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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 22:28

Je vous livre ci-dessous un article que je trouve remarquable dans son analyse du fonctionnement de notre société qui refuse finalement la possibilité à toute personne publique (et par extension à toute personne) ayant commis un délit grave (et pourquoi pas même mineur) de pouvoir se racheter en payant sa dette à la société et d'être réellement réintégrée dans la communauté. Au delà de la notion de rachat d'une faute aussi grave que l'homicide - et peut-il exister une peine qui puisse effacer un tel acte ? - on comprend qu'il y a une fin de non recevoir à l'éventuel repentir du coupable et par là même au refus de son pardon, au refus de l'idée même du pardon. 

 

Le pardon est dans ces cas extrèmes quasi impossible par l'homme mais le monde oublie le pardon de Dieu, celui là même qui a touché dans la confession d'horribles criminels qui retournés par l'absolution sont devenus parfois de grands saints.  Le pardon de Dieu n'efface pas l'acte mais lave l'âme et rétablit la relation de l'homme avec Dieu.   Les marques de la crucifixion restent dans le corps du Christ  après sa résurrection mais on peut être certain que ses persécuteurs sont pardonnés puisqu'il l'a demandé à son Père qui lui accorde tout ce qu'il lui demande.

 

Est-il juste que Bertrand Cantat soit réduit au silence ?

 

Quel étrange destin aura connu la voix de Bertrand Cantat, sauvée in extremis, en 1994, pour mieux s'éteindre aujourd'hui. Condamné au silence par respect pour la douleur des victimes, l'artiste se voit interdit d'exercer son art, sous quelle que forme que ce soit, chacune de ses apparitions étant vécue comme une indécente provocation.

Que Cantat ait purgé sa peine est une circonstance aggravante : il est en vie, elle ne l'est plus. Que Cantat ait été déclaré coupable de "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner" ne signifie rien : il reste un "assassin" dans la bouche de ceux qui souffrent et qui ne se privent pas de le désigner comme tel par médias interposés. Une décision de justice ne sonnant jamais le glas d'aucune douleur, la condamnation judiciaire et la sanction pénale ne sont que formalités.

Pourtant, au-delà du symbole, Bertrand Cantat est un "élargi" comme les autres, contraint jusqu'à son dernier souffle de supporter le poids et d'endosser la responsabilité d'un geste qui n'appartiendra jamais au passé. La plus douloureuse des expiations se niche dans l'intimité de celui qui a commis l'irréparable et se rappelle à lui à chaque minute de son existence : Bertrand Cantat est condamné à rester au pire endroit - en lui-même. Les familles et proches de la victime ont décidé de rendre cette peine à perpétuité publique, insinuant par là qu'elle n'habite pas, ou pas suffisamment, l'intimité de Bertrand Cantat.

En réduisant publiquement l'artiste à son méfait, en décidant que Cantat n'est et ne sera jamais rien d'autre que la mort de Marie Trintignant, la double peine de cet "élargi" confine à une mise au pilori qui finit par devenir l'instrument d'une dictature de l'émotion, celle des victimes.

Le silence imposé par une décision judiciaire qui interdit à Bertrand Cantat de s'exprimer sur les faits participe de l'impératif tendant à protéger les victimes de propos maladroits ou vécus comme tels. Le silence artistique décidé par les tenants d'une douleur exclusive de toute autre est l'écho direct d'un fantasme propre à nos sociétés : la nécessité d'éliminer socialement tout condamné ayant purgé sa peine, de nettoyer le corps social. Survivre et tenter d'exister, quel qu'en soit le prix, relève de l'indécence aux yeux de ceux qui, amputés d'une fille, d'une mère ou d'une soeur, n'oublieront jamais.

DÉPLACEMENT DE L'INTIME

Confrontées dans leur quotidien à une absence que rien ne vient combler, il est légitime que les victimes, dans l'intimité de leur douleur, tiennent l'exécution d'une peine et la déclaration de culpabilité comme superfétatoires et insignifiantes. Il n'en reste pas moins que la rancoeur et la haine proclamées demeurent souvent les seuls sentiments disponibles à l'endroit de celui qui a ôté la vie d'un être cher. Mais rendre ces propos et ces sentiments publics, les marquer au fer rouge sur la peau de l'auteur, les marteler dans les médias pour confondre l'homme et son geste, relève de la plus grande injustice, dictée par l'impossible deuil. La singularité de cet "élargi" réside dans la faculté qui est offerte aux victimes de poursuivre la peine au-delà du registre de l'intimité, la voix du chanteur étant réduite à celle de l'"assassin".

Piégé par ce déplacement de l'intime au public, l'artiste amputé n'a d'autre choix que de laisser sa place à la douleur de ceux qui restent, la sienne demeurant "un moindre mal" dont la seule évocation constituerait la plus ultime des provocations. Le pire des procès se poursuit donc entre les mains des justiciables les plus dangereux, ceux dont la peine est intarissable. Et la voix de Bertrand Cantat, jetée en pâture au-delà du judiciaire, de purger une peine sans cesse recommencée.


Marie Dosé, avocat à la Cour Article paru dans l'édition du Monde du 13.04.11

 


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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 22:32

christ_perce_cote.jpg

 

Paul dit : « Nous sommes de sa chair et de ses os » (cf Ac 17,29; Gn 2,23), désignant par là le côté du Seigneur. De même en effet que le Seigneur a pris de la chair dans le côté d'Adam pour former la femme, ainsi le Christ nous a donné le sang et l'eau de son côté pour former l'Église.

 

Et de même qu'alors il a pris de la chair du côté d'Adam pendant l'extase de son sommeil, ainsi maintenant il nous a donné le sang et l'eau après sa mort..., car désormais la mort n'est plus qu'un sommeil. Vous avez vu comment le Christ s'est uni son épouse ?

 

Vous avez vu quel aliment il nous donne à tous ? C'est de ce même aliment que nous sommes nés et que nous sommes nourris. Ainsi que la femme engendre de son propre sang et nourrit de son lait ses enfants, de même le Christ nourrit constamment de son sang ceux qu'il a engendrés.


Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Catéchèses baptismales, n° 3, 16s (trad. bréviaire rev. ; cf SC 50 bis, p. 160s)

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 22:09

Voici un petit texte dont la beauté ne manque pas d’humour. Jean Chrysostome y donne quelques conseils à l’époux qui cherche à reconquérir son épouse.

chrysostome.jpgQuand ta femme ne te témoignerait que dédain, mépris, insolence, il ne tient qu’à toi de la ramener à tes pieds à force de bonté, d’amour, de tendresse. Car il n’est pas d’attache plus forte, surtout entre un homme et une femme…

Que faut-il que tu dises à ta femme ? Dis-lui avec toute ta douceur : Moi, je t’ai choisie pour compagne de ma vie, j’ai associé mon existence à la tienne, dans les tâches les plus importantes et les plus nécessaires, l’éducation des enfants et le gouvernement de la famille… Ou plutôt, parle-lui d’abord de ton amour. Rien ne dispose mieux celui qui écoute à agréer nos paroles que la conviction qu’elles nous sont inspirées par un vif amour.

Comment lui témoigner ta tendresse ? En lui disant : Je pouvais en épouser d’autres, une femme plus riche ou de naissance plus illustre ; je ne l’ai pas fait, car je t’ai désirée, toi, ta façon d’être… Dès lors je me suis attaché à toi, je t’aime et je te préfère à ma propre vie, qui est un néant ; et je prie et je supplie, je fais tout pour qu’il nous soit donné, après avoir passé cette vie dans un mutuel amour, d’être encore réunis et heureux dans la vie future.


Tout ce qui est d’ici-bas est court et fragile : mais nous avons su nous rendre dignes de la bonté de Dieu, au sortir de ce monde, nous serons éternellement avec le Christ, éternellement l’un avec l’autre, dans une joie sans limites. Ton amour me ravit par-dessus tout, et rien ne me serait plus pénible et odieux comme d’être en désaccord avec toi. Quant il me faudrait tout perdre, devenir plus pauvre qu’un mendiant, encourir les derniers périls, tout souffrir, rien ne me coûtera, rien ne m’effraiera, si je possède ton amour, et je ne souhaiterai des enfants que le jour où tu partageras ma tendresse…

Quels biens, quels trésors auraient la même valeur, aux yeux d’une femme, que de telles paroles ? Ne crains point que ton amour ne lui inspire du mépris à ton égard ; n’hésite pas à le lui confier… Montre-lui que tu attaches un grand prix à sa compagnie et que tu aimes mieux, à cause d’elle, être à la maison que sur la place ; préfère-la à tous tes amis, aux enfants mêmes que tu as d’elle et que tu dois aimer pour elle…

Si elle dit : Ceici est à moi, réponds-lui : Que réclames-tu comme étant à toi ? Je l’ignore ? Je n’ai, moi, rien en propre. Pourquoi dis-tu : c’est à moi, quant tout t’appartient ?… Oui, tout est à toi, et moi aussi je suis à toi.


Jean Chrysostome, Commentaire de la lettre aux Éphésiens, homélie 20, trad. M. Jeannin, France Quéré.

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