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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 22:29

 « Que ta volonté soit faite ! » (Mt 6,10) C'était bien là toute la vie du Sauveur. Il est venu dans le monde pour accomplir la volonté du Père, non seulement afin d'expier le péché de désobéissance par son obéissance (Rm 5,19), mais encore pour ramener les hommes vers leur vocation sur le chemin de l'obéissance.

Il n'est pas donné à la volonté des êtres créés d'être libre en étant sa propre maître ; elle est appelée à s'accorder à la volonté de Dieu. Si elle s'y accorde par sa libre soumission, il lui est alors offert de participer librement à l'achèvement de la création. Si elle s'y refuse, la créature libre perd aussi sa liberté. La volonté de l'homme conserve encore le libre arbitre, mais il est séduit par les choses de ce monde ; elles le tirent et le poussent en des directions qui l'éloignent de l'épanouissement de sa nature tel que Dieu l'a voulu et elles l'écartent du but qu'il s'est fixé lui-même dans sa liberté originelle. En plus de cette liberté originelle, il perd la sûreté de sa résolution. Il devient changeant et indécis, tiraillé par des doutes et des scrupules ou endurci dans son égarement.

Contre cela, il n'y a pas d'autre remède que le chemin à la suite du Christ, le Fils de l'homme qui non seulement obéissait directement au Père des cieux mais se soumettait aussi aux hommes qui lui signifiaient la volonté du Père. L'obéissance telle que Dieu l'a voulue libère notre volonté esclave de tous les liens des choses créées et la ramène vers la liberté. C'est donc aussi le chemin vers la pureté du cœur.

 


Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Méditation pour la fête de l'Exaltation de la croix (trad. Source cachée, Cerf 1991, p. 278 rev.)

 

C'est pourquoi Jésus affirme dans son Sermon sur la montagne que l'homme ne peut être libre par lui-même et qu'il doit choisir entre deux maîtres : Mamon ou Dieu. Celui qui ne choisit pas Dieu croit être libre mais "la chair est faible, hélas" et il est de toutes façons esclave de ses passions.

Si cela vous intéresse vous pouver écouter une récente homélie que j'ai faite sur le sujet

http://www.centre-bethanie.org/homelie_lys_des_champs_2011.htm

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 22:20

chinese_water_carrier.gif

 


Il était une fois une vieille femme qui habitait une petite maison, située à plusieurs lieues de la rivière. Pour aller y puiser de l’eau, elle devait suspendre chaque jour deux pots à un morceau de bois qui épousait la forme de ses maigres épaules voûtées, et faire lentement le chemin aller, puis retour, chargée de son lourd fardeau.

L’un des pots était en parfait état, mais l’autre était fêlé, et, alors que le premier ne perdait pas une seule goutte d’eau, le second n’arrivait pas à conserver plus de la moitié de son précieux contenu.

Le premier pot était très fier de lui, et le second était très triste. Malgré tous ses efforts, l’eau ne cessait de lui échapper, doucement, inexorablement. Chaque trajet était pour lui un intolérable tourment, qui l’accablait toujours d’un peu plus de peine et d’impuissance.

Un jour, alors que la vieille femme le plongeait une nouvelle fois dans la rivière pour le remplir, il ne se sentit pas la force de continuer, et lui dit :

« Je n’en peux plus, abandonne-moi ici. »

La vieille femme, étonnée et émue, lui demanda :

« Pourquoi me dis-tu cela mon ami ? Que t’arrive-t-il ? T’aurais-je trop fait travailler ? T’aurais-je heurté sans m’en rendre compte ?

Le pot lui répondit :

« Oh non, rien de tout cela ! Vois-tu, si j’ai tant de chagrin, c’est que je pleure mon inutilité. Alors que tu me remplis à ras bord à la rivière, je ne peux même pas te rendre la moitié de l’eau que tu m’as donnée lorsque nous arrivons à la maison. »

La vieille femme sourit, hissa doucement son fardeau sur ses épaules, et lui dit en prenant le chemin du retour :

« N’as-tu jamais remarqué la splendeur de ce chemin ? Chaque année, je plante des graines sur ses côtés. Avec l’eau que tu as laissé s’écouler tous les jours, elles sont devenues ces fleurs si gracieuses et si hautes, qui semblent danser avec la brise. Au lieu de contempler mes vieux pas alourdis fouler la terre poussiéreuse, mon cœur danse aussi désormais chaque jour, grâce à toi, dans leur délicate beauté parfumée.

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 22:17

Gruen Anselm 190La joie ne nous vient pas sur commande. Nous n'en éprouvons pas lorsque quelqu'un nous y exhorte. Et cependant, elle est de l'ordre d'une décision à prendre et, à ce titre, elle ne dépend que de nous. La joie est à la fois l'expression et la conséquence d'une vie accomplie.

 

En effet, il est de notre devoir de vivre avec intensité. À cette condition, notre vie se trouve empreinte de joie. Et il relève de notre décision de réagir d'une manière ou d'une autre à ce qui, chaque jour, nous arrive.

 

Si nous le voulons bien, les occasions de se réjouir ne manquent pas. Je puis être heureux en effet de l'éclat de l'aurore au soleil levant ainsi que de ce jour nouveau que Dieu m'offre. Ou encore de la rencontre avec d'autres êtres humains, de mon travail qui réussit, d'un cadeau reçu d'une amie...

 

Mais je peux aussi laisser ces opportunités dans l'ombre et me lamenter continuellement sur mon existence inaccomplie.

 

Comme nous l'enseigne la psychologie, la joie est une émotion supérieure. Elle nous met en mouvement, nous fait du bien. Cependant, il ne faut pas la réduire à une émotion.

 

L'Évangile de jean part du principe qu'en chacun de nous existe une source de joie, même si, subjectivement, nous ne la percevons pas. Souvent, nous la mettons de côté pour la bonne raison que nos soucis et notre anxiété la recouvrent, lui font écran. De sorte que la joie ne parvient même pas jusqu'à notre conscience. Pourtant, il suffit d'une parole d'amour adressée par quelqu'un, de la beauté d'une musique qui nous transporte pour que nous parvenions à entrer en contact avec cette source.

 

Jésus dit de lui-même et de ses paroles : « Je vous ai dit cela, afin que ma joie soit en vous et afin que votre joie soit parfaite. » (Jean, 15,11) Il part donc du principe que ses paroles engendrent de la joie chez ses disciples. Car celles-ci traduisent Sa joie profonde. Et dans la seconde partie de son discours, dans l'Évangile de jean, il cherche à réveiller chez eux la source de joie, enfouie.


Pour accéder à cette source de joie, souvent cachée, il y a la musique. Les Grecs l'appellent choros (chanter en choeur), terme qui provient de chara, la joie. Chanter nous met donc en contact avec la source de joie présente en nous-mêmes. Nombreux sont ceux qui en font l'expérience et qui disent que chanter leur est bénéfique. Et si je leur pose des questions plus précises, eh bien, ils confirment qu'après avoir chanté, ils se sentent intérieurement plus d'aplomb. En contact avec leur joie propre.

 

Saint Augustin, qui a développé une théologie spécifique de la musique, estime que chanter nous conduit au plus profond de notre âme. Cela nous met en contact avec le fondement de celle-ci, où la joie jaillit telle une source vive. Et souvent, faute de pouvoir trouver les mots pour l'exprimer, nous chantons sans paroles. Augustin qualifie cela de jubilus. Ce mot signifie, de fait, un chant sans paroles et empli d'allégresse, qui jaillit d'un coeur débordant.

 

Dans l'Évangile de saint jean, jésus parle aussi de la joie que personne ne peut nous dérober. Ce faisant, il ne dit pas que nous n'ayons pas aussi à éprouver la souffrance et le deuil. Car la joie est bien plus qu'une humeur superficielle et passagère. Elle est une attitude essentielle qui provient finalement de Dieu. C'est ainsi que jésus compare la situation de ses disciples à celle d'une femme en train d'accoucher. Finalement, la peine de cette femme va se métamorphoser en joie. « Ainsi, vous aussi, à présent, vous êtes affligés, mais je vais vous revoir, et, alors, votre coeur connaîtra la joie et personne ne vous la dérobera » (Jean 16,22). Le motif de cette joie, ce sont nos retrouvailles avec jésus.

 

Il est parmi nous dans l'Eucharistie. Il est en nous, dans notre coeur, lorsque nous prions ou méditons. Lorsque, à travers tous les soucis et toutes les angoisses, en dépit de la hargne, de la jalousie, et surtout de la culpabilité, nous parvenons au fond de notre âme, eh bien, nous y découvrons le fondement le plus intime, jésus lui-même. Et lorsque nous trouvons jésus au plus profond de notre coeur, alors nous trouvons en nous une joie que nul ne peut nous dérober.

Nous ne pouvons modifier nos émotions par la force, ni les programmer. Mais il dépend de nous de nous mettre en route vers la source de joie qui coule au fond de notre âme.

 

A chacun sa porte d'entrée. Pour l'un, ce sera la beauté de la nature, pour un autre, la musique, pour un autre encore, la prière et le silence. Évidemment, nous ne devons point nous contraindre à toujours être joyeux. Il suffit de croire que la « joie imprenable » demeure au fond de notre être. Alors, dans des périodes de deuil ou d'angoisse, nous saurons qu'elle ne nous abandonne pas.

 

Notre tâche, c'est de parvenir toujours au contact de celle-ci en nous ouvrant aux petits bonheurs du quotidien : la joie de vivre, de travailler, de faire des rencontres, de bavarder avec quelqu'un, de partager un repas. Car il importe de savoir que le fait de goûter à une multitude de petites joies, parfois invisibles au quotidien, est le chemin vers la « joie parfaite », cette haute expérience dont parle Jésus.

 

Lorsque la joie nous traverse, notre coeur se dilate. C'est alors que nous nous ouvrons, non seulement à Dieu, mais aussi aux êtres humains autour de nous, à la beauté de la nature, et aux nombreux présents que Dieu et les hommes nous offrent chaque four. Pour notre bonheur.

 

Le père Anselm Grün, 65 ans, est moine bénédictin, à l'abbaye de Münsterschwarzach, en Allemagne. Il est l'auteur de nombreux ouvrages à succès. Dont Retrouver en soi la source de la joie, Salvator, 2007.

 

Traduit de l'allemand par Martine Reille-Schlaïfer

Prier n°334 Septembre 2011

http://www.prier.presse.fr/

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