Vous trouverez ici des textes extraits de mes écoutes et lectures "spirituelles". Si un mot, une phrase, une
pensée, touche votre coeur c'est que Dieu vous a fait signe par les mots de ceux qu'Il inspire.
Kerizinen, 1938-1965
Rôle de la France, la Bretagne et le roi; le Rosaire
A Plouvenez-Lochrist en Bretagne, au hameau de Kerizinen, la Vierge, puis le Sacré-Cœur apparurent à Jeanne-Louise Ramonet (née en 1910) dès septembre 1938, alors quelle était en train de garder sa vache, jusqu’en octobre 1965.
Elle demanda la prière et la pénitence et une chapelle; et elle fit jaillir une source.
Elle confia certains messages prophétiques concernant principalement la France.
« Il va y avoir une prochaine guerre lourde de conséquences.
La France est appelée à être envahie et occupée par une armée russe.
C’est alors que les bons souffriront persécution de la part des sans- Dieu, mais que l’on prête attention à mes demandes et je vous protégerai de ces terribles ennemis.
Je descends pour épargner bien des peines, vous adoucir bien des maux.
Je descends pour relever et sauver la France.
Dans quelques temps, je lui donnerai un grand chef, un roi.
Elle connaîtra alors un tel redressement que son influence spirituelle sera prépondérante dans l’univers.
Mais je descends surtout pour vos âmes, pour les pécheurs.
C’est par la Bretagne, qui m’est restée le plus fidèle, que je veux rechristianiser la France, qui, revenue au Christ, revêtira un caractère tellement religieux quelle redeviendra la lumière des peuples païens.
Quelques années après cette prochaine guerre, vous en subirez une autre, mais après laquelle les fidèles serviteurs du Christ jouiront d’une douce et juste paix.
Ce sera le règne de Jésus par mon Cœur Immaculé.
Cependant, ces guerres pourraient être évitées si le monde repentant retournait à Dieu.» (29.05.1948).
«.. .C’est le peuple de France que j’ai choisi pour renouer les liens brisés du monde avec Dieu.» (6.03.1949).
«Je vous laisse un dernier espoir: qu’enfin l’on donne suite à mes demandes que de ce lieu, vers moi, s’élèvent honneurs multiples et ferventes prières, et la France, je la sauverai.
La France, des Russes je la garderai.
Ces derniers, touchés d’un soudain rayonnement, se joindront à une sagesse nouvelle du monde.» (6.03.1949).
«Le temps n’est plus éloigné où la France, ma nation préférée, recouvrera son vrai et clair visage. Mais auparavant, il y a le grand châtiment dû à vos fautes.» (9.12.1949).
«...Chrétiens, courage, le Règne de Dieu est proche. Il s'ouvrira par un fait aussi éclatant qu’inattendu.
Dieu se plaira à confondre l’orgueil des impies. Il brisera les obstacles et renversera les projets de ceux qui empêchent la lumière de se faire...
Et la France, cette nation de lumière, une fois sa dette payée, sera sauvée par des moyens en dehors de toute connaissance humaine et récompensée par une abondance de grâces et de bénédictions.
Toutes ces puissances qui, à ses côtés, auront combattu avec tant de courage et d’intrépidité, recevront cette belle récompense de prendre place au sein de l’Eglise romaine et catholique.
Celle-ci sortira elle-même renouvelée et rajeunie de ce baptême de sang.
A la place de ces trônes impies, s’élèveront deux trônes glorieux: celui du Sacré-Cœur de Jésus, celui de mon Cœur Immaculé.
Ainsi le nom de Dieu sera glorifié par toute la terre.
Plus le monde aura été hostile au surnaturel, plus merveilleux et extraordinaire seront les faits qui confondront cette négation du surnaturel.» (5.03.1955).
«.... C’est par nos deux Cœurs, unis en tout, criblés des mêmes blessures et continuellement martyrisés par l’ingratitude des hommes, que le salut des peuples se fera et que l’Eglise se relèvera, forte, unie, triomphante.
Combien grandes alors seront la splen¬deur et l’unité de l’Eglise du Christ.» (12.05.1955).
«....Visiblement, je couvrirai de ma protection ces terres bretonnes d’où doit surgir une France nouvelle, une France chrétienne, gouvernée par ce grand monarque, envoyé spécial de Dieu, défenseur de l’Eglise et de la liberté. Sous son règne, toute justice sera rendue.» (31.10.1956).
«... De terribles fléaux et événements vont purifier le monde, le libérer de ses erreurs et de ses désordres, afin de préparer son redressement universel.» (12.01.1957).
«....Dieu interviendra visiblement pour avoir raison de l’humanité révoltée afin d'écraser l’impiété et d’éclairer le rationalisme.
Il coupera, tranchant les membres gâtés et gangrenés de la société chrétienne.
Afin de sauver le reste du corps mystique de son Eglise.
Il vengera le sang de ses victimes et de ses justes que les impies auront persécutés. Alors l’on saura qu’il est le Maître de ce monde qu’il a créé et dont on prétend le chasser.
Touché des prières des justes et des cris de désespoir d’une humanité plus épouvantable qu’aux jours du Déluge Dieu interviendra miraculeusement comme il l’a promis...
Il rendra la paix à la société et un triomphe à l’Eglise.
Ce triomphe de l’Eglise sera vraiment miraculeux, avec l’extermination complète et imprévue des derniers coryphées du Démon.
Il sera incomparable, le plus beau de son histoire, et tel qu’il n’y en eut jamais de semblable. Il sera évangélique, basé sur l'humilité dans le succès, sur le détachement des biens et des dignités de ce monde, et surtout sur l’amour effectif du divin Crucifié.» (21.11.1957).
«... Considérez donc mes Révélations comme une Apocalypse mariale en total accord avec l’Apocalypse de saint Jean...
Aucun siècle n’aura vu autant de misères morales et physiques que celui où vous vivez.
Car le mal s’est accru sans cesse depuis deux cents ans.
Aussi, après tant de malheurs, vous êtes à la veille d’un cataclysme qui atteindra la société humaine en général.
Si Dieu, dans sa force et sa sagesse, n’y mettait une limite, l’humanité entière serait détruite par une cruauté des armes inventées par les hommes.
Elles provoqueraient leur propre destruction dans l’univers entier, dans la création entière, celle que Dieu a créée par amour, pour le bien et le bonheur de mes enfants.
Tout cela on veut le détruire!
C’est l’Enfer qui continue son jeu avec tous ses acolytes.
Mais, croyez-moi, j’aurai à nouveau la victoire.
Nul ne doit douter que je veuille donner la paix au monde, la vraie paix, celle qui exclut tout conflit, toute violence, tout trouble; celle qui engendre le bonheur et la joie du cœur.
Cette paix, aidez-moi à l’obtenir de Dieu par votre charité et votre prière.» (25.04.1961).
«....Avec vos Rosaires, formez une couronne qui recouvrira la terre d’une onde de prière.
Elle résistera une fois de plus au progrès des forces du mal qui menacent l’humanité, hatant, sans guerres ni révolutions, le triomphe pacifique de mon Cœur Immaculé, dans la paix, dans la justice, et dans l'amour du Christ, mon Fils.» (Dernier message du 1 er.10.1965).
La phase d’opposition du clergé, puis de distanciation s'est transformée de manière positive.
Un prêtre est chargé, non d’être le recteur du sanctuaire, mais d’y veiller positivement.
Dès 1981, le père Marie-Dominique Philippe, fondateur de la communauté Saint Jean devient le père spirituel de Jeanne-Louise pendant 14 ans, jusqu’à la mort de celle-ci en 1995; elle a 84 ans.
Bibliographie
- Messages du Ciel donnés à Kerizinen. Pierre Leroy, Rouen, 1971.
- Kerizinen; apparitions en Bretagne, Raoul Auclair, N.E.L, Pans, 1968.
Extraits de l'introduction au Guide Bleu sur la Bretagne 1924
Le peuple breton
Il est d’usage de distinguer deux Bretagnes : celle de l’Ouest, la Basse [Breiz Izel), où l’on n’a jamais cessé de parler le breton; celle de l’Est, la Haute [Bretagne. Gallo), d’où le breton, qui n’avait pas eu le temps d’y pousser de fortes racines, a totalement disparu à la suite des invasions normandes du IXeme siècle.
La frontière qui les sépare est purement linguistique.
Peut-être n’a-t-elle cependant pas été sans entraîner certaines dilférences de mentalité entre la Bretagne bretonnante et la Bretagne francisante ou patoisante, mais il serait imprudent de rien affirmer à cet égard, car on ne voit pas que les grandes caractéristiques de la race aient été moins prononcées chez un Chateaubriand, Haut-Breton, que chez un Renan, Bas-Breton, si, au contraire, clics ne l'ont été davantage.
Les Bretons de Basse-Bretagne, à leur tour, se répartissent eux-mêmes selon plusieurs types, correspondant, semble-t-il, aux diverses tribus insulaires qui fournirent des contingents à l’émigration.
C’est ainsi qu’il y a un Breton du Goëlo, entre Pairnpol et Guingamp; un Breton du Trégor, entre le Trieux et la rivière de Morlaix; un Breton du Léon, entre Saint- Bol et la pointe Saint-Mathieu; un Breton de Cornouaille, depuis Crozon jusque par delà Quimperié; un Breton du Vannctais, couvrant les deux tiers du Morbihan.
Et la subdivision ne s’arrête point là.
Chacune de ces espèces comporte des variétés qui ne sont pas seulement reconnaissables pour les gens du crû : témoin — pour ne citer qu’un exemple — ces deux catégories de Léonards, si opposées de physionomie, d’allures, de moeurs : l’habile maraîcher de Roscoff, penché sur ses champs de légumes, et le farouche pagan de Guissény, aux aguets devant les bris de mer.
A dire vrai, dans ce pays morcelé à l’infini, coupé de talus qui raccourcissent encore l’étroit horizon, le particularisme se manifeste de clocher à clocher, sinon de ferme à ferme, et c’est ce qu’exprime à merveille le proverbe celtique :
Comme le sol breton, la population bretonne abonde en contrastes.
Toutefois, à y regarder de plus près, ces contrastes, tout superficiels, se résolvent en une unité profonde.
La Bretagne
La Bretagne est une harmonie.
On ne saurait concevoir un coin du monde où l’accord soit plus complet entre le pays et l’habitant.
L’homme et le terroir, ici, se sont énergiquement marqués de leur mutuelle empreinte : ils ne se comprennent qu’en fonction l’un de l’autre.
Le Breton achève, parfait la Bretagne.
Comme l’a excellemment noté Michelet : « Sur la terre de granit marche la race primitive, elle-même d’une finesse de caillou ».
Il dit « finesse », non « dureté », et là est, en effet, le signe du peuple breton.
Trop souvent, on lui a prêté la solidité massive de ses rochers ou de ses chênes.
Peut-être serait-il temps de renoncer à ce poncif d’un Breton en pierre ou en bois.
Vidal de la Blache a écrit de la structure géologique de la Bretagne qu’elle « a moins de chair que de nerfs».
Il en va pareillement du Breton : c’est par-dessus tout un nerveux, un impressionnable.
Sa puissance d’entêtement a pu le faire prendre pour un volontaire, mais, à travers toute son histoire, il se révèle plutôt comme un sensitif et un imaginatif, avec des façons singulièrement « fines » de sentir et d’imaginer.
Sa logique est toute de sentiment, et c’est sans doute pourquoi Renan le classe parmi les races féminines.
A lui surtout pourrait s’appliquer la fameuse maxime : « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas. »
On le dit mélancolique, parce que sa joje n’est jamais débordante, ni vulgaire.
Rien de grossier chez lui, ni de bas. Même inculte, il a la passion des choses de l’esprit, des choses de l’âme.
Plus enclin au rêve qu’à l’action, il n’est pas rare qu’il aille jusqu’à sacrifier la réalité à ses chimères, sinon jusqu’à tenir ses chimères pour l'unique réalité.
C’est au premier chef un idéaliste. Par là s’expliquent ses qualités et ses défauts.
Ses erreurs mêmes ont ordinairement leur noblesse.
S’il se montre parfois trop dédaigneux des contingences matérielles, il possède, en revanche, une distinction morale qu’on a vu survivre aux pires déchéances.
Il y a en lui, si humble que soit le rang social auquel il appartient une sorte de gentilhomme natif.
La religion
Ajoutons que la forme la plus habituelle par laquelle se traduit son idéalisme est la religion.
Le Breton est à base religieuse, si l’on peut dire.
La pensée, voire la hantise de l’au-delà enveloppe, pénètre, imprègne sa vie.
Comme ses plus lointains ancêtres celtes, il subit le mystérieux attrait des problèmes de la mort.
Il n’y a pas de domaine où il s’aventure plus volontiers.
Il se meut naturellement dans le surnaturel et l'Autre Monde est, de tous ses thèmes familiers, celui qui lui a inspiré les plus beaux mythes.
On mesure l'emprise qu’une telle religion exerce sur l’âme, mais aussi la part de création personnelle qu’elle implique.
Même en matière de croyance, l’individualisme breton revendique ses droits, et il n’y a donc pas à s’étonner si, depuis Pélage et Abélard jusqu’à Lamennais, Renan, Félix Le Dantec, les plus grands exemples d’indépendance religieuse ont été donnés par des Bretons.
Ce qui ne veut nullement signifier — il s’en faut — que le Breton abdique aisément sa foi.
Disparue, elle agit encore sur lui.
Il y est d’autant plus attaché qu’elle lui vient de ses pères et qu’il la considère un peu comme le symbole toujours vivant de sa nationalité perdue.
Le trait le plus frappant de cette foi, c’est, en effet, le caractère national qu’elle a conservé.
Le Breton a ses cultes à lui.
Sa dévotion s’adresse de préférence aux saints issus de son lignage, à ceux que le vieil hagiographe morlaisien, Albert Legrand, appelle si justement les « Saints patriotes ».
Ces pieux thaumaturges des temps de l’Émigration, que, seule, la vénération populaire a canonisés, sont légion en Bretagne, comme en Irlande, comme en Ecosse, comme en Galles.
Leurs légendes, d’une poésie tantôt rude et tantôt charmante, ne sont pas toujours d’une orthodoxie irréprochable.
Mais il suffît au peuple breton qu’il se reconnaisse en eux, qu’il les sache de sa parenté, de son sang, qu’il puisse les invoquer, dans sa langue qui fut la leur, comme ses chefs de clan spirituels, les héros éponymes de sa race.
Ce fut sous la protection de sept d’entre eux qu’à l’origine de son histoire armoricaine, il plaça ses églises épiscopales de Saint-Malo, de Dol (Saint-Samson), de Saint-Brieuc, de Tréguier (Saint-Tudual), de Saint- Pol de Léon, de Quimper (Saint-Corentin), de Vannes (Saint-Patern).
Plus tard, ce fut en leur honneur qu’il fit jaillir des entrailles de la péninsule un merveilleux printemps artistique, épanoui très haut dans le ciel en une svelte floraison de pierre sculptée.
Longtemps ils ont présidé aux opérations essentielles de sa vie.
Chacun de leurs oratoires, riche ou pauvre, avait sa fête votive, son « pardon », vers lequel ou s’acheminait, par bandes endimanchées, de tout le pays avoisinant.
Les malades s’y faisaient véhiculer en chars à bancs, dans l’espoir d’obtenir la guérison, et les amoureux s’y donnaient rendez-vous pour deviser après vêpres de leurs accordailles, sous les arbres de l’enclos bénit.
On y conduisait même les bêtes à qui les saints celtiques ne sont pas moins propices qu’aux hommes.
Ces rites, que les côtes et les campagnes bretonnes pratiquaient jusqu'en ces toutes dernières années, vont s’abolissant de jour en jour.
Beaucoup de sanctuaires sont tombés en ruines; d’autres ont dû se résigner à l’abandon, désertés par des pèlerins chez qui de nouvelles conditions d’existence ont éveillé des goûts et des besoins nouveaux.
Ce n’est point, toutefois, que la Bretagne actuelle soit en train de rompre pour jamais avec ses dévotions anciennes.
Si elle ne fréquente plus aussi assidument ses petits « pardons », elle reste fidèle à ses grandes panégyries.
Les Bretons du Trégor continuent de s’empresser à Saint-Yves du Minihy, à Saint-Jean-du-Doigt, à la Vierge noire de Guingamp; ceux du Léon, au Folgoët; ceux de Cornouaille, à la Palud et à Locronan; ceux du Mené, a Saint-Mathurin de Moncontour; ceux du Vannetais, à Sainte- Barbe du Faouet, à Saint-Cornély de Carnac, à Notre-Dame de Josselin; et tous, en général, à Sainte-Anne d’Auray.
Sainte-Anne d’Auray, avec sa somptueuse basilique, éclose au milieu des landes, du rêve d’un laboureur obscur, apparaît à celte heure comme le pôle religieux de la Bretagne.
C’est là qu’il faut la voir défiler, le 26 juillet, dans la complexité vivante de son type et la pittoresque diversité de ses costumes; là qu’il faut entendre résonner la musique de ses quatre dialectes sur les lèvres de ses derniers chanteurs nomades; là qu’il faut assister à la représentation de ses mystères d’autrefois, ressuscités par un prêtre et joués par des acteurs paysans.
La poésie
On a dit de la Bretagne qu’elle était une poésie : elle a pareillement nourri une race de poêtes.
Il y a peu de Bretons qui ne reçoivent au berceau le don poétique, et beaucoup auraient droit, comme épitaphe, à ce vers de l’un d’eux, qu’une Américaine, amie de la Bretagne, a fait graver, dans le cimetière de Pluzunet, sur la tombe de la vieille chanteuse trégorroise, Marguerite Philippe :
Je n’ai fait qu’une chose ici-bas : j’ai chanté.
Telle fut aussi bien la destinée des Celles de tous les temps et de tous les pays.
Poètes et musiciens nés, les Gallois se définissent eux-mêmes « une mer de chant ».
On sait le rôle considérable que leurs harpeurs ont joué dans l’Europe occidentale du XIXeme siècle.
Les mélodies des lais nationaux qu’ils promenaient à travers les cours féodales, en s’accompagnant de la rote, captivèrent d’abord les oreilles, puis, lorsqu’on se fût fait initier aux paroles, les poignantes aventures d'amour et de mort qu’elles célébraient séduisirent les cœurs.
La rudesse de la société barbare s’attendrit au contact de l’ardente et fine sensibdité celtique.
« Les Bretagnes sensibilisent », selon le mot si juste d’André Chevrillon.
L’orientation de la littérature européenne s’en trouva changée : à l’inspiration purement guerrière et un peu brutale des Chansons de Geste, d’où la femme était presque absente, se substitua le lyrisme, tout de chevalerie et de passion, des Romans de la Table Ronde, où elle trônait.
Pour combien la Bretagne figura-t-elle dans ce mouvement idéaliste par qui les âmes furent comme renouvelées de fond en comble?
Si sa contribution ne fut pas aussi importante qu’on l’a parfois prétendu, elle fut loin d’être négligeable.
Nous avons déjà vu que c’est la Brocéliande armoricaine qui couvrit de ses ombrages complices la capitulation suprême de Merlin entre les bras de Viviane : c’est également un promontoire breton qui servit de théâtre au dénouement de la plus incomparable des tragédies d’amour, quand Iseult, après avoir pris la mer à l’appel désespéré de Tristan, n’aborda que pour rendre elle-même le dernier soupir sur son cadavre.
Nous avons, d’autre part, le témoignage formel d’une « saga » Scandinave qu’il existait en Bretagne, au temps de Guillaume le Conquérant, une « Dame rouge », poétesse et musicienne renommée, chez qui l’on pouvait, en toute occasion, s’approvisionner de chants inédits sur tel motif que l’on désirait.
Avec ses bardes, le pays possédait donc des bardesses.
De cette collaboration qui ne s'est pas démentie jusqu’à notre époque, est. sortie au cours des âges, toute une moisson de complaintes épiques et de ballades sentimentales, désignées, les unes sous le nom de Soniou, les autres sous le nom de Gwerziou. Gwerziou et Soniou, voilà proprement les deux cordes maîtresses de la harpe d’Armorique — Telen Arvoz, comme disait Brizeux.
La Bretagne intérieure
Le rigide manteau de pierre du Méné confisque d’abord la vue : mais que de petites Arcadies délicieusement verdoyantes ne recèle-t-il pas dans les cassures de ses plis!
Là sont les gorges secrètes, là les recoins ombreux, et les gazons idylliques, et les fraîches fontaines aimés de Virgile.
Et il n’y a pas jusqu’aux landes désertiques à travers lesquelles il faut gagner ces oasis qui, leur saison venue, ne se métamorphosent comme par miracle en de merveilleuses solitudes de rêve et d’enchantement.
Dès qu’avec la première brise attiédie de mars elles ont senti frémir sur elles le souffle du printemps breton, leurs ajoncs épineux, de mine ordinairement si hostile, se couvrent soudain d’autant de fleurs qu’ils ont de dards, et toute l’étendue rutile, submergée d’un immense flot d’or.
En septembre, c’est le tour des bruyères de dérouler leur somptueuse draperie d’améthyste, comme le deuil violet de l’été à son déclin.
Non, la Bretagne des monts, à l'envisager même en ses régions des plus stériles, n’est pas une déshéritée.
Ajoutons, néanmoins, que ce qui fait par-dessus tout sa séduction, c’est qu’elle est en même temps la Bretagne des bois, Argoat (par opposition à Armor, pays de mer.
Au témoignage des géographes, une impénétrable forêt de chênes occupait anciennement la presque totalité de la péninsule.
Sur la côte septentrionale, elle recula sans doute de bonne heure sous la pression du vent de noroît, mais, dans le Sud, elle devait envelopper encore les rivages, quand la race bâtisseuse de menhirs y dressa les alignements de Carnac.
Plus tard, les druides tinrent leurs assises dans ses arcanes et y célébrèrent leurs rites sacrés.
La conquête romaine lui imposa des coupes sombres : ses fourrés s’écartèrent, éventrés par la hache, des légions; les larges voies dallées de l’Empire la traversèrent de part en part; puis, les défrichements y pratiquèrent de vastes éclaircies.
Elle n’avait pourtant pas cessé de mériter le nom de « Forêt profonde » (Donna) lorsque, dans la seconde moitié du Veme siècle, les saints bretons abordèrent en Armorique.
Leur légende nous les montre attirés au débarquer par l’horreur mystérieuse des bois, où les plus caractéristiques d’entre eux, les Ronan, les Hervé, les Herbot, les Efflam, les Envel, se plongent et s’ensevelissent avec une sorte d'ivresse érémitique pour y travailler, hors du monde, à leur salut.
Actuellement, de cet océan d’arbres, il ne demeure qu’une succession morcelée de houles vertes, qui moutonnent aux flancs des monts ou ondulent dans leurs intervalles.
A ces tronçons épars se sont attachées des appellations diverses : Cranou, Coal-an-Noz, Beffou, Porlhuault, Lorges, Quénécan, Paimpont; mais il n’est pas un d’eux où ne palpite, toujours intacte, l'âme de la grande forêt primitive, devenue dans la tradition bretonne Brocéliande.
Brocéliande!
De quelle intensité de signification poétique un tel vocable n’est-il point rempli!
Il suffit de le prononcer pour qu'immédiatement surgissent devant l’esprit quelques-uns des plus beaux songes où l’imagination des hommes se soit bercée.
On est transporté au cœur de la féerie celtique; toute l’Arthuriade se reconstruit d'elle-mème autour de vous; on vogue en pleine « matière de Bretagne ».
Il semble que, dans la lumière élyséenne du sous-bois, vont repasser Lancelot, le preux des preux, et son fidèle Galchaut, prince des Iles Lointaines, et Keu, le sénéchal pervers, et Gauvain, l’irréprochable.
Et ils y repassent, en effet, car des Bretons les ont vus, comme ils ont vu, parmi les vapeurs du soir, flotter la blanche robe de Viviane, comme ils ont entendu résonner, dans les silences nocturnes, le cri, le « brait » de Merlin.
A Paimpont, les poteaux indicateurs vous jettent, aux carrefours des chemins forestiers, des noms magiques dont les syllabes se prolongent en vous avec une vertu d’incantations : Brécilien, Barenton, la Fontaine de Jouvence, la Butte aux PIaintes, le Val sans Retour!
Quoique réduite et appauvrie, l’antique mer de feuillage a gardé tous ses prestiges et tous ses fantômes.
[...]
Pendant des siècles, en effet, la forêt centrale, même dépecée, a joué dans l’histoire bretonne un rôle isolateur.
Pendant des siècles son armée d’arbres a défendu la péninsule contre les invasions qui venaient de l’Est et permis au peuple breton de mener une existence indépendante.
Mais, en revanche, elle l’a aussi condamné à vivre replié sur lui-même, enfermé dans son court horizon de collines et de huiliers, sans presque rien soupçonner de ce qui se passait au delà.
La barrière qu’elle opposait aux hommes, elle l’opposait également aux idées.
C’est la raison pour laquelle l'Argoat s’est plus lentement développé que l’Armor.
La mer est une porte toujours ouverte sur l’infini : elle incite aux voyages, aux échanges; elle développe le goût de l’aventure intellectuelle comme de l'aventure commerciale.
Il n’y a guère eu à faire figure dans le domaine de l’esprit que des Bretons qu’elle avait, dès le berceau, touchés de son souffle : Abélard et des envi-rons de Nantes; Le Sage, de Sarzeau; Chateaubriand et Lamennais, de Saint-Malo; Renan, de Tréguier; Hello, de Lorient; Villiers de l'Isle-Adam, de Sainl-Brieuc.
Tous sont, à quelque degré, des fils de la mer.
En regard de ces grands noms, la gloire de l’Argoat se résume toute dans un La Tour d’Auvergne, plus connu par sa mort, qui fut sublime, que par ses écrits qui, n’était la ferveur dont ils sont animés, seraient quelconques.
Tandis que ses illustres compatriotes de l’Armor répandaient le génie.
La chapelle Notre-Dame de la Pepiole près des Six Fours les plages dans le Var, date de l'époque mérovingienne. C'est l'un des plus vieux monuments paleochretiens d'Europe.
L’édifice religieux daterait du Ve et VIe siècles et été vraisemblablement étendu au VIIIe puis au XIIe siècles.
De style pré-roman elle a été construite par les moines de l'abbaye Saint Victor de Marseille.
Ancienne chapelle pré-romane, à trois nefs juxtaposées orientées est-ouest et trois absides, ornée d'un clocher et d’un campanile, représente sans doute l'ancien prieuré de Sancta Maria de Sexti Furno (Six-Fours).
Les fouilles révélent que cet établissement monastique remonte jusqu'à l’époque Carolingienne (Vème siècle), mais la date de fondation reste encore inconnue, elle fut agrandie et restaurée au XIème siècle.
Elle servit successivement de camp retranché, forteresse, oratoire et chapelle.
Son architecture offre une curieuse analogie avec les chapelles syriennes et chypriotes de l'époque de Cassien, venu d'Orient vers 414 fonder à Marseille le monastère de St Victor.
Les parties les plus modernes sont du XIIème siècle (le portail, la voûte à doubleaux de la nef nord et les deux grands arceaux de pierre bleus).
Une statue de la Vierge à l'enfant en bois polychrome du XVIème siècle à été sauvée des flammes à la révolution par les villageois alentours, elle fut cachée et transmise de génération en génération, elle ne réapparut que bien des années plus tard. Elle conserve les marques des flammes.
Elle a été restaurée en 1956 par le père Chalier, moine bénédictin de l'abbaye de Maredsous en Belgique.
Les vitraux polychromes de la chapelle, ont été réalisés par des bénévoles, les matériaux utilisés sont des culs de bouteilles, l'effet couleur est sublime, il respecte l'esprit de ce lieu de culte.
Ce lieu est aujourd'hui un lieu de ressourcement et de retraites spirituelles.
La chapelle fut inscrite à l’inventaire des monuments historiques en 1967.