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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 11:16
Fabriquer un chapelet orthodoxe

La différence principale entre le chapelet orthodoxe et le chapelet catholique réside dans leur orientation et leur usage :
 

Chapelet orthodoxe : Il s'adresse particulièrement au Christ et est considéré comme une prière intérieure, un cœur-à-cœur avec Jésus. 

Chapelet catholique : Il est souvent utilisé pour réciter des prières comme l'Ave Maria et se concentre sur la Vierge Marie et les mystères de la foi. 

Ces différences reflètent les diverses traditions et emphases spirituelles de chaque Église.

La fabrication d'un chapelet orthodoxe, appelé tchotki (en russe) ou komboskini (en grec), est un art spirituel qui dépasse la simple confection artisanale. Dans la tradition monastique, chaque nœud est noué en récitant la Prière du Cœur : "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur."

Voici comment s'y prendre selon la méthode traditionnelle.


1. Le Matériel Traditionnel

Le matériau de prédilection est la laine de mouton, symbolisant le "Troupeau du Christ". On utilise généralement un cordon de laine noire (couleur du deuil de ses péchés et de l'humilité).

  • Cordon : Laine ou satin de 2 à 3 mm d'épaisseur.
  • Accessoires : Une croix (souvent tricotée à la fin) et parfois une perle de séparation tous les 10, 25 ou 33 nœuds.

2. La Méthode Monastique : Le Nœud à 7 Croix

Le nœud du komboskini est unique et complexe. Selon la tradition, un moine du mont Athos n'arrivait pas à finir son chapelet car le diable dénouait ses nœuds. Un ange lui apparut alors et lui enseigna un nœud composé de neuf croix entrelacées (représentant les neuf ordres d'anges), que le démon ne pouvait plus défaire.

Caractéristiques du nœud :

  • Chaque nœud est constitué de plusieurs boucles qui se chevauchent pour former des croix invisibles à l'intérieur du nœud lui-même.
  • Il nécessite une tension constante pour que le nœud soit "serré" et ne glisse pas.

3. Guide pas-à-pas (Synthèse)

Bien que la technique soit visuelle, voici la logique de base :

  1. La Boucle de départ : On enroule le fil autour du doigt (souvent l'index et le majeur).
  2. Le Tissage : On fait passer le fil sous et sur les boucles existantes pour créer une structure en "grille".
  3. Le Serrage : C'est l'étape la plus délicate. Il faut tirer sur chaque brin progressivement pour que le nœud devienne une boule ferme et ronde.
  4. La Finition : Les deux extrémités sont rejointes pour former une croix en tissu, terminée par un pompon (qui sert symboliquement à essuyer les larmes de la repentance).

4. Tutoriels Vidéo Recommandés

Puisque je ne peux pas diffuser de vidéo directement, je vous conseille de rechercher les termes suivants sur YouTube pour trouver les meilleures démonstrations de moines et d'artisans :

  • "How to tie a Komboskini knot" (La méthode la plus précise, souvent filmée au Mont Athos).
  • "Tutoriel nœud de chapelet orthodoxe" (Pour des explications en français).
  • "Komboskini - The Jesus Prayer" (Pour comprendre l'aspect spirituel du rythme).

Conseil d'ami : Ne vous découragez pas ! Le premier nœud prend souvent 15 à 20 minutes à maîtriser. C'est un excellent exercice de patience.


Tableau de comparaison des formats

Format

Nombre de nœuds

Signification

Bracelet

33 nœuds

Les 33 années de la vie du Christ.

Classique

50 ou 100 nœuds

Usage quotidien pour la règle de prière.

Monastique

300 à 500 nœuds

Pour les grandes prosternations et les veillées.

 

Fabriquer un chapelet orthodoxe


🧶 1. Le matériau traditionnel

On utilise généralement :

  • laine (le plus courant, symbole du troupeau du Christ)
  • parfois coton ou soie
  • rarement cuir (plutôt pour des usages particuliers)

👉 La laine noire est privilégiée : elle rappelle la sobriété, la pénitence et la vigilance intérieure.


🔗 2. Le nombre de nœuds

Les formats les plus classiques :

  • 33 nœuds (années de la vie du Christ)
  • 50, 100, 300 (usage monastique)

Chaque nœud correspond à une prière :
👉 le plus souvent la prière de Jésus :

« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur »


✝️ 3. Le nœud orthodoxe (cœur du chapelet)

Le nœud n’est pas un simple nœud :
il est composé d’une série d’entrelacements complexes (traditionnellement 7 croisements de fil formant des croix invisibles).

Sens spirituel :

Selon la tradition, ce nœud aurait été transmis à saint Antoine le Grand, après que le diable défaisait ses nœuds simples.


🪢 4. Fabrication étape par étape (simplifiée)

a) Préparer le fil

  • Prendre une longueur suffisante (beaucoup plus longue que le chapelet final)
  • Plier éventuellement en double pour solidité

b) Former les nœuds

  • Chaque nœud demande une technique précise (difficile à décrire sans visuel)
  • On enroule le fil plusieurs fois autour des doigts puis on fait passer l’extrémité dans une série de boucles

👉 Le geste doit devenir rythmique et paisible


🙏 5. Dimension spirituelle (essentielle)

Dans la tradition monastique :

  • chaque nœud est fait en récitant une prière
  • souvent la prière de Jésus
  • dans le silence et le recueillement

👉 Ainsi, le chapelet est déjà « chargé » de prière avant même d’être utilisé.


✝️ 6. Les éléments complémentaires

Un chapelet orthodoxe comprend souvent :

  • une croix (en fil ou bois)
  • un pompon (appelé founta en grec)

Symbolique du pompon :

  • essuyer les larmes du repentir
  • signe de consolation spirituelle

🏛️ 7. Méthode monastique (plus rigoureuse)

Dans des lieux comme le Mont Athos ou dans la tradition de saint Séraphin de Sarov :

  • fabrication dans le silence total
  • accompagnée de jeûne ou de règle de prière
  • parfois bénédiction du travail avant de commencer
  • intention spirituelle pour la personne qui le recevra

👉 Le chapelet devient alors presque une « œuvre liturgique »


⚠️ 8. Difficulté réelle

Le nœud orthodoxe traditionnel est complexe :

  • il demande de l’entraînement
  • beaucoup de débutants commencent par :
    • des nœuds simples
    • ou un komboskini acheté puis étudié

🎥 Astuce pratique

Il est souvent indispensable de voir :

  • une vidéo de moine
  • ou un tutoriel précis

Car le geste est difficile à transmettre uniquement par écrit.

https://youtube.com/playlist?list=PLHtMWG5Il_jGiLtGeGl5KhR1dY34f_83h&si=_RgQR2qSpl1Ojekm  

https://youtu.be/s-b6wk4GBl4?feature=shared

https://youtu.be/zqM8aPaYQrQ?is=JgKzYJJBHk5g5WQQ

https://youtu.be/gtN5FweUS88?is=ckBBYwoa7X_-f-iU

https://youtube.com/shorts/lmf8D3iae-U?is=Gs95aphSpoVb7QtO

https://youtube.com/shorts/VPADjhevUlA?is=OXxnPZfF0I0cqwj0

https://youtu.be/V_QSBOhw4iU?is=FBZx6xcTC3l1nBI6

https://youtu.be/3Hv5kRgBPC0?is=ZpBaSlg1RAHv-5X4

 

La confection du tchotki ou komboskini quitte le domaine de l'artisanat pour devenir un acte liturgique. Dans les monastères (notamment au Mont Athos ou à Sainte-Catherine du Sinaï), le moine ne doit jamais laisser son esprit vagabonder pendant qu'il noue la laine.

Voici les prières spécifiques et la discipline spirituelle qui accompagnent chaque étape :


1. La Prière Principale (La Prière du Cœur)

C'est la respiration du créateur de chapelet. Elle est récitée à chaque passage de boucle et pour chaque nœud terminé.

"Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur."

(Grec : Kyrie Iesou Christe, Yie tou Theou, eleison me ton hamartolon)

  • Variante pour les nœuds de séparation (perles) : On remplace souvent par une invocation à la Mère de Dieu :

"Très Sainte Mère de Dieu (Theotokos), sauve-nous."


2. Le Rituel de Préparation

Avant de commencer le premier nœud, le fabricant suit généralement ce protocole :

  1. Le Signe de Croix : Pour placer le travail sous la protection divine.
  2. L'Invocation du Saint-Esprit : "Roi Céleste, Consolateur, Esprit de Vérité..." pour que l'œuvre soit sanctifiée.
  3. La demande d'intercession : On invoque souvent Saint Pacôme (considéré comme l'un des pères du monachisme et celui à qui l'ange a enseigné le nœud).

3. La Prière de la Croix Finale

Une fois que le nombre de nœuds requis est atteint, les deux extrémités sont jointes pour former une croix. C'est le moment le plus solennel. On récite souvent :

"Nous adorons ta Croix, ô Maître, et nous glorifions ta sainte Résurrection."


4. Les Règles d'Or du Milieu Monastique

Pour que le chapelet soit considéré comme "traditionnel", les moines respectent trois principes :

  • Le Silence (Hesychia) : On ne parle pas pendant la fabrication, sauf pour la prière. Le silence extérieur aide au silence intérieur.
  • L'État de Grâce : Si le fabricant ressent de la colère ou de l'agacement (car le nœud est difficile !), il doit s'arrêter, respirer et reprendre une fois calme. On dit que l'état d'esprit du fabricant "imprègne" le chapelet.
  • L'Humilité : On ne fabrique pas un chapelet pour sa propre gloire ou pour qu'il soit "beau", mais pour qu'il soit un outil de combat spirituel efficace.

Résumé de la structure de prière par type de nœud

Type de Nœud

Prière associée

Nœuds standards (noirs)

Prière de Jésus (Seigneur Jésus-Christ...)

Perle de séparation

Prière à la Théotokos ou au Saint Patron

La Croix de jonction

"Gloire à ton Père sans commencement..."

Le Pompon final

"Seigneur, essuie mes larmes et pardonne-moi."


Petite anecdote de moine : On raconte que lorsqu'un moine finit un chapelet dans une prière parfaite, celui-ci acquiert une force particulière pour protéger celui qui le portera.

Le chapelet ancien des russes

L’autre chapelet plus ancien s’appelle Lestovka qui signifie "échelle ”. C’est la plus ancienne forme du chapelet orthodoxe et qui est utilisée par les plus anciens des orthodoxes. C’est un chapelet de 100 grains utilisé par les plus anciens en Russie. Cette prière vue comme une échelle est faite pour se rapprocher de plus en plus du ciel tout comme lorsque nous utilisons une échelle matérielle. Le lestovka est divisé en plusieurs étapes. 

  • Les 12 premiers grains symbolisent les 12 apôtres.
  • Les 38 grains suivants symbolisent la grossesse de la sainte Vierge
  • Les 33 grains suivants symbolisent les 33 années de la vie du Christ
  • Les 17 derniers grains symbolisent les 17 prophètes de l’ancien testament qui ont parlé de la venue du Christ. 
  • Enfin le triangle représente la sainte Trinité. 
Fabriquer un chapelet orthodoxe
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17 mars 2026 2 17 /03 /mars /2026 20:26
La prière, don de l'Esprit, dans les Lettres de St Paul

Catéchèse de Benoît XVI sur la prière
chez saint Paul - l'école de prière (*) - no 29

 

Synthèse en français de la catéchèse :

Chers frères et soeurs, après avoir réfléchi sur la prière dans le livre des Actes des Apôtres, je voudrais commencer aujourd’hui à parler de la prière dans les Lettres de Saint Paul. L’Apôtre des gentils présente la prière dans une grande richesse de formes et la fait pénétrer toutes les réalités personnelles et communautaires. Pour lui, la prière est avant tout le fruit de la présence vivifiante du Père et de Jésus Christ en nous par l’Esprit Saint. Plus nous progressons dans le dialogue avec Dieu, plus nous percevons le sens de nos limites et le besoin de nous confier toujours au Seigneur. Par sa présence et son action dans notre fragilité, l’Esprit du Père et du Fils nous transforme, réalise notre union au Christ. Il est le principe intérieur de toute notre action. Il nous rend capable d’abandonner toute peur et tout esclavage pour vivre la liberté des fils de Dieu, qui est une liberté pour le bien et la vie. Lorsque l’Esprit du Christ guide notre prière, notre rapport avec Dieu devient si profond qu’aucune réalité ne peut l’ébranler. Soutenue par l’Esprit du Christ, la prière du croyant s’ouvre au partage des souffrances de son temps et devient un canal d’espérance pour toute l’humanité. Chers amis, comme nous l’enseigne Saint Paul, ouvrons-nous à la présence et à l’action du Saint Esprit.

Chers frères et sœurs,

Dans les dernières catéchèses, nous avons réfléchi sur la prière dans les Actes des Apôtres et aujourd’hui, je voudrais commencer à parler de la prière dans les Lettres de saint Paul, l’apôtre des gentils. J’aimerais, avant tout, faire remarquer que ce n’est pas un hasard si ses Lettres sont introduites et se concluent par l’expression d’une prière : au début, l’action de grâce et la louange, et, à la fin, le vœu que la grâce de Dieu guide le chemin des communautés auxquelles s’adresse la lettre.

Entre la formule d’ouverture « d'abord je remercie mon Dieu par Jésus Christ » (Rm 1, 8) et le souhait final : « La grâce du Seigneur Jésus soit avec vous ! » (1 Co 16, 23), c’est tout le contenu des Lettres de l’apôtre qui se déploie. La prière de saint Paul manifeste une grande richesse de formes qui vont de l’action de grâce à la bénédiction, de la louange à la demande et à l’intercession, de l’hymne à la supplique : toute une gamme d’expressions qui montre comment la prière implique et pénètre toutes les situations de la vie, qu’elles soit personnelles ou celles de la communauté à laquelle il s’adresse.

Un premier élément que l’apôtre veut nous faire comprendre est que la prière ne doit pas être vue comme une simple bonne œuvre que nous accomplissons pour Dieu, comme notre propre action. C’est avant tout un don, fruit de la présence vivante, vivifiante du Père et de Jésus-Christ en nous.

Ainsi il écrit, dans la Lettre aux Romains : « Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables » (8, 26). Et nous savons combien cette parole de l’apôtre est vraie : « Nous ne savons que demander pour prier comme il faut ».

Nous voulons prier, mais Dieu est loin, nous n’avons pas les paroles, le langage, pour parler à Dieu, ni même la pensée. Nous pouvons seulement nous ouvrir, mettre notre temps à la disposition de Dieu, attendre qu’il nous aide lui-même à entrer dans un vrai dialogue.

L’apôtre dit : ce manque de paroles, cette absence de paroles, mais aussi ce désir d’entrer en contact avec Dieu, voilà précisément une prière que l’Esprit-Saint non seulement comprend, mais porte et interprète auprès de Dieu. Notre faiblesse devient justement, par l’intermédiaire de l’Esprit-Saint, une véritable prière, un véritable contact avec Dieu. L’Esprit-Saint est quasiment l’interprète qui nous fait comprendre, à nous comme à Dieu, ce que nous voulons dire.

Dans la prière, plus encore que dans les autres dimensions de notre existence, nous faisons l’expérience de notre faiblesse, de notre pauvreté, de notre nature créée, puisque nous sommes mis face à la toute-puissance et à la transcendance de Dieu.

Et plus nous progressons dans l’écoute et dans le dialogue avec Dieu, pour que la prière devienne la respiration quotidienne de notre âme, plus nous percevons le sens de nos limites, non seulement devant les situations concrètes de tous les jours, mais aussi dans notre relation avec le Seigneur.

C’est alors que grandit en nous le besoin de lui faire confiance, de nous en remettre toujours davantage à lui ; nous comprenons que « nous ne savons que demander pour prier comme il faut » (Rm 8, 26).

Et c’est l’Esprit-Saint qui vient en aide à notre incapacité, qui éclaire notre esprit et qui réchauffe notre cœur, nous poussant à nous tourner vers Dieu. Pour saint Paul, la prière est surtout l’œuvre de l’Esprit dans notre humanité, qui assume notre faiblesse et transforme, d’hommes liés aux réalités matérielles en hommes spirituels.

Dans la Première Lettre aux Corinthiens, l’apôtre dit : « Or, nous n'avons pas reçu, nous, l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits.

Et nous en parlons non pas avec des discours enseignés par l'humaine sagesse, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit, exprimant en termes spirituels des réalités spirituelles » (2, 12-13). En habitant notre fragilité humaine, l’Esprit-Saint nous change, intercède pour nous et nous élève jusqu’à Dieu (cf. Rm 8, 26).

Notre union au Christ se réalise par cette présence de l’Esprit-Saint, puisqu’il s’agit de l’Esprit du Fils de Dieu, en qui nous sommes devenus fils. Saint Paul parle de l’Esprit du Christ (cf. Rm 8, 9), pas seulement de l’Esprit de Dieu.

C’est évident : si le Christ est le Fils de Dieu, son Esprit est aussi l’Esprit de Dieu ; ainsi, si l’Esprit de Dieu, l’Esprit du Christ, s’est fait proche de nous par le passé dans le Fils de Dieu et Fils de l’homme, l’Esprit de Dieu devient aussi un esprit humain et nous touche ; nous pouvons entrer dans la communion de l’Esprit.

C’est comme s’il disait que non seulement Dieu le Père s’est rendu visible dans l’incarnation du Fils, mais aussi l’Esprit de Dieu se manifeste dans la vie et dans l’action de Jésus, de Jésus-Christ, qui a vécu, a été crucifié, est mort et ressuscité. L’apôtre rappelle que « nul ne peut dire : "Jésus est Seigneur", s'il n'est avec l'Esprit Saint » (1 Co 12, 3).

L’Esprit oriente donc notre cœur vers Jésus-Christ, de sorte que « ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous » (cf. Ga 2, 20). Dans ses Catéchèses sur les Sacrements, réfléchissant sur l’Eucharistie, saint Ambroise affirme : « Celui qui s’enivre de l’Esprit est enraciné dans le Christ » (5, 3, 17 : PL 16, 450).

Je voudrais maintenant mettre en évidence trois conséquences pour notre vie chrétienne, lorsque nous laissons agir en nous non pas l’esprit du monde, mais l’Esprit du Christ comme principe intérieur de toutes nos actions.

Avec la prière animée par l’Esprit-Saint, nous sommes tout d’abord mis en condition d’abandonner et de surpasser toute forme de peur ou d’esclavage, en vivant la liberté authentique des enfants de Dieu.

Sans la prière qui alimente chaque jour notre être dans le Christ, dans une intimité croissante, nous nous trouvons dans la condition décrite par saint Paul dans la Lettre aux Romains : nous ne faisons pas le bien que nous voulons, mais le mal que nous ne voulons pas (cf. Rm 7, 19).

Et c'est l’expression de l’aliénation de l’être humain, de la destruction de notre liberté, à cause de notre condition d’être marqué par le péché originel : nous voulons le bien que nous ne faisons pas et nous faisons ce que nous ne voulons pas, le mal.

L’apôtre veut faire comprendre que ce n’est pas avant tout notre volonté qui nous libère de ces conditions, ni la Loi, mais l’Esprit-Saint.

Et puisque « où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3, 17), avec la prière, nous faisons l’expérience de la liberté donnée par l’Esprit : une liberté authentique, qui est une liberté par rapport au mal et au péché, pour le bien et pour la vie, pour Dieu.

La liberté de l’Esprit, continue saint Paul, ne s’identifie jamais ni avec le libertinage, ni avec la possibilité de faire le choix du mal, mais plutôt avec le « le fruit de l'Esprit [qui] est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres,douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22).

Voilà la vraie liberté : pouvoir réellement suivre son désir du bien, de la vraie joie, de la communion avec Dieu sans se laisser asservir par les circonstances qui nous attirent vers d’autres directions.

Une seconde conséquence se vérifie dans notre vie, quand nous laissons agir en nous l’Esprit du Christ : la relation avec Dieu elle-même devient tellement profonde qu’elle ne se laisse affecter par aucune réalité ou situation.

Nous comprenons alors qu’avec la prière nous ne sommes pas libérés de l’épreuve et de la souffrance, mais nous pouvons les vivre en union avec le Christ, avec ses souffrances, dans la perspective de participer aussi à sa gloire (cf. Rm 8, 17).

Souvent, dans notre prière, nous demandons à Dieu d’être libérés du mal physique ou spirituel, et nous le faisons avec une grande confiance.

Pourtant, nous avons souvent l’impression de ne pas être écoutés et nous risquons alors de nous décourager et de ne pas persévérer. En réalité, il n’y a pas un cri humain qui ne soit écouté par Dieu et, dans la prière constante et fidèle, nous comprenons justement avec saint Paul que « les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous » (Rm 8, 18).

La prière ne nous épargne pas les épreuves et la souffrance ; au contraire, nous « gémissons nous aussi intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps » (Rm 8, 24), dit saint Paul ; il dit que la prière ne nous épargne pas la souffrance mais elle nous permet de la vivre et de l’affronter avec une force nouvelle, avec la même confiance que Jésus qui, selon la Lettre aux Hébreux, « aux jours de sa chair, [a] présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et a été exaucé en raison de sa piété » (5, 7).

La réponse de Dieu le Père à son Fils, à ses cris et à ses larmes, n’a pas été la libération des souffrances, de la croix, de la mort, mais un exaucement encore plus grand, une réponse beaucoup plus profonde ; à travers la croix et la mort, Dieu a répondu par la résurrection de son Fils, par une vie nouvelle.

La prière animée par l’Esprit-Saint nous porte, nous aussi, à vivre chaque jour le chemin de notre vie avec ses épreuves et ses souffrances, dans la pleine espérance, dans la confiance en Dieu qui répond comme il a répondu à son Fils.

Troisième point, la prière du croyant s’ouvre aussi aux dimensions de l’humanité et de tout le créé, assumant la « création en attente [qui] aspire à la révélation des enfants de Dieu » (Rm 8, 19).

Cela signifie que la prière, soutenue par l’Esprit du Christ qui parle à l’intime de notre cœur, ne reste jamais fermée sur elle-même, n’est jamais seulement une prière pour moi, mais elle s’élargit au partage des souffrances de notre temps, des autres.

Elle devient intercession pour les autres et, me libérant de moi-même, canal d’espérance pour toute la création, expression de cet amour de Dieu qui est répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui nous a été donné (cf. Rm 5, 5).

Et ceci est justement le signe d’une véritable prière, qui n’aboutit pas en nous-mêmes, mais qui s’ouvre aux autres et, ainsi, me libère et participe à la rédemption du monde.

Chers frères et sœurs, saint Paul nous enseigne que, dans notre prière, nous devons nous ouvrir à la présence de l’Esprit-Saint, qui prie en nous par des gémissements inexprimables, pour nous amener à adhérer à Dieu de tout notre cœur et de tout notre être.

L’Esprit du Christ devient la force de notre « faible » prière, la lumière de notre prière « éteinte », le feu de notre prière « aride », et nous donne la vraie liberté intérieure, nous enseignant à vivre en affrontant les épreuves de l’existence, dans l’assurance que nous ne sommes pas seuls, nous ouvrant aux horizons de l’humanité et de la création qui « gémit en travail d'enfantement » (Rm 8, 22). Merci.

_____________

(*) "L'école de prière" est une série de catéchèses sur la prière donnée par Benoît XVI, en 2011-2012, dans le cadre des audiences du mercredi. Le pape y regroupe de façon systématique son enseignement sur la prière. Le présent texte est le vingt neuvième de la série. Voir la liste des catéchèses présentées lors de ces audiences.

Source du texte: Le Saint Siège, Benoît XVI, Audiences, Mercredi 16 mai 2012,
 

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 20:30
La colère
Évagre le Pontique dit:
« Quiconque a maîtrisé la colère, a maîtrisé les démons, mais celui qui est asservi à cette passion est tout à fait étranger à le vie monastique et en-dehors des chemins de notre Seigneur ».   (*3)
 
Ah, la colère, ce fruit de l’orgueil. Celui qui se met en colère a un égo surdimensionné qui essaye de se mettre au dessus des soeurs et frères par un conduite intimidante et violente. 

Mais pour qui nous prenons-nous quand nous cherchons à intimider nos frères et soeurs par un comportement dur, agressif et emporté?

Rien ne justifie la colère! Si cela nous arrive, demandons aussitôt pardon à celui que nous avons agressé et confessons-nous de notre attitude inacceptable car la colère est un manque flagrant d’amour et absolument contraire à ce que Jésus nous enseigne.
 
Jésus dit dans Son saint Évangile selon saint Matthieu au chapitre 5, verset 4: « Heureux les doux, car ils posséderont la terre. »
 
Ce temps de carême est peut-être le bon moment pour nous surveiller et intercepter toute pulsion de colère avant que cette pensé néfaste nous envahisse et devienne parole violente voire acte inadmissible.
 
Dieu nous demande d’être doux, pacifiant, miséricordieux, patient, aimant, paisible, …. C’est Dieu qui nous le demande, notre Créateur, notre Sauveur, notre Roi et notre Dieu. Si nous voulons vraiment être les amis de Jésus, faisons ce qu’Il nous demande! Il le dit d’ailleurs dans Son saint Évangile selon saint Jean au chapitre 15, verset 14: « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. »
 
Au lieu de gaspiller notre énergie dans la colère destructrice apprenons à mettre notre énergie dans ce que Jésus nous enseigne car Ses commandements sont pour notre bien et le bien de toute la Création.
 
Je vous souhaite une journée dans la paix de Jésus Christ, notre Seigneur.
 
Fraternellement en Christ

 

+Nicolas
 
(*3): Philocalie des pères neptiques, Tome A, p.90, abbaye de Bellefontaine, ISBN
978-2-85589-975-6
 
Les citations de la Bible sont reprisent de la Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf 1973
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