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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 19:30

 

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29 septembre 2021 3 29 /09 /septembre /2021 19:30

Exhortations au combat, châtiments divins, descriptions apocalyptiques… Mis par écrit plusieurs années après la mort de Mohammed, le prophète de ­l’islam, en 632, le Coran contient une violence qui peut paraître difficilement compréhensible aujourd’hui. 

« Elle n’est toutefois pas majoritaire dans le texte coranique, qui insiste sur l’unicité de Dieu et l’imminence de la fin des temps », nuance Francesco Chiabotti, qui enseigne l’islamologie et l’histoire médiévale à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

Aux côtés de versets belliqueux coexistent en effet des versets pacifistes, comme celui-ci : « Quiconque fait périr une vie humaine non convaincue de meurtre ni de corruption sur la terre, c’est comme s’il a tué l’humanité tout entière » (Coran 5, 32).

Il est indéniable que le Dieu du Coran présente souvent un visage rigoureux : il est dit « dominateur » (al-jabbâr), « redoutable » (shadîd)…

Par ses châtiments, il punit ceux qui s’opposent à lui ou perturbent l’ordre du monde. « Il s’agit donc d’abord d’une violence restauratrice censée rétablir la paix entre les hommes et entre les hommes et Dieu », écrit Paul Ballanfat dans un article sur la violence dans le Dictionnaire du Coran (Robert Laffont, 2007). 

« La violence divine est toujours reliée aux idées de préservation, de justice et de paix », ajoute ce philosophe avant de préciser que le Dieu des musulmans, qui présente aussi un visage miséricordieux, est « celui en qui se nouent les contraires ».

Mais la violence qui s’exprime dans le Coran n’est pas uniquement le fait de Dieu. Les croyants ne sont-ils pas encouragés à « combattre dans le chemin de Dieu » et à « tuer les associateurs » (c’est ainsi que le Coran nomme les polythéistes, car ils « associent » à Dieu d’autres divinités) ?

Chargés de défendre et propager la foi au Dieu unique, ils peuvent faire usage de la violence mais, précise le Coran, celle-ci n’est qu’un moyen : seule la paix (salam) est un but souhaitable.

Il est en tout cas manifeste que, pour le locuteur du Coran, la violence fait partie de l’existence. De la même manière que la violence relatée dans l’Ancien Testament était le reflet des conflits sanglants qui opposèrent Babyloniens, Assyriens ou encore pharaons.

Mohammed était-il un chef de guerre ?

L’alliance comme la guerre entre tribus sont centrales dans l’Arabie du VIIe siècle, et le prophète de l’islam ne rompt pas avec ces pratiques. Sa prédication se fait en deux temps, selon la tradition musulmane : d’abord à La Mecque, où il n’est pas reconnu comme prophète, puis à l’oasis de Médine, où il se réfugie avec ses compagnons. C’est là que Mohammed, en butte à l’échec de sa prédication, opte pour la lutte armée.

L’islamologue Francesco Chiabotti voit là une « dimension épique » des récits sur le prophète, la sîra (biographie de Mohammed) valorisant ses faits d’armes et sa supériorité militaire. Or, toute la question est celle de la valeur historique de ces textes, transmis oralement pendant plus d’un siècle avant d’être mis par écrit à partir de la fin du VIIIe siècle, sous la dynastie des Abbassides. « Le calife abbasside avait besoin d’un prophète au visage belliqueux, pour en faire un miroir de sa propre capacité à remporter des guerres », explique Francesco Chiabotti. « Les textes rédigés à cette époque se sont appuyés sur des récits épiques que le Coran livrait déjà, mais de manière décousue et sans contextualisation. »

Comment les djihadistes justifient-ils leur violence ?

C’est sur cette biographie de Mohammed et sur l’abondante littérature composée par des juristes musulmans depuis l’époque médiévale que s’appuient aujourd’hui les mouvements djihadistes pour justifier leurs actes. 

« Tout ce que fait Daech est en théorie permis par le fiqh (la jurisprudence musulmane, NDLR) », affirme ainsi le théologien Mohamed Bajrafil. « Brûler, démembrer des combattants, réduire des femmes yézidies en esclavage, précipiter des homosexuels du haut d’un immeuble… » 

Les théoriciens musulmans, regroupés en différentes écoles, ont en effet disserté sur ces questions dans d’interminables traités.

Ils ont notamment cherché à régler les nombreuses contradictions internes au texte coranique. « L’une des règles qui s’appliquaient était celle dite de “l’abrogeant et l’abrogé”, selon laquelle les versets les plus tardifs abrogent les plus anciens », explique Hicham Abdel Gawad, doctorant en science des religions à l’Université catholique de Louvain (Belgique). 

« Or certains théoriciens ont considéré que le fameux verset de l’épée (Coran 9, 5 : « Tuez les associateurs où vous les trouverez », NDLR) était parmi les derniers à avoir été révélés. Il abrogeait donc d’autres versets plus pacifiques et considérés comme antérieurs. »

Les attentats et persécutions commis au nom de l’islam sont également les conséquences d’une lecture qui se revendique comme littéraliste du Coran, encouragée par l’essor du salafisme saoudien à partir des années 1970.

D’autres lectures ont pourtant existé dès les premiers siècles de l’islam, laissant plus de place à l’interprétation.

Comment interpréter ces textes aujourd’hui ?

« L’Arabie du VIIe siècle ne disposait ni d’une police ni d’un pouvoir central : il est évident que la violence s’y manifestait autrement qu’aujourd’hui ! », reprend Hicham Abdel Gawad, partisan de l’approche historico-critique. « La violence que contient le Coran est un écho à une violence intertribale d’il y a quatorze siècles : si l’on comprend qu’il s’agit d’un passé réalisé, il n’y a aucune raison de vouloir la perpétuer. »

 Si la quasi-totalité des commentaires du Coran restent fidèles, encore aujourd’hui, aux interprétations classiques, de nouvelles exégèses émergent depuis trois décennies, recourant davantage aux méthodes académiques occidentales ou insistant sur les ressources spirituelles de l’islam.

Outre l’islam sunnite traditionnel, d’autres courants de l’islam ont considéré différemment cette question de la violence. Dans le soufisme, par exemple, la violence présente dans les textes de l’islam a été comprise, par certains auteurs, d’abord et surtout comme la métaphore d’une lutte intérieure entre le croyant et son ego.

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 19:30

Quel étrange destin a connu cette icône unique…

Peinte il y a cinq siècles par un moine russe vivant dans un pays déchiré, en l’honneur d’un autre moine, grand saint fondateur fasciné par ce mystère de l’Unité des Trois (Serge de Radonège), qui effectivement sera à l’origine de l’unification de son pays…

Et aujourd’hui, cette image extraordinaire se diffuse dans notre monde occidental, rongé par l’individualisme et d’exclusion. Elle nous redit que l’un n’est pas l’opposé du multiple, puisque notre Dieu est relation, relation d’amour infinie.

Que personne ne peut vivre pour soi-même. Que l’autre n’est jamais un concurrent à éliminer, mais une richesse extraordinaire, qui me permet d’être ce que je suis au plus profond de moi. 

Elle nous rappelle aussi que nous sommes invités à vivre de la vie divine, qui n’est qu’un éternel échange d’amour. 
 
Trois anges, à la fois très semblables et pourtant chacun unique.

Leurs visages sont semblables, chacun porte une couleur « commune » (le bleu, symbole de la divinité), et une couleur « personnelle ». Ils sont assis autour d’une petite table, et  se regardent. Ils portent des sandales aux pieds et tiennent un bâton à la main. Ce sont des voyageurs.

Image issue d’une longue interprétation de l’hospitalité d’Abraham (Gn 18), ces trois anges furent assez vite compris comme une image symbolique de la Trinité.

Le génie d’André Roublev a été d’identifier les trois personnes divines, en les différenciant.

Mais il l’a fait en s’appuyant sur la longue Tradition de l’Eglise,  transmise tant par l’iconographie que la  liturgie. 

Parce qu’une icône n’est pas, elle non plus,  une œuvre « individuelle ». Elle est le fruit certes unique de la contemplation et du talent personnel du peintre, mais elle est aussi enracinée dans l’expérience de l’Eglise toute entière, dont l’iconographe est nourri, et en retour donnée pour elle, en témoignage du salut proclamé à la face du monde. 

C’est la raison pour laquelle,  on ne peut interpréter cette icône de n’importe quelle façon, mais que l’on se doit de la « lire », comme toute icône d’ailleurs, à la lumière de la Tradition.

Dans une première approche, au-delà de l’unité que forment manifestement ces trois anges, on peut distinguer une sorte de « hiérarchie », que l’on peut percevoir tant par leurs postures que par leurs regards.

L’ange de gauche se tient droit et la place qu’il occupe est traditionnellement la place d’honneur : à droite de la table (là où est assis le Christ sur l’icône de la Cène).

Vers lui se tournent les deux autres anges et convergent leurs regards. Les éléments qui les accompagnent accentuent cet effet : la maison (droite) fait face à l’arbre et au rocher inclinés vers elle.

De même, le bâton que tient cet ange est vertical, alors que ceux des autres anges sont de plus en plus penchés. Il y a un mouvement qui est ainsi amorcé de la gauche vers la droite.   

Cet ange de gauche porte néanmoins les vêtements dont les couleurs sont les plus discrètes (couleurs d’aurore…), et bénit tout aussi discrètement, la main droite posée sur son genou.

Comme l’ange de droite, il n’est présenté que de trois-quarts.

L’ange de gauche donne ainsi une certaine impression d’effacement, surtout vis à vis de l’ange central, dont le bras droit à la manche gonflée, épouse l’espace en «creux » formé par la silhouette du premier. 

Autorité et effacement en même temps. Le Père, origine et source de tout, qui se donne éternellement, « en se retirant », au Fils comme à l’Esprit. 

La maison au-dessus de lui pourrait être une référence au Temple, ou mieux, à « la maison du Père, qui compte de nombreuses demeures » (cf Jn 14,2).  

L’ange de droite,  porte un manteau vert sur sa tunique bleue (le vert, couleur de la vie, de la renaissance ; en Occident, couleur du temps  « ordinaire », qui est le prolongement de la Pentecôte).

Il est incliné vers l’ange de gauche dans un mouvement plein de grâce et de simplicité (le même que celui de la Vierge de l’Annonciation sur de nombreuses icônes), mouvement accentué par la forme du rocher qui le surplombe (rocher, montagne : lieu privilégié de toutes les théophanies…).

L’Esprit qui donne vie, qui « couve » pour faire grandir toute vie.

A eux deux, ils « doublent » la forme du calice posé sur la table en entourant l’ange central. 

Ce dernier porte une tunique rouge à clavus jaune, sous un manteau bleu : ce sont les couleurs traditionnelles du Christ.

Il est assis quasiment de face derrière la table-autel. Il a la tête tournée vers l’ange de gauche, tout en ayant le buste légèrement orienté vers celui de droite. Le Fils «qui est tourné vers le sein du Père, lui qui l’a fait connaître  » (cf Jn 1,18) .

C’est lui dont les couleurs sont les plus intenses, et qui occupe le plus d’espace sur l’icône. Comme dans les « symboles » des Apôtres ou de Nicée, dont l’icône reprend d’ailleurs l’ordre de présentation, de gauche à droite: le Père, le Fils et l’Esprit.

Le Fils est celui des trois qui s’est « montré » aux hommes, celui que l’on « connaît » le mieux. La couleur bleue est du reste celle de son manteau, alors que dans le cas des deux autres anges, le bleu est la couleur de leur tunique. 

 Il bénit la coupe contenant la tête d’un taureau (dernier rappel du « veau gras » de l’hospitalité d’Abraham), mais le mouvement de son bras et de sa main semble aussi désigner l’ange de droite.

En bénissant la coupe, il atteste qu’il est lui-même le sacrifice offert pour le salut du monde. Par son abaissement et sa mort sur la croix, ce nouvel arbre de la vie devant lequel il se détache, il peut envoyer l’Esprit consolateur qui  « achève toute sanctification » (cf  Jn 16,7-15).

C’est pourquoi l’icône de la Trinité est une image de la Pentecôte : envoi de l’Esprit-Saint et révélation définitive de la Trinité, au moment de la descente de la troisième Personne divine.

Le Père est donc à l’origine du mouvement qui vient vers nous et nous relève ; le Fils, par sa mort et sa Résurrection nous ouvre le Royaume, qui est participation à la vie de Dieu dans l’Esprit-Saint : 

« A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné de son Esprit. Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » (Jn 4, 13-14)  

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit
Maintenant et pour les siècles des siècles, amen !

Agnès Glichitch

Iconographe

Un autre texte sur l'icône de Roublev à télécharger

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