Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Traduire le blog - Translate into your language

7 août 2025 4 07 /08 /août /2025 15:14
Question sur la prière répétitive

Vous m’aviez parlé d’un homme qui priait sans cesse. Comment faisait-il ? Est-ce possible pour nous aussi, ou faut-il une certaine expérience pour y arriver ?

La prière incessante est une injonction de Saint Paul "Priez sans cesse" qui a été à l'origine d'une tradition spirituelle apparue d'abord chez les Pères du désert (premiers moines dans les déserts de l'Egypte autour de Saint Antoine et Saint Pacome) puis transmise avec le monachisme dans tout l'occident.

Le principe spirituel est la répétition incessante d'une phrase, d'un verset de la Bible voire d'un simple mot (c'est un incontournable de nombreuses traditions comme dans le soufisme musulman) d'abord à haute voix puis mentalement et quand la grâce de Dieu le donne et, sans aucun effort de la volonté, la répétition de cette phrase/prière se fait dans le cœur automatiquement pendant le jour et la nuit quelque soit notre activité. 

Cette dernière façon de prier n'est pas donné à tous. Elle peut être reçue au début de cette pratique et perdue ensuite comme une façon de nous montrer que c'est possible mais pas acquise définitivement pour l'instant. Sinon elle est reçue quand on atteint un certain niveau de sainteté par cette voie spirituelle qui est celle des saints hésychastes.

Le processus est donc la descente de la prière vocale/mentale à la prière dans le cœur. D'abord par un effort de la volonté puis par la grâce de l'esprit par une répétition automatique et consciente. Ce n'est pas une technique si ce n'est au début mais une prière qui engage tout l'être corps/âme-psychisme/esprit. Et il est recommandé d'essayer de répéter la phrase en l'imaginant répétée dans le cœur car il y a un lien mystérieux entre le cœur physique et le cœur spirituel de l'homme qui est le temple où se trouve Jésus en nous.

La prière répétitive chrétienne est centrée généralement sur le nom de Jésus et traditionnellement dans l'orthodoxie elle se fait par la répétition de la phrase suivante souvent posée sur le souffle (sur l'inspir pour la première partie et l'expir pour la deuxième partie) : Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu / Aie pitié de moi, pécheur. Dans les pays de tradition grecque la phrase est réduite à sa plus simple expression : Seigneur, aie pitié - Kyrie eleison. On l'appelle Prière du Cœur ou Prière de Jésus.

Sur le plan théologique cette prière qui est en même temps une confession de foi

- un Crédo qui reconnaît que Jésus est le Messie, l'envoyé de Dieu, le Christ; qu'il est un homme, Jésus; qu'il est le roi souverain de la Création devant qui "tout genou fléchit", Seigneur; qu'il est Dieu par sa filiation, Fil de Dieu; que je ne suis qu'un homme/femme qui n'est rien sans lui, sans son amour et que lui seul peut me sauver car je suis pécheur c'est-à-dire coupé de lui par mon incapacité à l'aimer, Aie pitié de moi, Pécheur -

et le moyen d'entrer en union avec Dieu, d'acquérir l'Esprit-Saint qui nous rend saint, qui nous divinise. 

C'est ce qu'on appelle l'hésychasme et les saints qui suivent cette voie sont appelés hésychastes.

Plus précisément : L’hésychasme est une tradition spirituelle et mystique au cœur de l’orthodoxie chrétienne, notamment dans le monachisme oriental. Le terme « hésychasme » vient du grec « hesychia » qui signifie « quiétude, silence, paix intérieure ». 

C’est une voie de prière et de contemplation qui vise à l’union intime avec Dieu, à la déification de l’être humain par la grâce divine.

A Béthanie P Pascal anime des sessions sur la prière du coeur. C'est un bon moyen d'entrer dans cette voie spirituelle. C'est une session à offrande libre donc accessible à tous. 

Le prochaine en octobre :
https://www.centre-bethanie.org/event-details/linvocation-du-saint-nom-2025-10-27-19-00

Pour en savoir plus : il y a énormément de littérature sur le sujet. En voici un peu :

Il y a ce petit livre des fondateurs du Centre Béthanie
Prière de Jésus, prière du coeur

https://www.fnac.com/a5268401/Alphonse-Goettmann-Priere-de-Jesus-priere-du-coeur

Et aussi ce livre écrit par le hiéromoine Frère Jean Père Gérasime dont j'ai donné le lien plus haut vers son podcast sur le sujet

« La prière du cœur » de Frère Jean
https://orthodoxie.com/la-priere-du-coeur-de-frere-jean/

Et aussi un autre petit livre incontournable pour comprendre l'esprit de cette prière dans la tradition orthodoxe russe :

Récits d'un pèlerin russe
https://www.amazon.fr/R%C3%A9cits-dun-p%C3%A8lerin-russe-Anonyme/dp/2757842137

et un autre livre pour sa mise en pratique 

Marcher et prier avec Le pèlerin russe

https://www.amazon.fr/Marcher-prier-avec-p%C3%A8lerin-russe/dp/2488010006

Je t'embrasse
P Elie

En savoir plus

SERAPHIM › article-priere-du-coeur-40699022
Image miniature
11 déc. 2009 ... Elle consiste à répéter inlassablement le Saint Nom de Jésus sur le rythme respiratoire naturel. Le Nom, ici comme dans toutes les religions, ...
 
 
 
SERAPHIM › 2023/05 › la-priere-du-coeur-par-frere-je...
Image miniature
7 mai 2023 ... La prière du cœur est l'état de celui qui se trouve devant Dieu, Dieu est partout présent mais moi je ne suis pas toujours présent à Dieu. J'ai ...
 
 
 
SERAPHIM › demeurez-en-moi-la-priere-du-coeur
Image miniature
27 avr. 2020 ... Toute la vie de Jésus se meut dans l'Esprit Saint, et c'est le même Esprit qui nous donne l'élan, la grâce d'invoquer le Saint Nom tout en ...
 
 
SERAPHIM › 2023/05 › eclairages-sur-le-livre-la-priere...
Image miniature
22 mai 2023 ... Eclairages sur le livre "La prière du coeur" du frère Jean ... La prière du cœur » tel est le titre du livre de frère Jean paru tout récemment aux ...
 
SERAPHIM › 2021/11 › seigneur-jesus-christ-fils-de-di...
Image miniature
7 nov. 2021 ... La « prière du cœur » (appelée aussi « prière de Jésus ») est une forme précieuse de prière, originaire de l'Église d'Orient. Pour tenter de ...
 
www.seraphim-marc-elie.fr › 2020/01 › 26-janvier-la-priere-du-coeur-...
Comme l'amour, la Prière du cœur ne s'apprend pas, elle se vit joyeusement dans un cœur à cœur. Elle est le signe d'une rencontre, celle de l'homme avec ...
 
SERAPHIM › article-quelle-est-la-priere-du-coeur-solita...
31 août 2010 ... « Quelle est la prière du cœur solitaire ? » Je réponds que le détachement et le vide ne peuvent absolument pas prier, car quiconque prie ...
 
SERAPHIM › article-22724593
11 sept. 2008 ... Nous nous limiterons à ce que l'on appelle la prière noétique, car c'est elle que l'on nous demande toujours d'expliquer. C'est un sujet qui ...
 
SERAPHIM › 2020/02 › sur-la-priere-de-jesus-par-saint...
Image miniature
1 févr. 2020 ... Lorsqu'une flamme s'allumera dans ton cœur et qu'un amour envers Dieu l'embrasera, lorsque tu chercheras l'hésychia, parce que tu ne pourras ...
 
SERAPHIM › la-priere-du-coeur-pour-le-monde
Image miniature
1 avr. 2020 ... Fermez les yeux et écoutez. Une plongée de 36' dans la prière orthodoxe avec les moniales du monastère Notre Dame de toute protection à Bussy-en ...
 
Partager cet article
Repost0
9 juillet 2025 3 09 /07 /juillet /2025 14:43
Le pape Leon XIV et les rites des Eglises orientales

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que la paix soit avec vous !

Béatitudes, Éminence, Excellences,
chers prêtres, consacrés et consacrées,
frères et sœurs,

Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ! Je vous salue avec les paroles que, dans de nombreuses régions, l’Orient chrétien ne se lasse pas de répéter en ce temps pascal, professant ainsi le noyau central de la foi et de l’espérance.

Et il est beau de vous voir ici, précisément à l’occasion du Jubilé de l’espérance dont la résurrection de Jésus est le fondement indestructible.

Bienvenue à Rome ! Je suis heureux de vous rencontrer et de consacrer aux fidèles orientaux l’une des premières audiences de mon pontificat.

Vous êtes précieux. En vous regardant, je pense à la diversité de vos origines, à l’histoire glorieuse et aux dures souffrances que beaucoup de vos communautés ont endurées ou endurent encore.

Et je voudrais répéter ce que le Pape François a dit à propos des Églises orientales : « Ce sont des Églises qu’il faut aimer : elles préservent des traditions spirituelles et sapientielles uniques, et ont beaucoup à nous dire sur la vie chrétienne, la synodalité, la liturgie ; pensons aux Pères anciens, aux conciles, au monachisme : ce sont des trésors inestimables pour l’Église » (Discours aux participants à l’Assemblée de la ROACO, 27 juin 2024).

Je voudrais également citer le Pape Léon XIII qui fut le premier à consacrer un document spécifique à la dignité de vos Églises, en raison du fait que “l’œuvre de la rédemption humaine a commencé en Orient” (cf. Lett. ap. Orientalium dignitas, 30 novembre 1894).

Oui, vous avez « un rôle unique et privilégié, dans la mesure où il constitue le cadre originel de l’Église naissante » (S. Jean-Paul II, Lett. ap. Orientale lumen, n. 5).

Il est significatif que certaines de vos liturgies – que vous célébrez solennellement ces jours-ci à Rome selon les différentes traditions – utilisent encore la langue du Seigneur Jésus.

Mais le Pape Léon XIII lança un appel émouvant afin que « la légitime diversité de la liturgie et de la discipline orientales [...] redonne [...] une grande dignité et une grande valeur à l’Église » (Lett. ap. Orientalium dignitas).

Sa préoccupation d’alors est très actuelle, car aujourd’hui, beaucoup de nos frères et sœurs orientaux, dont plusieurs d’entre vous, contraints de fuir leur terre d’origine à cause de la guerre et des persécutions, de l’instabilité et de la pauvreté, risquent, en arrivant en Occident, de perdre, outre leur patrie, leur identité religieuse.

C’est ainsi qu’au fil des générations, le patrimoine inestimable des Églises Orientales se perd.

Il y a plus d’un siècle, Léon XIII remarquait que « la conservation des rites orientaux est plus importante qu’on ne le croit » et, à cette fin, il prescrivait même que « tout missionnaire latin, du clergé séculier ou régulier, qui, par ses conseils ou son aide, attirait un Oriental vers le rite latin » serait « destitué et exclu de sa charge » (ibid.).

Nous accueillons l’appel à préserver et à promouvoir l’Orient chrétien, en particulier dans la diaspora, où il y est nécessaire de sensibiliser les Latins ; en plus de la création, lorsque cela est possible et opportun, de circonscriptions orientales.

En ce sens, je demande au Dicastère pour les Églises Orientales, que je remercie pour son travail, de m’aider à définir des principes, des normes, des lignes directrices grâce auxquels les Pasteurs latins pourront concrètement soutenir les catholiques orientaux de la diaspora afin de préserver leurs traditions vivantes et d’enrichir par leur spécificité le contexte dans lequel ils vivent.

L’Église a besoin de vous.

Quelle contribution importante peut nous apporter aujourd’hui l’Orient chrétien !

Combien nous avons besoin de retrouver le sens du mystère, si vivant dans vos liturgies qui impliquent la personne humaine dans sa totalité, chantent la beauté du salut et suscitent l’émerveillement devant la grandeur divine qui embrasse la petitesse humaine !

Et combien il est important de redécouvrir, même dans l’Occident chrétien, le sens de la primauté de Dieu, la valeur de la mystagogie, de l’intercession incessante, de la pénitence, du jeûne, des larmes pour ses propres péchés et pour ceux de toute l’humanité (penthos), si typiques des spiritualités orientales !

Il est donc fondamental de préserver vos traditions sans les édulcorer ne serait-ce que par commodité, afin qu’elles ne soient pas corrompues par un esprit consumériste et utilitariste.

Vos spiritualités, anciennes et toujours nouvelles, sont un remède.

Le sens dramatique de la misère humaine s’y confond avec l’émerveillement devant la miséricorde divine, de sorte que nos bassesses ne provoquent pas le désespoir mais invitent à accueillir la grâce d’être des créatures guéries, divinisées et élevées aux hauteurs célestes.

Nous devons louer et remercier sans cesse le Seigneur pour cela. Avec vous, nous pouvons prier avec les paroles de saint Éphrem le Syrien et dire à Jésus : « Gloire à toi qui as fait de ta croix un pont sur la mort. […] Gloire à toi qui t’es revêtu du corps de l’homme mortel et l’as transformé en source de vie pour tous les mortels » (Discours sur le Seigneur, 9).

C’est un don à demander que de voir la certitude de Pâques dans chaque épreuve de la vie et de ne pas perdre courage en se rappelant, comme l’écrivait un autre Père oriental, que « le plus grand péché est de ne pas croire aux énergies de la Résurrection » (Saint Isaac De Ninive, Sermons ascétiques, I, 5).

Qui donc, plus que vous, pourrait chanter des paroles d’espérance dans l’abîme de la violence ?

Qui plus que vous, qui connaissez de près les horreurs de la guerre, au point que le Pape François a qualifié vos Églises de « martyres » (Discours à la ROACO, cit.) ?

C’est vrai : de la Terre Sainte à l’Ukraine, du Liban à la Syrie, du Moyen-Orient au Tigré et au Caucase, quelle violence ! Et sur toute cette horreur, sur les massacres de tant de jeunes vies qui devraient provoquer l’indignation car ce sont des personnes qui meurent au nom de la conquête militaire, se détache un appel : non pas tant celui du Pape, mais celui du Christ, qui répète : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 19.21.26).

Et il précise : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn 14, 27). La paix du Christ n’est pas le silence de mort après le conflit, elle n’est pas le résultat de l’oppression, mais un don qui concerne les personnes et réactive leur vie.

Prions pour cette paix qui est réconciliation, pardon, courage de tourner la page et de recommencer.

Je mettrai tout en œuvre pour que cette paix se répande. Le Saint-Siège est disponible pour que les ennemis se rencontrent et se regardent dans les yeux, pour que les peuples retrouvent l’espérance et la dignité qui leur reviennent, la dignité de la paix.

Les peuples veulent la paix et, la main sur le cœur, je dis aux responsables des peuples : rencontrons-nous, dialoguons, négocions !

La guerre n’est jamais inévitable, les armes peuvent et doivent se taire, car elles ne résolvent pas les problèmes, elles les aggravent ; ce sont ceux qui sèment la paix qui passeront à la postérité, pas ceux qui font des victimes ; les autres ne sont pas d’abord des ennemis, mais des êtres humains : pas des méchants à haïr, mais des personnes avec qui parler. Fuyons les visions manichéennes typiques des récits violents qui divisent le monde entre bons et méchants.

L’Église ne se lassera pas de répéter : que les armes se taisent.

Et je voudrais remercier Dieu pour tous ceux qui, dans le silence, dans la prière, dans le don de soi, tissent des liens de paix, ainsi que les chrétiens – orientaux et latins – qui, surtout au Moyen-Orient, persévèrent et résistent sur leurs terres, plus forts que la tentation d’abandonner ces terres.

Il faut donner aux chrétiens la possibilité, et pas seulement en paroles, de rester sur leurs terres avec tous les droits nécessaires à une existence sûre. Je vous en prie, engagez-vous pour cela !

Et merci, merci à vous, chers frères et sœurs d’Orient, où est né Jésus, Soleil de justice, d’être “lumières du monde” (cf. Mt 5, 14).

Continuez à briller par la foi, l’espérance et la charité, et par rien d’autre.

Que vos Églises soient un exemple, et que les Pasteurs promeuvent avec droiture la communion, surtout dans les Synodes des Évêques, afin qu’ils soient des lieux de collégialité et d’authentique coresponsabilité.

Veillez à la transparence dans la gestion des biens, témoignez d’un dévouement humble et total au saint peuple de Dieu, sans attachement aux honneurs, aux pouvoirs du monde et à votre propre image.

Saint Siméon le Nouveau Théologien en donnait un bel exemple : « De même que quelqu’un qui jette de la poussière sur la flamme d’un fourneau allumé l’éteint, de même les soucis de cette vie et tout attachement à des choses mesquines et sans valeur détruisent la chaleur du cœur enflammé au commencement » (Chapitres pratiques et théologiques, 63).

La splendeur de l’Orient chrétien demande aujourd’hui plus que jamais d’être libérée de toute dépendance mondaine et de toute tendance contraire à la communion, afin d’être fidèle à l’obéissance et au témoignage évangéliques.

Je vous en remercie et je vous bénis de tout cœur, en vous demandant de prier pour l’Église et d’élever vos puissantes prières d’intercession pour mon ministère. Merci !

Partager cet article
Repost0
18 juin 2025 3 18 /06 /juin /2025 19:33
La Lettre de Béthanie : Trinité

Nous venons de vivre le premier dimanche du temps après la Pentecôte où la tradition occidentale nous propose de prier et de contempler le mystère, car c’en est un, de la Sainte Trinité.

Mais comment aborder le mystère de la Sainte Trinité ? Vous me direz peut-être que cette conception de Dieu est absurde, que c’est trois ou que c’est un, mais qu’il faut choisir !

Et bien non, justement, il ne faut pas choisir ! il faut sortir de notre mentalité binaire car nous sommes face à un paradoxe, comme dit Jean-Yves Leloup, un paradoxe qu’il faut embrasser de tout son être, un « koan » diraient les amis japonais de Graf Dürckheim, en tous cas un dépassement radical des catégories du mental !  

Contemplation, passage à un autre niveau de connaissance, Karlfried Graf Dürckheim disait qu’il n’existe pas de religion sans Trinité. Il voulait dire par là que des préfigures de la Trinité sont présentes partout.

Les triades sont innombrables car si l’homme est créé à l’image de Dieu, le reste du monde aussi est à l’image de Dieu.

Ne sommes-nous pas un microcosme autant qu’un macrocosme ? Alors les images de la Trinité, les triades se multiplient. Regardons les grandes traditions du monde :

Dans le bouddhisme par exemple, on parle de Bouddha, Dharma, Sangha. Dans l’hindouisme vous avez ce qu’on appelle la Trimurti : Brahma le Dieu créateur, Vishnou le préservateur du monde créé et  Shiva le dieu de la procréation.

Dans le judaïsme, pourtant farouchement monothéiste, vous avez, et là on se rapproche non plus seulement de la triade mais de la Trinité elle-même : Adonaï, le créateur, la Thora, c’est-à-dire la loi, le principe, le Verbe d’Adonaï et la Ruah le souffle divin…  

Au 11e siècle un kabbaliste nommé Slomo Ibn Gabirol dont les livres font autorité et dont un poème est encore chanté le jour de Yom Kippour, écrivait : « l’unité n’est pas la racine, trois est la racine de tout. »

Dans le livre de la Genèse le premier livre de la Bible hébraïque, Abraham reçoit la visite de trois hommes auxquels Abraham s’adresse en disant : « Monseigneur » au singulier, puis il parle de Lui au pluriel.

Eux-mêmes dans le texte prennent la parole et parlent d’une seule voix et la révélation trinitaire fait un pas de plus quand le texte relate : “YHVH dit : je reviendrai vers toi.”

Le sol se dérobe sous nos pieds, le texte se dérobe sous notre bon sens, l’entendement ici est crucifié !

C’est un ou c’est trois ? Ce sont trois hommes ou c’est YHVH, Dieu lui-même !

Mais c’est un et c’est trois. Trois personnes, un seul Dieu, tout à la fois !

La Sainte Trinité est vraiment un paradoxe, un “koan” mais elle est plus connue comme étant… un dogme !

Là j’utilise un « gros mot », un de ceux qui aujourd’hui font peur ou même qui fâche ! Je vous invite à profiter de l’occasion qui nous est donné pour faire le point, et peut-être pour faire la paix avec ce mot « dogme », pour l’apprivoiser si ce n’est déjà fait.

Non, un dogme ce n’est pas une vérité à croire, à comprendre, quelque chose que l’autorité supérieure, et c’est plutôt mal vécu la plupart du temps, vous impose sous peine d’excommunication !

Non, un dogme c’est simplement un paradoxe, une antinomie comme dit la théologie orthodoxe, quelque chose qui ne relève pas du mental mais de la Vie avec un grand V.

J’aime voir dans ce mot paradoxe une étymologie que me contesteront peut-être les spécialistes : « doxa » veut dire opinion, mais veut dire surtout « louange » et « para » qui veut dire « à côté », veut dire aussi « au-delà ».

C’est donc une louange au-delà de ce que nous pouvons concevoir.

Remarquez bien que ce n’est jamais un intellect, un mental qui énonce un dogme, mais que c’est toujours une longue contemplation collective qui le révèle.

Ce n’est jamais une opinion qui triomphe sur une autre mais c’est, dans la louange, le dépassement des contraires, le dépassement de la raison raisonnante, pour se retrouver non pas pour ou contre, mais au-delà, dans un devenir, un approfondissement, une intériorité.

Dépasser les contraires pour les intégrer et nourrir notre contemplation.

Voilà ce qu’est, en fait, un dogme !

icône de la Ste Trinité, ou l'hospitalité d'Abraham

 

Pour nourrir cette contemplation en arrêtant de cogiter, regardons, contemplons l’icône dite de la Trinité.

Elle a été peinte en se référant à ce passage de la Genèse dont je viens de parler. Je vous invite à la regarder. Non ! pas à la regarder mais à vous laisser regarder par elle, longuement, sans à priori, sans réfléchir.

Vous verrez que de loin on dirait une seule et unique flamme, puis en s’approchant les couleurs, les lignes nous font découvrir peu à peu la différenciation, les trois personnes. Vous verrez l’unité, vous verrez les personnes et la relation entre elles !

Contemplons, faisons l’expérience de Dieu comme Trinité, c’est-à-dire comme relation.

Non pas un face à face, mais une relation dans l’ouverture : ouverture à l’autre, ouverture à Dieu, ouverture du deux au trois.  

J’ai tenté de balbutier quelques paroles avec maladresse à propos de la Divine Trinité et je vous en demande pardon comme je Lui demande pardon. Elle est au-delà de tout !

 

Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !

 

Père Pascal†

 
Partager cet article
Repost0