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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 23:08
Le néant de Dieu

En lisant Maître Eckhart 

« Des maîtres frustres disent que Dieu est un Etre pur, mais il est aussi haut au-dessus de l'être que l'ange le plus élevé l'est au-dessus d'une mouche. Je parlerais aussi incorrectement de Dieu en l'appelant un être, que si je disais du soleil qu'il est blême ou noir. Dieu n'est ni ceci ni cela. »

« Dieu n'est ni Etre, ni bonté (...) Celui qui dirait que Dieu est bon Lui ferait aussi tort que s'il disait que le soleil est noir. »

Le seul but poursuivi par Eckhart en prononçant cette phrase était de préserver la transcendance de Dieu.

Cette dernière phrase fut condamnée dans la bulle papale In agro dominico de 1329, peu de temps après la mort d'Eckhart.

Le dessein du Maître, dans de telles phrases « choquantes », est toujours identique : se garder d'appréhender Dieu d'une manière univoque, comme le contexte le laisse généralement entendre.

Par exemple, après la phrase condamnée, Eckhart cite immédiatement Marc 10,18 : « Nul n'est bon que Dieu seul » ; ceci pour montrer que la négation porte uniquement sur une compréhension univoque du mot bonté rapporté à Dieu, sa bonté étant elle-même définie comme une communication totale, un don de Lui-même sans la moindre restriction.

Il est clair que les négations employées par Eckhart, conformément à leur emploi traditionnel, visent la purification de nos représentations du Divin :
« Mais quand j'ai dit que Dieu n'était pas un être et qu'il était au-dessus de l'être, je ne lui ai pas par-là dénié l'être au contraire : j'ai exhaussé l'être en Lui. »

C'est dans la tradition de la mystique rhénane qu'il trouva les principaux traits de cette conception radicale comme l'illustre ces vers d' un poète anonyme contemporain 

« Tout ton être doit devenir néant ... Sombre tout mon être en Dieu qui est non-être ... Sombre en ce fleuve sans fond . »

Il nous dit à présent que la condition d'union avec Dieu, ou plutôt avec la Déité, consiste à transcender la connaissance intellectuelle, car bien qu'elle procède elle-même de manière négative en transperçant les apparences, elle est incapable d'aller assez loin, et pour cette raison, elle se fait une fausse représentation de Dieu comme un « Quelque chose », un was ou etwas. 

« Si tu comprends quelque chose de Dieu, il n'est rien de cela (...) Ton âme doit être non-intellectuelle, dépouillée de toute intellectualité, demeurer sans intellect, car si tu aimes Dieu en tant qu 'il est Dieu, en tant qu 'il est intellect, en tant qu 'il est Personne, en tant qu 'il est Image - tout cela doit disparaître (...) Tu dois l'aimer en tant qu'il est un Non-Dieu, un Non-Intellect, un Non-Personne, un Non-Image. Plus encore : en tant qu'il est un Un pur, clair, limpide, séparé de toute dualité. Et dans cet Un nous devons éternellement nous abîmer : du Quelque chose au Néant.»

« Le prophète dit : "Vraiment, tu es le Dieu caché" (Is 45,15) au fond de l'âme ; le fond de Dieu et le fond de l'âme n'étant qu'un seul et même fond. »

« Quand l'âme parvient dans l'Un et y pénètre en un total rejet d'elle-même, elle trouve Dieu comme dans un néant. Il sembla en rêve à un homme - c'était un rêve éveillé - qu'il était gros de néant, comme une femme est grosse d'un enfant, et dans ce néant Dieu naquit : il était le fruit du néant. Dieu était né dans le néant. »

"Dieu est né dans le néant", c'est-à-dire dans un complet détachement et une totale pauvreté.

La conduite de l'homme implique un total non-agir, dans le sens d'un total détachement des œuvres, qui nous offre un équivalent chrétien au wei wu wei oriental.

Celui qui est réellement pauvre, non seulement n'a rien et ne connaît rien, mais ne veut rien ; d'une certaine façon, on pourrait dire qu'il n'a et ne connaît rien parce qu'il ne veut rien.

« Celui-là est un homme pauvre qui ne veut rien, ne sait rien

Eckhart évoque ici un complet renoncement à la connaissance et à l'attachement à l'agir, de la part de celui qui aspire à l'union avec Dieu. Et même (ce qui est, d'après ce que lui-même en dit, un effet de son évolution), cette aspiration elle-même doit être niée pour être purifiée :

« C'est dans ce sens, disons-nous, que l'homme doit rester quitte et libre de Dieu, afin qu'il ne sache, ni ne connaisse que Dieu agit en lui. »

Eckhart insista plus tard sur le fait que la passivité, la réceptivité nécessaire à notre union avec Dieu n'est pas seulement celle de l'intellect ou de la volonté, mais, plus profondément, celle de l'essence de notre âme, ou son grunt.

C'est lorsque ce grunt (fond) se fond dans le fond de Dieu même que notre divinisation s'accomplit, c'est-à-dire lorsque nous retrouvons l'Etre originel qui était nôtre avant que nous ne soyons créés.

Voilà pourquoi nous devons abandonner ce qui est nôtre, au sens de ce qui appartient à notre être individuel en tant que tel, ce moi individuel qu' Eckhart appelle parfois « le vieil homme », ou « l'ennemi ».

« Tu dois totalement échapper à ton être-toi et te fondre dans son être-Lui et ton être-toi et son être-Lui doivent si totalement devenir un "mien "que tu comprennes éternellement avec lui son être originaire incréé et son Néant innommé. »

C'est seulement par l' inconnaissance que nous accédons à la connaissance de Dieu, et seulement par le non-agir que nous accédons à l'agir divin.

Pour cette raison, Eckhart nous conseille de rester ledig, c'est-à-dire libre, ou vacant, et de pratiquer la miissigkeit, l'oisiveté, équivalent de la pauvreté ou du détachement. 

En fait, Eckhart n'a jamais voulu dire : renoncer aux œuvres, ou au travail en général; ... ce qu'il cherche à montrer, et ce que peu de personnes, y compris de personnes « religieuses », aiment à reconnaître, c'est que la seule œuvre vraie et valide dans nos vies est celle qui est accomplie par Dieu

Car aussi longtemps que nous mêlons nos bonnes intentions à notre égotisme, nous ne pouvons réaliser que nihtesniht, littéralement : « rien de rien ». 

Si ces œuvres ne sont plus les nôtres, au sens individuel et égotiste du terme, elles sont réellement, intérieurement, nôtres ; car elles ne nous sont plus imposées par la contrainte de lois qui nous sont étrangères, celles du monde extérieur auquel nos passions nous ont enchaînés.

Par conséquent, lorsque le « vieil homme » a été évacué pour laisser la place à cet Etre-Dieu qui est à présent le nôtre, nous retrouvons notre liberté essentielle l'âme ne peut être rassasiée que de l'abîme de Dieu, qui est au-delà de toute compréhension aussi bien qu'au-delà de toute distinction ou dualité : ainsi, le dessein premier d'Eckhart, prêcher la naissance de Dieu dans l'âme, fut aussi, dans la portée qu'il finit par acquérir, de prêcher la mort mystique de l'âme, lorsqu'elle est « tuée » dans les trois Personnes et qu'elle perd son néant créé en se perdant elle-même dans le Néant incréé de la Déité. 

Extrait de DIEU COMME NON-ETRE D'APRÈS MAÎTRE ECKHART
Emilie Zum Brunn, Agnès Hérique

http://www.persee.fr/doc/rscir_0035-2217_1993_num_67_4_3243

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 23:40
Saints Simon et Jude, apôtres

L’Église associe les apôtres Simon et Jude dans la liturgie, car ils apparaissent toujours ensemble dans la liste des Douze et nous avons très peu de renseignements les concernant.

« En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon appelé le Zélote, Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, qui devint un traître » (Luc 6, 12-16).

Simon et Jude sont les moins connus des apôtres, même s’ils ont accompagné Jésus pendant sa vie publique. Je les fais parler dans mon livre Jésus raconté par ses proches. Selon la tradition, ils auraient évangélisé ensemble la Perse et y seraient morts martyrs. Jude est plus populaire que Simon auprès des fidèles puisqu’il est considéré comme le saint protecteur des causes difficiles ou désespérées.

Simon le Zélote

Simon est un Judéen. Matthieu et Marc le surnomment « le cananéen » (Mt 10, 4; Mc 3, 18). Luc l’appelle « le Zélote », non seulement parce qu’il est vaillant, mais parce qu’il a probablement fréquenté le groupe des zélotes qui luttait contre l’envahisseur romain. Benoît XVI apporte une nuance : « En réalité, les deux qualificatifs sont équivalents, car ils signifient la même chose. En hébreu, en effet, le verbe « kana » veut dire « être jaloux, passionné ». Il est donc bien possible que ce Simon, s’il n’appartient pas proprement au mouvement nationaliste des zélotes, ait été au moins caractérisé par un zèle ardent pour l’identité juive, donc pour Dieu, pour son peuple et pour la loi divine » (Audience du 11 octobre 2006). Et le pape émérite de conclure que Simon se situe aux antipodes du publicain Matthieu, qui était impur selon la loi juive. Jésus appelle qui il veut et il soude dans un même groupe des hommes très différents pour travailler ensemble à son royaume d’amour qui n’est pas terrestre mais spirituel.

Comme les autres apôtres, Simon a suivi Jésus dans son ministère de prédication. Plus que des idées, le Galiléen rendait libre par ce qu’il était. Il faisait vivre de la vie même de Dieu. Simon a vu ses miracles qui témoignaient de la présence de Dieu, au-delà de tout mérite et de tout légalisme. Ils suscitaient l’enthousiasme et cachaient une autre puissance, celle de l’amour. Le Zélote en aura été témoin jusqu’à la fin de sa vie, devenant un écho vibrant au cœur doux et humble de Jésus.

Simon a posé sa pierre à sa manière pour bâtir le royaume de Dieu. Avec le Maître, il a appris à prier, non pas à la hauteur de sa suffisance, mais dans les profondeurs de son cœur. Il a renoncé à ses propres sécurités pour suivre Jésus jusqu’à sa croix. Il a délaissé la violence pour vivre l’aventure du pardon et l’abandon confiant à la miséricorde divine.

Jude le Thaddée

Matthieu et Marc appellent Jude, « le Thaddée », ce qui signifie courageux. Au Cénacle, il est présenté par Luc comme le « fils de Jacques » (Ac 1, 13). Plusieurs auteurs ont vu en lui le frère de Jacques d’Alphée, dit le mineur, donc le cousin de Jésus (Cf. Mt 13, 55). Je penche également vers cette hypothèse. Jacques dirigea la communauté de Jérusalem et mourut en 62 sur ordre du grand-prêtre.

Jésus vint plusieurs fois à Nazareth, où il avait grandi avec ses cousins. Un jour de sabbat, le chef de la synagogue l’invita à prendre la parole. Il se leva pour faire la lecture, ouvrit le rouleau sacré, et lu Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » (Lc 4, 18-19)

De nombreux auditeurs étaient frappés d’étonnement : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » (Lc 4, 22). Ils étaient profondément choqués à son sujet, car ils ne le comprenaient pas. Ils s’étaient fait une image si familière de lui, qu’on ne voyait pas que le fils de Joseph et de Marie puisse parler avec une telle autorité. Ils connaissaient sa famille, comment pouvait-il accomplir des miracles ? Leur réaction était tout à fait naturelle. Jude savait que sans la foi, nul ne pouvait reconnaître que Jésus était le Messie.

Jésus ne voulait pas qu’un seul des enfants de son Père ne se perde. À son dernier repas, Jude lui posa une question pour qu’il précise un peu mieux sa venue avec le Père : « Seigneur, que se passe-t-il? Est-ce à nous que tu vas te manifester, et non pas au monde ? » (Jn 14, 22)

Il lui répondit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 23-26)

Le don de l’Esprit leur sera d’un grand secours après sa résurrection. Mais au moment de la Passion, ils s’enfuiront, sauf Jean. Après la Pentecôte, Jude et les apôtres prendront la route pour annoncer la bonne nouvelle du salut. L’Esprit insufflera en eux une force pour qu’ils soient au milieu du monde les témoins de la résurrection du Christ.

Origène et Tertullien attribuent à Jude la courte lettre adressée aux fidèles de la communauté chrétienne. Thomas d’Aquin se réfère à Bède le vénérable pour affirmer que Jude et Thaddée sont la même personne, qu’il est le frère de Jacques le mineur, cousin germain de Jésus, et l’auteur de l’épitre qui se termine par cette louange à Dieu : « À Celui qui peut vous préserver de la chute et vous faire tenir debout, irréprochables et pleins d’allégresse, en présence de sa gloire, au Dieu unique, notre Sauveur, par notre Seigneur Jésus Christ, gloire, majesté, souveraineté, pouvoir, avant tous les siècles, maintenant et pour tous les siècles. Amen. »

Jacques Gauthier
http://www.jacquesgauthier.com/blog/entry/28-octobre-saints-simon-et-jude-apotres.html


 

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 23:01
Dieu, l'enfer, le paradis, le purgatoire et autres villégiatures 2

Laissez-vous surprendre par ces deux émissions où Philippe Meyer, journaliste, lit de très beaux textes accompagnés d'une programmation musicale surprenante et souvent peu connue pour illustrer des propos joyeusement iconoclastes qui dérangent peut-être mais qui nous font aussi réfléchir.

2ième émission

Programmation musicale

Le Diable (Ca va)
Jacques Brel (Jacques Brel) ; label Philips

La Bourrée du diable
Hervé Pierre et Pascal Sangla (Henri-Georges Clouzot, Jean Villard) ; label Rfnoncial

Les Dieux sont dingues
Christine Sèvres (Brigitte Fontaine, Marcel Yonnet) ; label Temy

Le Pianiste de l’Eden
Alain Bashung (Daniel Tardieu, Alain Bashung) ; label Barclay

A Amsterdam
Guy Béart (Guy Béart) ; label Temporel

Go to hell
Nina Simone (Morris Bailey) ; label RCA

Sur la terre comme au ciel
Etienne Daho (Etienne Daho, Etienne Daho et Xavier Geronimi) ; label EMI

Mon Dieu
Milva (Michel Vaucaire traduit en calabrais, Charles Dumont) ; label Aril

Ca fait pleurer le bon Dieu
Julien Clerc (Etienne Roda-Gil, Julien Clerc) ; label Virgin

Dieu qui dort
Félix Leclerc (Félix Leclerc) ; label Philips

Écouter en ligne

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