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9 octobre 2024 3 09 /10 /octobre /2024 19:30
Sur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois

Le 28 septembre, un groupe de bénévoles, avec le soutien de la Maison russe à Paris et du Conseil de coordination des compatriotes de France, a réalisé des travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.

 

Des compatriotes désintéressés ont investi plus de quatre heures dans l’entretien des sépultures : taille des buissons et des arbres, enlèvement de mauvaises herbes, nettoyage des monuments et des plaques de mousse et de saletés, enlèvement des détritus. Après avoir visité la célèbre nécropole lors d’une visite guidée dans le cadre du Club d’histoire pour les jeunes au mois de juillet 2024, un groupe de bénévoles s’est constitué, prêt à aider le Comité d’entretien des sépultures orthodoxes russes et Jean-Pierre Lamotte, membre de l’association « Les amis de l’histoire de Sainte-Geneviève-des-Bois et de ses environs », à restaurer les tombes.

 

Elena Biktimirova, représentante du Conseil de coordination des compatriotes, a non seulement organisé la participation des bénévoles, parmi lesquels se trouvaient de nombreux jeunes et adolescents, mais a également régalé tout le monde de pirojkis (petits chaussons ou de petits pâtés en croûte de petite taille remplis de viande, pomme de terre etc,) et du classique gâteau au miel de sa fabrication.

 

Les bénévoles ont eu la chance de voir la crypte restaurée où repose le métropolite Ievlogui, fondateur de l’archevêché orthodoxe russe en Europe occidentale, les dépouilles d’autres hiérarques de l’archevêché, des personnalités politiques et l’architecte Albert Benois et son épouse, qui ont peint les voûtes intérieures de l’église et de la crypte avec des fresques. Au total, plus de 15 tombes ont été nettoyées. Voici le résultat, dans le reportage photo de la Maison russe.

 

Cliquer les photos pour les agrandir

Sur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-BoisSur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois
Sur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-BoisSur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois
Sur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-BoisSur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-BoisSur les travaux de nettoyage et d’entretien des tombes au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois

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7 octobre 2024 1 07 /10 /octobre /2024 19:25
L'œil du cœur par Olivier Clément

L’humanité, on le sait, se divise en deux hémisphères spirituels. D’une part l’hémisphère “asiatique”, issu de l’Inde avec l'expansion du bouddhisme. Ici le divin est diffus, ultimement impersonnel, et l’homme s'y résorbe par la médiation d’un cosmos sacré. D'autre part l’hémisphère “sémitique”, “biblique”, où l’absolu et la personne coïncident.

Aujourd’hui les traditions asiatiques pénètrent le monde occidental. Des monastères tibétains s’installent en France, et rayonnent.

Le yoga et les arts martiaux japonais, même assumés comme simples instruments de conscience et maîtrise du corps, véhiculent encore une certaine “sensibilité” spirituelle.

Des moines chrétiens pratiquent le zen, des hommes d’affaires la "méditation" transcendantale" où l’on se concentre sur le nom d'une divinité hindoue. Dans les milieux populaires, la croyance en la réincarnation se développe.

Devant cette situation, il a paru utile à l’Association des Ecrivains Croyants d’Expression Française (A.EC.E.F.) de demander à des témoins des grandes traditions abrahamiques, pour qui la foi dans un Dieu personnel et le mystère irréductible de l’autre sont fondamentaux, de “discerner les esprits”.

Il ne s'agit pas d’opposer systématiquement l’Autre au Soi, la prière à la méditation, la foi à la science de l’intériorité. Il s’agit de savoir comment juifs, chrétiens et musulmans se situent par rapport à tout un ensemble de conceptions, de méthodes, de modes, de noter convergences et divergences, de rappeler aussi les rencontres déjà survenues dans l'histoire.

Les problèmes sont immenses, nous ne les résoudrons pas. Nous souhaitons seulement, hors des syncrétismes faciles, les poser plus clairement.

C’est ce qui fut tenté lors d’une rencontre du 14-15 Mai 1988 au Centre Culturel "Les Fontaines”, à Chantilly

La rencontre du christianisme et, plus généralement, des religions du Dieu personnel, du Dieu vivant, judaïsme et islam, avec les spiritualités de l’Inde et de l’Extrême-Orient est désormais non seulement inévitable mais en cours.

Un certain nombre de disciplines me semblent indispensables pour développer un vrai dialogue. C’est-à- dire un dialogue qui ne soit ni exclusivisme indifférent ou dominateur, ni simple description (utile certes, fondamentale même, mais insuffisante), ni gnose orgueilleuse et réductrice, mais échanges en profondeur.

Il importe en premier lieu d’éviter la tentation du tourisme spirituel et du syncrétisme de détail.

Le regard de l’Occidental, aujourd'hui, se porte volontiers, avec une sorte de curiosité lasse, sur les îlots des “civilisations traditionnelles”. Et ce regard contribue de lui-même à la folklorisation commerciale de ces civilisations, c’est-à-dire à leur mort.

L’homologation facile rassure, on traduit par exemple le “Soi” indien par Dieu, on oublie le sens des ensembles. Il importe ensuite d’éviter les généralisations massives, c’est-à-dire la confusion.

L’Inde est un monde, le bouddhisme aussi : que l’on pense au "petit véhicule”, au “grand”, aux bouddhismes tibétain, chinois, japonais...

L’Occident de son côté, est bien plus complexe qu’on ne pense. Il a ses propres “orients” : l’“hésychasme”, dans l’Orient chrétien, les influences néo-platoniciennes dans les mystiques des trois religions “abrahamiques”, certains aspects de la Cabbale juive ; l’ismaélisme, l’islam indien, constituent aussi une vaste zone intermédiaire.

Il ne faut pas, enfin, ignorer l’évolution des Orients.

L’Asie a été profondément pénétrée, jusqu'au cœur de la Chine par le christianisme nestorien.

Elle a surtout été marquée, aux 19e et 20e siècles, par l’universalisation de l’Occident.

On ne saurait comprendre Gandhi sans Tolstoï et le Sermon sur la Montagne ; ou Shri Aurobindo sans les philosophies occidentales de la vie et de l’histoire.

Le bouddhisme, particulièrement au Japon et en Indochine, a été contaminé par un humanisme théiste d’origine chrétienne, la compassion devant l’inexistence de soi et de l’autre devenant service social et le caractère unique de la personne apparaissant comme une évidence, en lieu et place de cet “agrégat d'éléments impermanents” dont parlait le bouddhisme primitif.

De plus en plus enfin les spiritualités “orientales” prennent place,  dûment emballées, sur le supermarché de la civilisation de consommation.

La dernière condition indispensable pour aborder utilement le dialogue me semble la nécessite de connaître sa propre tradition. Il existe un anti-occidentalisme de l’Occident. dans lequel s’intégre l’apport des spiritualités “asiatiques”.

C’est ignorer par exemple la profondeur de la spiritualité chrétienne, à l’est comme à l’ouest de l'Europe. Et l’on va souvent chercher fort loin ce qu’on pourrait trouver bien près...

Certes, on découvre, me semble-t-il, un fonds commun, universel, non pas “au-dessus” des diverses religions, dans quelque unité transcendante des ésotérismes, mais plutôt “au-dessous”.

D’abord l’ascèse, monastique surtout.

Les méthodes sont assez semblables pour se libérer des “passions”, nettoyer le mental des “pensées”, articuler la “mémoire” de la mort et celle du divin.

Pour obtenir la rétraction des sens et l’éveil du cœur. Pour exercer une autre connaissance, inséparable d’un ébranlement de tout l’être unifié (monachos, du reste, signifie “unifié”).

Bien des échanges ont eu lieu dans ce domaine, des moines occidentaux ont visité des monastères zen, des moines bouddhistes ont été accueillis par nos Bénédictins.

Sans que le problème essentiel soit résolu : l’usage chrétien du monachisme est-il jusqu’au bout le même que l’usage bouddhiste ?

Autre aspect de ce fonds commun : ce qu’Henry Corbin nommait le “monde imaginal”, au sens d’une imagination vraie, d’un monde intermédiaire où l’esprit et le corps se rencontrent et s’unissent dans une sphère cosmo-vitale.

Dans la tradition biblique, cependant, le “monde imaginal” est court-circuité par la réalité de l'incarnation : on passe du symbole au visage.

C’est dans la communion des personnes qu’il nous appartient maintenant de retrouver et de sauver forces, souffles et symboles : dans certains aspects de l'art et de la médecine, et aussi en racontant des contes aux petits enfants, en leur transmettant ce fonds immémorial qui est en quelque sorte l'ancien testament de l'Ancien Testament (pas tellement ancien d’ailleurs puisque la capacité de créer de vrais contes s’est encore manifestée autour de 1 800 dans le hassidisme sub-carpathique, avec l'écho que l’on connaît dans l’art de Chagall...)

En somme les gestes, les atmosphères de religion sont partout les mêmes.

Les monastères de l’Athos ressemblent à ceux du Tibet, le ritualisme russe à celui de l’Inde. Encens, cloches, lumières, humbles offrandes se répendent, du Mexique à Bali.

On retrouve à Lourdes la grotte sacrée des religions archaïques, les Hindous exilés en France s’y rendent volontiers.

Gabriel Marcel parlait d’“orphisme” à ce propos, et de “pacte nuptial” avec la terre.

Bien des jeunes retrouvent spontanément aujourd'hui cette correspondance de l’Esprit et de la Terre. Ceci dit, il s’impose d’être lucide sur les différences. De ces différences Dieu seul connaît le sens. Aux hommes reste, non la guerre mais la prière, comme à Assise.

Je schématiserai rustaudement, en réfléchissant sur l'Advaïta hindou et la haute spiritualité chrétienne.

Pour l'Advaïta l’absolu est la face non-manifestée du cosmos où celui-ci se résorbe, il n’est accessible que par refus de toute affirmation et de toute négation concevables, ultimement de la personne, tenue pour une limitation. Quand se fait le passage à la limite, il n’y a plus rien que l’indicible, et le silence : le Soi et l’Absolu s’identifient.

Pour le christianisme, le Dieu au-delà de Dieu des théologies négatives est certes l’abîme, mais un abîme paternel, tourné vers nous dans l’amour et la liberté.

En Dieu, l’absolu et la personne ou plutôt l’unité trinitaire des personnes, coïncident. L’union avec le Dieu vivant nest pas fusion mais communion. Dieu tout entier se rend participable, tout entier il reste inaccessible, l’homme "déifié” "va" de commencements en commencements par des commencements qui n’ont jamais de fin.

Pour l'Advaïta le monde est une manifestation à la fois ludique et illusoire de la Toute-possibilité originelle, son autodéploiement pourrait-on dire.

L’individuation est la conséquence fatale d’une tendance déifuge, la destinée de l’univers et de l’humanité une implacable dégradation. Et tout recommence, dans la suite sans fin des cycles.

Le christianisme parle ici de création ex nihilo, d’un appel délibéré à l’être d’un monde distinct de son auteur, qui cependant le pénètre de sa grâce, de ses énergies. L’individuation, ou plutôt la personnalisation consiste pour l’homme à passer de l’“image” à la “ressemblance”, l’histoire, travaillée par l’Esprit, est aimantée par le Royaume. Et le Royaume ne l’abolira que pour l’accomplir.

Pour l’Inde, l'avatara n’est pas une incarnation mais la “descente” périodique et mythique d’une divinité qui, impassible, prend un masque animal ou humain pour rappeler à l’homme qu’il est lui-même, sous le masque de son humanité, avatara intérieur, c’est-à-dire identique au divin. Le bouddhisme du grand véhicule parle ici de la “bouddhéité” de chaque homme.

Pour le christianisme, l’incarnation signifie la naissance réelle, dans une chair bien réelle, elle aussi, du Dieu vivant qui nous rejoint aussi jusque dans la mort qu’il éprouve humainement pour tout remplir de sa lumière et nous ouvrir des voies de résurrection.

Ainsi, pour l’Inde, l’homme est “déifuge et transitoire”, hiérarchie de plans de conscience, d’états grossiers, subtils ou informels, virtuellement coextensif au cosmos, et se résorbant, par la méditation de celui-ci, dans un divin impersonnel.

Pour la Bible, l’homme image de Dieu a une structure dialogique. C’est une personne unique, irremplaçable, en relation avec son Créateur et son prochain, existant par cette relation, c’est-à-dire par grâce, appelé à une enstase-extase sans fin. L'âme est “un univers en expansion infinie”, disait Jean Daniélou.

Les différences clairement posées, mais dans le dynamisme d’une histoire spirituelle qui continue sous le souffle de l’Espnt, la voie s’ouvre à des échanges en profondeur.

Peut-être, pour assurer et dépasser la modernité (et non la refuser en s’enfermant dans ces îlots de “sociétés traditionnelles" que j’évoquais au début) les “orients” asiatiques devraient-ils apprendre de la
révélation biblique (continuer d’apprendre plutôt) la consistance propre du créé : l’homme ne se sauve pas en se “cosmisant”, c’est lui qui doit sauver le cosmos en le christifiant. Et aussi la réalité à la fois unique et communiante de la personne dont l’archétype s'inscrit au cœur même de l'Absolu.

Mais je voudrais parler surtout de ce que nous avons à recevoir, peut-être pour déceler le rayonnement universel des énergies divines qui jaillissent du Ressuscité.

Nous sommes amenés d’abord à creuser l'antinomie entre la Suressence de Dieu, son “Secret suressentiel” et la gloire, les énergies, les Noms (les Séphiroth, dit la Cabbale) par lesquels cette Suressence, inépuisablement, se rend participable, par lesquels le Secret se révèle tout en restant, dans sa révélation même, inaccessible.

L’enstase, de type oriental, renvoie à l’extase, de type occidental, et réciproquement. Il en est de même alors dans le rapport de chacun avec son prochain, d'autant plus miraculeusement inconnu qu’il est connu.

Là où l’Inde dit : rien n’existe hormis le divin : là où l’Occident spirituel dit : rien n’existe qu’en face de Dieu ; nous avons à découvrir que rien n’existe en dehors de Dieu ; le naturel est en lui-même surnaturel, toute matière est matière d’incarnation, tout existe dans cette lumière qui, pour un chrétien, rayonne du Visage du Transfiguré.

Et nous devons tenter d’aimer les autres et les choses dans cette lumière. C’est cette grâce d’humilité connaissante que demandait Simone Weil : savoir que les autres existent.

Nous pouvons aussi apprendre des spiritualités “asiatiques" à mieux distinguer la personne de l’individu. Les négations bouddhistes, par exemple, arrachent les masques, les peaux mortes, les personnages plus ou moins névrotiques.

Mais, au terme (au-delà du terme), pour un chrétien, il n’y a pas ce “rien" qui suggère négativement une indicible plénitude, ou plutôt ce "rien” désigne la personne comme secret et comme amour, au-delà même de l'être.

La personne n’est rien en ce quelle n’est pas conceptualisable (le concept, Begriff, est de l'ordre de la maîtrise, de la possession), mais ce rien n’est pas un zéro, c’est une présence qui, se révélant, qualifie tout, me rend la nouveauté originelle du monde, justement parce que son visage, son regard, trouent la finitude et l’opacité de celui-ci.

Peut-être avons nous besoin de ces spiritualités pour pressentir l’ultime intériorité : non pour nous immerger alors, sans autre (c’est le cas de le dire) dans la lumière, mais pour nous tourner, avec une humilité renouvelée, vers la source inépuisable de cette lumière : “mise à mort” de l’intériorité cristalline, suggérait Maxime le Confesseur, pour que lame connaisse l’ultime résurrection. Laquelle, puisque Dieu est en lui-même amour, me renvoie au respect et au service attentif du frère.

Cet échange en profondeur, enfin, nous aidera sans doute à intégrer dans notre vie spirituelle quelques thèmes longtemps occultés dans l’histoire du christianisme, et qui ne peuvent pas l’être quand ce christianisme devient planétaire. Je pense aux thèmes, d'ailleurs liés, du corps, du cosmos, de l’eros, de la féminité.

Un bénédictin français, le Père Benoît Billot, affirme, dans son livre sur les monastères japonais, que le Zen lui a fait découvrir la Sagesse du corps, le corps accordé à la terre dans le pur étonnement d’exister. La spiritualité japonaise, et l’esthétique qui en est inséparable, célèbrent le “ah ! des choses”, leur “ahité”, disait Claudel. Dans la fluente et d'ailleurs non- sensible matière du monde, le corps fait surgir la forme de l’esprit.

Il importe de réintégrer dans le christianisme, dans le corps ressuscitant de la liturgie et de l’ascèse, le sens grec de la beauté des corps. De réconcilier en quelque sorte la splendeur cosmique des statues archaïques où le visage s’absorbe dans le corps et la splendeur spirituelle des icônes, où le corps s'absorbe dans le visage.

Alors nous retrouvons le cosmos comme Parole et Don de Dieu, jardin qu'il nous faut non saccager mais cultiver et spiritualiser. Que l’homme soit roi, mais d’abord qu'il soit prêtre ' Aujourd’hui le monde ne risque plus d'être idole : il devient langage et temple. puisqu’Adam est toujours appelé à nommer les vivants.

"L'homme de notre temps, écrivait Mandelstam, ne connaît pas uniquement la faim du corps ou uniquement la nourriture de l'esprit. Pour lui le Verbe s'est fait chair et le pain tout simple est devenu mystère et joie.”

L'éros aussi peut devenir langage, “Liturgie des corps" comme l’a écrit Jean-Paul II. Sur les sculptures "érotiques” des temples hindous, l’extase est solitaire, les visages éloignes l'un de l’autre.

Dans le tantrisme, le partenaire n'est qu'un moyen, nous ne sommes pas loin de la prostitution sacrée que vomit la Bible. Il a fallu au christianisme disqualifier quelque peu l'éros pour affirmer la transcendance de la personne, celle de la femme surtout, par rapport à l'espèce.

Maintenant, sans doute, l'éros peut devenir la poétique d'une vraie rencontre entre deux personnes, l'accomplissement de l’image de Dieu.

Car les “orients" pensent le féminin en Dieu, je veux dire pressentent, dans le divin, une dimension féminine. C’est la Shakti, qui fait penser à la Sagesse du Livre des proverbes : “J’étais aux côtés du Créateur comme le maître d’œuvre, je faisais ses délices, jour après jour, m'ébattant sans cesse en sa présence.

Ici on évoquerait volontiers les formes extrêmes de la mariologie catholique et la “sophiologie” russe : tentatives manquées parce que trop conceptualisées, à reprendre en mode poétique...

La clé de ces difficiles et fécondes rencontres, c’est le Christ qui vient dans le frémissement de l’Esprit, dans l’omniprésence des énergies divines. Nous savons où est le cœur de l’Eglise, nous ne savons pas où sont ses limites.

L’œil charnel voit l’Eglise dans le monde.

L'œil du cœur voit le monde dans l’Eglise.

Olivier Clément

Sources N°18 1988

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3 octobre 2024 4 03 /10 /octobre /2024 19:35
Théorie de l'évolution et christianisme vu par Kyrill : un point de vue contreversé

Le patriarche Kirill justifie l’enseignement de la théorie darwinienne de l’évolution

Le patriarche Kirill coche décidément toutes les cases de la bien-pensance. Très en pointe dans la promotion de la lutte contre le « changement climatique », compagnon de route du pape François dans la marche vers le syncrétisme et la révolution mondiale, comme le soulignait déjà en 2016 Pauline Mille sur RITV, il vient de donner son « imprimatur », version orthodoxe, à la théorie darwinienne de l’évolution, en affirment que celle-ci non seulement ne contredit pas l’idée du « plan divin » sur l’univers et l’apparition de la vie, mais la « renforce ».

Le Patriarche de Moscou s’est ainsi exprimé lors d’une visite à l’université scientifique et technologique Sirius dans le nouveau territoire fédéral du même nom créé en 2020 par Poutine sur les rives de la Mer Noire pour accueillir des structures éducatives au service des enfants et jeunes « doués ».

Il est même allé jusqu’à dire qu’à son sens, comme à celui de Darwin qu’il a qualifié d’« homme très religieux », la théorie de l’évolution n’a jamais été un facteur propre aux arguments anti-religieux mais qu’il fallait la comprendre comme un outil intégré dans l’univers et que l’humanité peut apprendre à utiliser.

Le patriarche Kiril, un darwinien qui s’assume
Darwin, cet « homme très religieux » s’est lui-même dit vaguement « déiste », et de façon bien plus ferme, « agnostique », ne croyant ni en un Dieu personnel ni en une « existence future avec rétribution et récompense ». Présenter cela comme chrétien et même « religieux » relève au moins d’une drôle de gymnastique de l’esprit (sinon d’une tromperie pure et dure).

« Dieu a créé un univers extraordinaire, il nous a donné la capacité de nous développer. Parfois, on dit que l’évolution va à l’encontre du plan de Dieu – mais ce n’est pas le cas, elle témoigne d’un dessein divin incroyable, si on imagine qu’une personne en s’appuyant sur des facteurs externes, puisse se développer seule de la même manière que cela s’est produit à la suite de l’évolution », a déclaré le patriarche, en précisant cependant : « Il est important que l’intervention humaine ne nuise en aucune manière à ce développement déterminé par Dieu de la personnalité humaine et de la nature en général. »

Ces commentaires interviennent alors que certains membres du clergé et plusieurs hommes politiques russes ont récemment qualifié la théorie de Darwin de « non scientifique » et de « trompeuse ». Début septembre, Muslim Khouchiev, assistant du Premier ministre russe et ancien Premier ministre de Tchétchénie, avait suggéré que les enseignements de Darwin soient supprimés des manuels scolaires du pays.

« Tout le monde sait qu’il s’agit d’une fausse théorie, qui va à l’encontre de la religion. C’est la première étape, je crois, de la corruption spirituelle des enfants. Nous pouvons simplement la supprimer. Elle n’est pas vraie, elle est contraire à l’éducation religieuse et toutes les religions l’ont reconnu », avait-il affirmé, appelant le ministre de l’Education, Sergey Kravtsov, à bannir cette théorie des écoles. Plusieurs représentants de l’Eglise orthodoxe russe avaient soutenu sa proposition – mais le porte-parole du patriarcat de Moscou, Vladimir Legoida, a affirmé que l’évolution et le créationnisme n’étaient pas nécessairement en conflit et que les deux approches devaient être enseignées aux enfants.

La théorie darwinienne de l’évolution, l’une des grandes idéologies révolutionnaires
Voilà qui passe sous silence le rôle éminemment révolutionnaire joué par L’Origine des espèces de Charles Darwin, publié à peu près à la même époque que le Manifeste du Parti communiste de Marx, deux textes fondateurs de la course au « Progrès », ce Moloch qui a déjà englouti tant de victimes. Et ce au nom de la « science », alors que l’évolution des espèces telle que l’a postulée Darwin n’a jamais été vérifiée par l’expérience et ne correspond pas à ce que nous voyons de l’ordre de la nature. Et qui dit ordre, dit organisation en vue d’une fin.

Le tort de Darwin est d’avoir rejeté cette téléologie, cette idée de la « cause finale » que l’on rencontre aussi bien à l’intérieur des organismes individuels chez qui tous les organes se coordonnent en vue d’une fin, mais même entre individus et même entre espèces à travers leur interdépendance. Darwin ne retenait que la « cause matérielle », cette matière à qui « l’évolution » dans son système donne forme au hasard de ses développements plus ou moins bénéfiques, refusant que la matière puisse être organisée par ce qui en constitue l’essence (la « cause formelle » de la philosophie réaliste), en vue d’une fin (cause finale).

Au fond, le darwinisme est un matérialisme au même titre que le marxisme, et qui s’appuie, qui plus est, sur la théorie de Malthus selon laquelle la population d’une espèce surpassera toujours les ressources à sa disposition et qu’il faut donc la mort d’un grand nombre d’individus de chaque espèce.

A l’heure de la contraception frénétique et souvent précocement abortive, ainsi que des centaines de millions d’avortements légaux qui ont déjà endeuillé l’humanité depuis la première légalisation du crime par la Révolution bolchevique, comment ne pas voir la cohérence de toutes ces idéologies mortifères ?

Kirill approuve la théorie darwinienne qui réduit l’être au devenir
Fondamentalement, « la théorie de l’évolution Darwin réduit l’être au devenir », observe Jeffrey Bond du Kolbe Center for the Study of Creation dans son article de fond sur la critique philosophique de L’Origine des espèces. Et un devenir permanent rendrait impossible toute observation et toute science… Et même, si on pousse le raisonnement au bout, toute classification des espèces, chaque groupe n’étant qu’une étape vers autre chose.

A quoi s’ajoute du point de vue de la foi, le fait de l’Incarnation. Bond note : « Si l’homme n’est pas un miroir intemporel de la réalité, si l’homme doit encore évoluer vers un accident de devenir plus parfait, alors cela n’aurait aucun sens de dire que Dieu s’est fait homme, une doctrine qui serait totalement absurde si l’homme ne possédait pas déjà cette forme d’image de Dieu qui reflète le plus parfaitement Dieu lui-même. Il est clair que la nature humaine du Christ deviendrait méprisable si elle n’était pas du tout une nature, mais simplement une fantaisie passagère. »

Mais quid alors de l’évolutionnisme théiste que revendique Kirill (et qui veut contredire le point de vue matérialiste de l’évolutionnisme) ? Celui-ci pose le principe selon lequel l’évolution a été « utilisée » par Dieu pour arriver à l’homme, contrairement à ce qu’affirme explicitement la Genèse qui décrit la création de chaque être, chacun selon son espèce ; et contrairement à l’expérience empirique qui n’a jamais réussi à confirmer la théorie de Darwin. Jamais on n’a vu une mouche drosophile mutée parvenir à se reproduire avec autre chose qu’une mouche drosophile (à moins d’être délibérément soumise à une modification génétique par l’homme qui la rend capable de reproduction asexuée…).

Mais quelle que soit la manière dont on l’aborde, la théorie de l’évolution « relativise » l’homme dans la hiérarchie des espèces. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui on affirme la possibilité de l’être humain de s’autodéterminer homme, femme ou chat, et qu’on parle tant de la possibilité d’un homme « augmenté », d’une humanité qu’il faut métisser avec l’ordinateur sous peine de sa propre obsolescence… Le mythe du progrès n’a pas disparu. Ni en Occident, ni en Russie.

Jeanne Smits

Contre argumentation sur le supposé matérialisme de Darwin

Le point de vue de l'Eglise catholique romaine

 

De nombreux chrétiens ont dressé un portrait sombre et sinistre des implications religieuses de la théorie darwinienne de l’évolution. Cela a conduit à un mythe culturel qui fait de Darwin l’un des apôtres modernes de l’athéisme. Pourtant, les écrits historiques originaux révèlent que Darwin a eu des réflexions théologiques complexes tout au long de sa carrière.

Il a ainsi réfléchi aux thèmes religieux de la conception intelligente de la nature, du problème de la douleur et de la souveraineté de Dieu sur le monde. Les réflexions théologiques de Charles Darwin sont précieuses pour comprendre les défis que l’évolution biologique présente à la foi chrétienne

Voir ci-dessous

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