Vous trouverez ici des textes extraits de mes écoutes et lectures "spirituelles". Si un mot, une phrase, une
pensée, touche votre coeur c'est que Dieu vous a fait signe par les mots de ceux qu'Il inspire.
L’Invocation du Nom est une prière d’une très grande simplicité, accessible à tous, mais elle conduit en même temps aux plus profonds mystères de la contemplation.
Quiconque se propose de dire la Prière de Jésus pendant de longues périodes de temps chaque jour – et, encore plus, quiconque voudrait avoir recours au contrôle de la respiration et à d’autres exercices physiques en relation avec la prière – a sans doute besoin d’un starets, d’un guide spirituel expérimenté.
Mais ceux qui n’ont pas de contact personnel avec un tel guide peuvent pratiquer la Prière sans aucune crainte, aussi longtemps qu’ils le font pendant des périodes limitées – au début, pas plus de dix à quinze minutes à la fois – et aussi longtemps qu’ils n’essaient pas d’intervenir dans les rythmes naturels du corps.
Aucune formation particulière n’est requise avant de commencer la Prière de Jésus... « Pour marcher, il faut faire un premier pas ; pour nager, il faut se jeter à l’eau. C’est la même chose pour l’Invocation du Nom.
Commence à le prononcer avec adoration et amour. Adhères-y. Répète-le. Ne pense pas que tu es en train d’invoquer le Nom ; pense seulement à Jésus Lui-même. Dis Son Nom lentement, doucement et tranquillement. »
La forme extérieure de la Prière est apprise aisément. Fondamentalement, elle consiste en ces mots : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi. »
Il n’y a pas là, cependant, une stricte uniformité. La formule verbale peut être raccourcie : « Seigneur Jésus-Christ, prends pitié de moi » ou « Seigneur Jésus », ou même « Jésus » seulement.
Inversement, la formule peut être allongée en ajoutant « pécheur » à la fin, soulignant ainsi son caractère pénitentiel.
Quelquefois, une invocation à la Mère de Dieu ou aux saints y est insérée.
Le seul élément essentiel et invariable est l’inclusion du Nom divin « Jésus ».
Chacun est libre de découvrir à travers son expérience personnelle la formule qui répond le plus étroitement à ses besoins.
La formule précise employée peut varier de temps en temps, mais « Attention ! nous prévient saint Grégoire le Sinaïte, les arbres qui sont souvent transplantés n’ont pas de racines. »
Il y a une souplesse identique en ce qui concerne les circonstances extérieures.
On peut distinguer deux manières d’utiliser la Prière, la manière « libre » et la manière « formelle ».
L’usage libre désigne la récitation de la Prière quand nous sommes occupés à nos activités habituelles durant le jour.
Elle peut être dite, une fois ou plusieurs fois, dans des moments dispersés qui, autrement, seraient spirituellement gaspillés : quand nous sommes occupés à des tâches familières ou semi-automatiques, telles que s’habiller, se laver... quand on marche ou qu’on conduit, le jour ou la nuit...
Une partie de la valeur remarquable de la Prière de Jésus réside précisément dans le fait que, en raison même de sa simplicité radicale, on peut la dire dans des conditions où des formes de prières plus complexes ne sont pas praticables.
Cet usage « libre » de la Prière nous rend capables de combler le vide qui existe entre nos temps « forts » de prière et les activités normales de la vie quotidienne.
« Priez sans cesse » insiste saint Paul (1Thessaloniciens 5, 17). Mais comment est-ce possible puisque nous avons d’autres choses à faire également ?
L’évêque Théophane indique la vraie méthode : « Les mains au travail, l’intellect et le cœur avec Dieu. »
La Prière de Jésus, devenant avec la répétition fréquente presque continuelle et inconsciente, nous aide à nous tenir en la Présence de Dieu partout où nous sommes.
Ainsi devenons-nous semblables à Frère Laurent qui « était plus uni à Dieu dans ses activités ordinaires que dans les exercices religieux. »
« C’est une grande illusion, remarquait-il, d’imaginer que le temps de la prière devrait être différent de tout autre moment, car nous avons autant l’obligation d’être unis à Dieu par le travail au temps du travail que par la prière au temps de la prière. »
Cette « libre » récitation de la Prière de Jésus est complétée et renforcée par l’usage « formel », quand nous concentrons toute notre attention à dire la Prière à l’exclusion de toute activité extérieure.
Ici encore, il n’y a pas de règles rigides, mais variété et souplesse.
Aucune posture particulière n’est essentielle. Dans la pratique orthodoxe, la Prière est le plus couramment récitée assis, mais on peut la dire aussi debout ou à genoux, et même parfois couché.
Elle est normalement récitée dans l’obscurité complète ou avec les yeux fermés...
L’obscurité, cependant, peut avoir un effet soporifique ! Si nous somnolons assis ou à genoux, nous devrions nous lever pour un moment, faire le signe de la croix à la fin de chaque prière, et nous incliner à partir de la taille en un profond salut, touchant le sol des doigts de la main ou faire une prosternation chaque fois en touchant le sol de notre front.
Le chapelet ou rosaire, normalement avec cent nœuds, est souvent employé en relation avec la Prière, non pas d’abord pour compter le nombre de fois où elle est répétée mais plutôt pour aider à la concentration et à l’établissement d’un rythme régulier.
La mesure quantitative n’est pas encouragée. Saint Théophane le Reclus précise : « Ne t’inquiète pas du nombre de fois où tu dis la Prière.
Que ton seul souci soit qu’elle jaillisse de ton cœur avec la force vivifiante d’une fontaine d’eau vive. Chasse entièrement de ton esprit toute pensée de quantité. »
La Prière est quelquefois récitée en groupe, mais plus communément seul ; les mots peuvent être dits à voix haute ou silencieusement.
Dans l’usage orthodoxe, quand on la dit à haute voix, elle est plutôt parlée que chantée.
Il ne doit y avoir rien de forcé ni de recherché dans la récitation
Les mots ne doivent pas être formés avec un accent exagéré ou une violence interne, mais la Prière devrait établir elle-même son propre rythme de telle sorte qu’elle en arrive à chanter en nous en vertu de la mélodie qui lui est intrinsèque.
Le starets Parfenii de Kiev comparait le mouvement coulant de la Prière au doux murmure d’un ruisseau.
L’Invocation du Nom est une prière pour tous les temps. Elle n’est jamais déplacée...
« La Prière de Jésus dans la spiritualité orthodoxe » de Kallistos Ware dans “Le lieu du Coeur “ de Elisabeth Behr-Sigel, Cerf, p. 128-132
Parmi les 99 noms de Dieu, il existe des couples antinomiques qui décrivent l’action divine dans nos vies : « Celui qui avance les choses » (Al Mouqaddim), « Celui qui les retarde » (Al Mou’akhir) ; « Celui qui donne la richesse » (Al Mughni), « Celui qui l’empêche » (Al Mani’) ; « Celui qui envoie le mal » (Al Darr), et « Celui qui envoie ce qui est bon » (Al Nafi’) ; « Celui qui donne les honneurs » (Al Mu’izz), et « Celui qui avilit » (Al Mudhill) ; « Celui qui rabaisse » (Al Khafid) et « Celui qui élève » (Al Rafi’) ; « Celui qui rétracte » (Al Qabid) et « Celui qui étend » (Al Basit).
Certains pourraient être choqués par des noms tels Al Darr, qui envoie le mal, ou Al Mudhill, qui avilit.
Or, dans la perspective musulmane, ce qui nous semble mauvais, dans ce qui provient de Dieu, contient en fait un bien caché pour nous, que nous comprendrons ultérieurement.
Ce regard nous permet d’accepter les deux genres de moments, les bons et les mauvais, non seulement comme provenant de Dieu, mais aussi comme reliés à la Sagesse divine, qui sait mieux que nous ce dont nous avons besoin pour grandir et progresser dans cette vie.
Ils sont aussi reliés à la Justice divine, qui donne à chacun(e) ce dont il ou elle a besoin. Le Coran avance en effet que : « Si une blessure vous atteint, une blessure semblable atteint aussi les autres.
Ainsi faisons-Nous alterner les jours (bons et mauvais) parmi les gens, afin que Dieu reconnaisse ceux qui croient et qu’Il prenne parmi vous des témoins » (Al Imran 3 : 140).
En ce moment, beaucoup d’entre nous vivent ces jours mauvais, de blessure, ou de souffrance, où l’action de noms divins tels Al Mani’(qui bloque les biens), ou Al Mou’akhir (qui retarde les choses), ou Al Qabid (qui rétracte) ou Al Mudhill (qui avilit) est bien ressentie.
Dans une perspective de foi musulmane, ces moments ne sont pas arbitraires. Ils font partie du plan de Dieu pour chacun de nous, et ils ont un sens.
Le verset nous dit qu’ils permettent de reconnaître les témoins. Un hadith ajoute : « Le cas du croyant est étonnant : toute sa vie est bonne, et cela n’est vécu que par le croyant.
S’il lui advient un bien, il remercie, et cela décuple le bien, et s’il lui arrive un mal, il fait preuve de patience et cela se transforme en bien. »
Le descendant du Prophète, Jaafar Al Sadiq, disait aussi dans son invocation : « Mon Dieu, je ne sais pour quel état Te rendre grâce le plus, l’état de santé ou l’état de maladie par laquelle tu m’as purifié, effaçant (par la souffrance) ce qui a alourdi mon dos en péchés, et me donnant une occasion pour me repentir. »
Il y a donc des jours comme ça, et ils passeront. Et si, au cœur de ces jours, nous arrivons à y trouver un sens, ils peuvent aussi devenir une occasion de croissance et d’approfondissement.
Par Nayla TabbaraThéologienne musulmane libanaise (1)
(1) Auteure de L’Islam pensé par une femme, avec Marie Malzac, Bayard, 250 p.