutes les hérésies sont toujours nées d’un verset de l’Écriture.

Le prototype est le jansénisme qui exploite quelques phrases de saint Paul sur le péché et la grâce, elles-mêmes reprises par saint Augustin dans un climat polémique contre Pélage.

On pourrait dire de même pour Arius, refusant au Fils d’être l’égal du Père, ne faisant qu’un avec lui.

Il ne s’agit pas seulement de replacer une phrase dans son contexte immédiat : c’est le problème des déclarations politiques, dont sont extraites les « petites phrases ».

Plus profondément, il s’agit de la Révélation qui ne peut s’exprimer en un quelconque slogan.

Même la phrase la plus condensée — « Dieu est amour » — n’a pas de sens, ou risque d’être prise à contresens, si elle n’est lue sur l’arrière-fond du Mystère pascal, Jésus mort et ressuscité pour nous.

La paternité sert toujours de symbole de la paternité divine
Les Évangiles donnent de nombreux exemples d’hommes tout-à-fait dignes d’éloges et qualifiés de « pères », sans aucune précaution de langage. Dieu méprise si peu la paternité humaine que la venue du Précurseur est annoncée à son père, Zacharie, qui prononcera, ensuite, le beau cantique du Benedictus.

Mieux encore : Dieu donne à son Fils, « conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie », un père en la personne de Joseph.

Plusieurs fois, ce sont des pères qui viennent demander à Jésus, et qui obtiennent de lui, une guérison (Mc 9, 16 et Jn 4, 46).

Jésus est sans illusion sur la médiocrité humaine mais quand il veut parler de son Père, il s’appuie sur la paternité humaine : « Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson… Si donc vous qui êtes mauvais…, combien plus le Père du ciel ! » (Lc 11, 11-13). L’équivalent se trouve en saint Matthieu (Mt 7, 9-11).

Inversement, la parabole du père et de ses deux fils, dont le « prodigue », est propre à saint Luc 15, 11 et suivants.

Donc, la paternité n’est en aucune façon dévalorisée par le Christ, puisqu’elle sert de symbole à la paternité divine. De même que les noces servent de symbole à l’alliance du Christ et de l’Église : Cana (Jn 2, 1 et suivants).

Jésus n’est pas venu abolir le commandement : « Honore ton père et ta mère. »

Inversement, il dit que les liens familiaux ne doivent pas passer avant la recherche du Royaume.

À douze ans, avec ses parents, il se rend à Jérusalem. Il reste au Temple, « dans la maison de son Père ».

Mais ensuite, il redescend à Nazareth et « il leur était soumis » (Lc 2, 41-51).

Même sous dehors de piété, les arguties juridiques ne valent rien à côté du devoir filial : il s’en prend aux pharisiens et aux scribes qui permettent à des enfants de négliger leurs parents, à partir du moment où ils fait une offrande au Temple (Mc 7, 8-13).

Inversement, les relations familiales ne doivent pas être un frein si le Seigneur appelle à le suivre sur un autre chemin. Jacques et Jean, « laissant leur père Zébédée dans la barque avec ses employés, ils partirent à sa suite » (Mc 1, 20). Plus radical encore est l’appel à « laisser les morts enterrer leurs morts » (Lc 9, 60).

Et pourtant, enterrer les morts fait partie des œuvres de miséricorde.

Notons, cependant, que Zébédé ne reste pas seul et que le défunt sera quand même enterré.

Quitter son père et sa mère est d’ailleurs dans l’ordre naturel des choses : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme » (Gn 2, 25).

Les quitter, ce n’est pas les répudier. Ils demeurent ses père et mère et, s’ils deviennent vieux, ils doivent s’en occuper (Si 3, 1-12).

Ne pas opposer paternité humaine et paternité spirituelle

Unique est le Père, « de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom » (Ep 3, 15).

Pour évoquer la manière dont Dieu éduque les croyants, l’épître aux Hébreux passe sans cesse de la paternité humaine à la paternité divine, des « pères selon la chair » au « Père des esprits » (Hé 12, 5-10).

« Tout don excellent, toute donation parfaite vient d’en haut et descend du Père des lumières » (Jc 1, 13).

Or, existe-t-il, au plan humain, une donation plus parfaite que celle de la vie que le père transmet à l’enfant par la médiation de la mère ?

L’épître aux Hébreux et saint Jacques ne disent pas autre chose que le verset de l’épître aux Éphésiens cité en titre de ce paragraphe.

Ce qui est dit de la paternité se vérifie, à un degré moindre de dignité, dans le champ de l’autorité. Il faut rendre à César ce qui est de son ressort.

« Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu » (Rm 13, 1-7).

Mais si César exige un culte comme nous n’en devons qu’à Dieu, il faut le refuser : Dieu seul est Seigneur, Dieu seul est Père, absolument. Mais il nous a créés à son image.

L’exemple de saint Paul
Saint Paul se considère comme le « père », non seulement de quelques disciples, mais aussi de communautés entières.

Ses épîtres sont destinées à ses « enfants bien-aimés ». Il n’hésite pas à employer la symbolique paternelle pour évoquer sa relation avec ses disciples.

C’est particulièrement clair pour Timothée, qu’il désigne, au moins cinq fois, comme son « enfant », son « véritable enfant », son « enfant bien-aimé ».

Par exemple en 1 Co 4, 17. C’est pareil pour Tite. Quand il écrit à Philémon pour lui recommander Onésime, il le lui présente comme « mon enfant, que j’ai engendré dans les chaînes » (Phm 1, 10).

Mais il ne s’agit pas seulement de quelques privilégiés qui seraient particulièrement chers au cœur de Paul.

Les « enfants bien-aimés », ce sont aussi les Corinthiens, alors que la communauté lui donne bien du souci (1Co 6, 13). Ce sont aussi les Galates, qui ont pratiquement reniés l’Évangile : « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Gal 4, 19).

Ici, le verbe employé désigne la maternité puisqu’il s’agit d’un processus dans la durée.

Une phrase est particulièrement claire : « Auriez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus » (1Co 4, 15).

La symbolique de la paternité l’emporte nettement sur celle de l’éducation. L’Église n’est pas une école.

… et de saint Jean

De même, saint Jean adresse sa première épître à ses « petits enfants ». Jésus lui-même avait employé cette expression.

Autant que les autres évangélistes, saint Jean distingue nettement, en Dieu, le Père et le Fils. Jésus est l’Envoyé. Il ne dit, ni ne fait rien que le Père ne le lui ait montré. Il est venu pour faire la volonté du Père.

Cependant, au moins une fois, il appelle les disciples ses « petits enfants » (Jn 13, 33).

C’est ainsi que commence le Discours après la Cène : par sa mort et sa résurrection, Jésus va engendrer ses disciples à la Vie, la vie divine.

Dans la première épître de Jean, l’expression « petits enfants » revient neuf fois. Le mot employé est le diminutif du mot qui désigne proprement les « enfants », comme lorsque saint Jean dit que nous sommes « les enfants » de Dieu.

L’apôtre est leur père ; il représente le Père ; mais il n’est pas le Père.

Cependant, une fois (Jn 3, 4), il écrit : « Apprendre que mes enfants vivent dans la vérité, rien ne m’est un plus grand sujet de joie. »

Comme quoi, le vocabulaire garde une certaine souplesse.

L’enseignement des Pères de l’Église et des moines

Toutes les confessions chrétiennes honorent les Pères de l’Église et saint Benoît, après d’autres fondateurs, dans sa Règle, parle longuement de l’«abbé », père des moines.

Par la prédication de l’Évangile et la célébration des sacrements, les évêques et les prêtres continuent, à travers le temps, le ministère des apôtres.

Ils exercent donc une mission de paternité spirituelle.

Cependant, ils ne doivent pas oublier qu’ils sont aussi les frères des fidèles. C’est la phrase célèbre de saint Augustin : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. »

Quand le monachisme s’est développé, les communautés ont choisi des supérieurs : elles leur ont donné le nom d’« abbés ».

Dans l’araméen que Jésus parlait, « père » se disait abba. Le mot est passé dans nos langues.

La Règle de saint Benoît dresse le portrait de l’abbé qui doit se comporter « comme un père » envers les moines, à la fois exigeant et attentif à chacun.

On y trouve cette jolie formule : « L’abbé n’exagère rien. Sinon, en grattant trop la rouille, il va trouer le plat. »

Parmi les auteurs chrétiens, certains sont reconnus comme étant des « Pères de l’Église ».

Ceux des tout premiers siècles, comme Clément de Rome, Ignace d’Antioche, Irénée de Lyon sont appelés « Pères apostoliques », à cause de leur proximité temporelle avec les apôtres. Ils ne se sont pas donnés à eux-mêmes ce titre.

Avec le recul, l’Église a reconnu ce qu’elle leur devait.

Comme le père nourrit ses enfants, ils ont nourri les fidèles de la Parole de Dieu, méditée, réfléchie, expliquée quand elle est mise en question.

Le nom de « Pères » est aussi donné aux évêques réunis en concile, car leur mission est de guider l’Église dans les difficultés, comme un père guide ses enfants.

Une seule paternité spirituelle
« Ne donnez à personne le nom de père » : c’est Dieu qui donne d’exercer la paternité spirituelle, par l’ordination ou la bénédiction abbatiale.

Jésus nous met en garde contre les gourous auto-proclamés. Après notre parcours biblique et ce survol historique, il faut réentendre la parole de Jésus et la lire dans son intégralité : « N’appelez personne votre Père sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste » (Mt 23, 9).

On ne choisit pas son père.

Il nous est donné.

Déjà au plan humain : ce n’est pas l’enfant qui choisit son père.

Dieu le lui donne. Comme Dieu est présent dans l’union de l’homme et de la femme et « que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ».

La paternité divine n’est pas une projection de la paternité humaine.

C’est la paternité humaine qui reflète celle de Dieu.

De même, l’amour qui est Dieu n’est pas la projection de l’amour humain.

C’est l’amour humain qui participe de l’amour qui est Dieu.

Ils ne sont pas à séparer, encore moins à opposer. Mais ils doivent être situés l’un par rapport à l’autre, sous peine d’idolâtrie et, finalement, d’échec.

L’encyclique du pape Benoît XVI, Dieu est amour, dit cela très clairement.

À la sortie de la cathédrale, les nouveaux prêtres peuvent donner leur première bénédiction aux fidèles qui la leur demandent.

À plus forte raison, ce ne sont pas les fidèles qui donnent à un de leurs frères de devenir leur « père ».

Quel que soit le mode de désignation, c’est le sacrement de l’ordre qui institue les évêques et les prêtres.

C’est assez clair dans les ordres religieux : seuls les frères qui sont ordonnés prêtres sont appelés « pères ». Ils demeurent, d’ailleurs, aussi, des frères, comme dans les ordres mendiants, dominicains et franciscains.

De même, le moine ou la moniale élus pour diriger la communauté ne sont « abbé » et « abbesse » que par la bénédiction reçue d’un évêque ou d’un abbé.

Pour bien comprendre le verset : « Ne donnez à personne le nom de père » (Mt 23, 9). il vaut la peine de lire ceux qui l’environnent (Mt 23, 8-11).

De même que nous n’avons qu’un Père qui est le Père des cieux, celui que nous prions dans le Notre Père ; de même, nous n’avons qu’un « Maître » et un « Guide », qui est le Christ.

Le XXe siècle a su ce qu’il en a coûté de prendre Staline pour le petit père des peuples, Mao avec son livre rouge pour le maître qui a toujours raison et Hitler pour le guide, le Führer.

Dieu nous garde, au sens dévoyé du terme, des « gourous » trop acclamés. 

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14 novembre 2024 4 14 /11 /novembre /2024 20:28
Les amitiés célestes

Le véritable solitaire est un être libre, qui ne dépend ni du jugement ni de l’approbation des autres, et un être qui aime la profondeur et l’intensité.

Comme il n’est pas en manque ni en demande, il apprécie les relations de qualité, les rencontres qui ont lieu sous le signe de la gratuité et de la grâce. 

Ainsi, ses amitiés ne sont pas suspectes ni intéressées parce qu’elles ne sont pas dictées par le besoin, par l’ambition, par le désir de convaincre l’autre et d’avoir raison.

Une vie solitaire ouvre tout l’espace intérieur, elle permet ainsi que l’autre trouve sa place et l’amitié ne peut apparaître sans ce dégagement préalable, sans ce retrait de soi.... 

Loin d’apparaître comme une parente pauvre de l’amour ou sa faible compensation, l’amitié est au contraire la préceptrice, celle qui enseigne aux êtres humains à aimer dans le respect et la liberté, avec courage, perspicacité et grande attention.

Elle représente un amour de qualité ; un amour qui répond présent, qui soutient, qui ne se dérobe ni ne ment, et un amour intelligent, qui guide et éclaire.

On peut tout aussi bien dire qu’elle est une qualité d’amour-désintéressé, gratuit, bienveillant ; qu’elle est la bonté et la beauté de l’amour....

L’égalité entre amis induit la réciprocité, le respect, l’estime, et bannit toute domination et tout avilissement.

L’amitié est bien une élection entre deux individus, libres et égaux, elle exclut donc le rapport de force, le mépris, l’injure, l’abus de pouvoir.

Faire de la place pour l’autre, c’est la condition nécessaire pour que naisse une véritable relation, c’est la condition aussi de toute vie sociale harmonieuse, mais cela désigne avant tout la qualité spirituelle d’un homme qui s’est délivré de ses prétentions égocentriques.

La plupart des gens sont tellement encombrés d’eux-mêmes qu’ils sont incapables d’entrer en relation, alors que l’être d’amitié est nécessairement un homme tourné vers autrui et qui a le souci de l’autre.

Le propre de l’amitié est d’ouvrir des fenêtres, de bondir par-dessus les frontières, afin de rencontrer et d’accueillir l’autre dans sa singularité. Sans vouloir le changer ni le convertir.

Ce dialogue n’est possible que si la liberté de chacun est respectée et même chérie et que la valeur de son expérience spirituelle est prise au sérieux au lieu d’être contestée ou minimisée.

On ne dira jamais assez combien la conversation est non seulement le charme mais aussi la nourriture d'une relation authentique.

La conversation, avec ce qu'elle suppose d'écoute, de présence, de silence et d'attention, de risque aussi.

A l'opposé du bavardage superficiel et indifférent. Les véritables amis ont à coeur de partager ces instants précieux et uniques qui jamais ne se reproduiront et qui rendent hommage à la gratuité et à la grâce des relations humaines...

L’amitié apprend à aimer l’autre sans vouloir le capturer, sans vouloir le rendre pareil à soi, sans chercher à le changer. Elle n’entretient ni illusion ni confusion entre deux personnes, elle est un engagement, elle veut le bien de l’autre et elle partage ses joies comme ses peines.

La bienveillance qui est au cœur de l’amitié comprend la gentillesse, l’attention, l’indulgence et la générosité.

Elle consiste à ne pas nuire à l’autre, à ne pas avoir de mauvaise pensées à son égard, à lui faire entièrement confiance.

Et encore à le protéger ou le défendre, à ne pas le renier. 

Voilà pourquoi l’amitié est une pédagogie de l’amour et demande à s’exercer, à s’affiner durant toute une vie."

Jacqueline Kelen

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3 novembre 2024 7 03 /11 /novembre /2024 20:30
Théologie : Changement du pain et du vin en Corps et Sang du Christ

Y a-t-il une différence de doctrine sur le changement du pain et du vin en Corps et Sang du Christ pendant une messe ou une liturgie?

Extraits de discussions sur le sujet publiés sur le net

Les catholiques romains croient que la transsubstantiation est le « changement » qui se produit dans la « substance entière » du pain et du vin mis à part pour le mystère eucharistique. C’est un changement qui a lieu aux paroles de l’institution ou de la consécration (c’est-à-dire « Ceci est mon corps », etc.). C'est une position philosophique énoncée par St Thomas d'Aquin.

Dans la tradition orthodoxe , vous trouverez divers enseignements sur le fait que ce changement a lieu n’importe où entre la Proskomedia (la liturgie de préparation) et l’Epiklesis (« appel »), ou invocation du Saint-Esprit « sur nous et sur ces dons ici exposés » (comme dans la liturgie de Chrysostome).

Dans l'orthodoxie il n'y a pas d'essai d'explication mais un constat : le changement a lieu mais nous ne connaissons pas le moment exact et cela est laissé au mystère.

Ce point de vue est commun chez ceux qui, comme le père Alexander Schmemann, et d’autres, bien que beaucoup dans la tradition orthodoxe insistent également sur le fait que le changement a effectivement lieu sur les mots de l’institution.

Le point clé sur lequel la tradition orientale met l’accent n’est donc pas de savoir si un changement a lieu ou non (même si nous ne pouvons pas le comprendre ou le décrire précisément), mais qu’il a lieu avec emphase.

"Le pain et le vin trouvent leur plénitude (qui sera celle de l'univers dans le monde à venir) en étant assimilés par le Corps glorieux : transfigurés, plutôt que "transsubstantiés"." Olivier Clément, L'Eglise orthodoxe, PUF.

De la même manière, Jean Damascène, traitant des Saints et Immaculés Mystères du Seigneur, écrit ainsi : « C’est vraiment ce Corps, uni à la Divinité, qui a son origine dans la Sainte Vierge ; non pas comme si le Corps qui est monté descendait du ciel, mais parce que le pain et le vin eux-mêmes sont changés en Corps et en Sang de Dieu. Mais si tu cherches comment cela se fait, qu’il te suffise qu’on te dise que c’est par le Saint-Esprit ; de la même manière que, par le même Saint-Esprit, le Seigneur s’est fait chair pour lui-même, et en lui-même, de la Mère de Dieu ; et je ne sais rien de plus que cela, que la Parole de Dieu est vraie, puissante et toute-puissante, mais que sa manière d’opérer est insondable. (J. Damasc. Theol. lib. iv. cap. 13, § 7.)

Catéchisme plus long de l’Église orthodoxe, catholique et orientale par saint Philarète (Drozdov) de Moscou (1830)

Dans le catéchisme de saint Philarète, on nous donne la première distinction entre la description orientale et occidentale de la transsubstantiation que je connaisse.

Écrivant au XIXe siècle, Philarète dit que la transsubstantiation n’est pas une référence au changement lui-même – puisque personne ne peut comprendre exactement comment et quand cela se produit – mais qu’elle est simplement une référence à notre Seigneur étant « vraiment, réellement et substantiellement » présent dans l’Eucharistie.

En d’autres termes, il ne s’agit pas (dans l'orthodoxie) d’une référence à la philosophie métaphysique ou nominaliste (comme chez Aristote, par exemple), mais d’une référence à la réalité du changement, bien qu’elle dépasse notre compréhension.

Nous ne mangeons pas un corps cadavérique mais ressuscité. 

A propos de la célébration du Mystère de l'Eucharistie dans l'Eglise du Christ des temps Apostoliques, nous pouvons lire les Actes des Apôtres (2:42, 46; 20:6,7) ainsi que les dixième et onzième chapitres de la Première Epître de l'Apôtre Paul aux Corinthiens.

L'Apôtre Paul écrit: N'est-il pas vrai que le calice de bénédiction que nous bénissons est la communion au Sang de Jésus-Christ, et que le pain que nous rompons est la communion au Corps du Seigneur ? Car nous ne sommes tous ensemble qu'un seul pain et un seul corps, parce que nous participons tous à un même pain (I Cor,10-16-17). Puis de nouveau : Car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'Il vienne. C'est pourquoi quiconque mangera de ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du Corps et du Sang du Seigneur. Que l'homme s'éprouve lui-même, et qu'il mange de ce pain et boive de ce calice. Car quiconque en mange et en boit indignement mange et boit sa propre condamnation, ne faisant point le discernement qu'il doit du Corps du Seigneur. C'est pour cette raison qu'il y a parmi vous beaucoup de malades et de languissants, et que plusieurs dorment du sommeil de la mort (I Cor. 11:26-30).

Dans ces paroles, l'Apôtre nous enseigne avec quelle vénération et avec quelles épreuves préparatoires un Chrétien doit approcher l'Eucharistie, et il affirme que ce n'est pas une simple nourriture ou une simple boisson, mais la réception du vrai Corps et du vrai Sang du Christ.

Ce texte est extrait de la dogmatique du Père Pomazansky, 

Regardez comment cela se passe précisément. Vous avez d'abord les paroles de l'institution, c'est à dire celles qui ont été prononcées par Jésus le jeudi Saint. Elles sont un mémorial. Puis le prêtre prononce l'épiclèse, c'est à dire cette invocation à l'Esprit Saint pour qu'il transforme le pain et le vin en corps et sang du Christ. C'est l'Esprit Saint qui opère le miracle.

Cette prière est une des plus anciennes prières liturgiques et la plus sacrée de toute l'Eglise. Jamais les apôtres n'ont pensé qu'il ne s'agissait que d'un symbole, et les premières catéchèses que nous avons insistent bien sur la transformation des espèces.

L'évangile de Jean 6.53-54 proclame:
"Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'avez point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour."

De même le récit de la Cène dans l’évangile de Matthieu 26,26-27:

Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps.
Il prit ensuite une coupe; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant: Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés.
Jésus ne dit pas : « ceci symbolise mon corps » ou « ceci symbolise mon sang »

Dans le livre de la Genèse1.3 Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.

Lorsque Dieu dit, Dieu crée. Dire et créer est un même acte. La parole de Dieu est créatrice.

Le Christ n’a pas besoin de symbole. Quand il dit « ceci est mon corps, mon sang », ceci est effectivement, réellement, son corps, son sang. L’eucharistie est la transmission de la vie même du Christ.

Lorsque Rome était orthodoxe on parlait de transformation des espèces.

L'expression "transsubstantation" est postérieure au schisme de 1054. Elle appartient certes à la scolastique mais celle-ci est toujours en vigueur dans la théologie latine.

Il est dommage qu'alors Rome ait perdu l'usage de l'épiclèse.

Les Pères ont utilisé les mots μεταβολή, μεταποίησις,μεταστοιχείωσις, transformatio, etc. pour indiquer la «conversion» du pain et du vin sacramentels en Corps et Sang du Christ. Ces mots ne préfigurent pas celui de «transsubstantiation» (S.T. IIIa, q. 75 a 8) qui, non seulement prétend déchiffrer l'inexplicable, mais endosse une métaphysique aristotélicienne de «substance» et d' «accidents». D'un point de vue philosophique, il est discutable que le pain et le vin puissent remplacer les caractéristiques physiques du Christ; et il est également vrai que les «accidents» et la «substance», dans le Christ, ne devraient pas être inséparables de Lui, d'autant plus qu'ils sont déifiés. En fin de compte, si nous acceptons le schéma thomiste, nous pourrions valablement soutenir que l'humanité du Christ est un «accident» par rapport à la «substance» de Sa personne divine.
Father Michael Azkoul, Once Delivered To The Saints, Saint Nectarios Press, Seattle WA 2000, note 26 p. 176.

 

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