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21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 19:19

Pour Vincenot, la trace du grand passage des sangliers était parallèle à celle de la Voie lactée... Et la voûte des cathédrales gothiques n'était que la continuation de l'architecture des dolmens... En racontant ses racines bourguignonnes et en évoquant une enfance ancrée dans une civilisation rurale, champêtre et sylvestre, Henri Vincenot a éveillé de très anciennes nostalgies... C'est en tout cas ce que le vieux conteur gaulois a expliqué à Pierre Vial, rédacteur en chef d'Éléments, qui est allé l'interroger chez lui en 1985 à Commarin, au cœur de cette Haute Bourgogne fièrement appelée le Toit du monde.

(...)


ÉLÉMENTS : Vous chantez souvent le mont Beuvray. Est-ce pour rappeler que les hommes, les peuples ont besoin d'avoir des hauts lieux où ils puissent venir se retremper, puiser un supplément d'âme ?

HENRI VINCENOT. Parfaitement, on ne peut pas dire mieux. Effectivement, au Beuvray, on reçoit quelque chose, exactement comme à Vézelay d'ailleurs, où il y avait aussi une montagne sacrée et des gorsedds (des « assemblées sur les hauteurs »). Bien sûr, il y a des gens qui disent : « Mais moi, je ne sens rien à Vézelay, et au Beuvray non plus. »

D'ailleurs, ils ne sentent rien nulle part... D'autres sentent quelque chose. Sur certaines hauteurs, sur certains points géodésiques il se passe quelque chose. Je prétends, moi, que les cathédrales et basiliques ont été construites pour capter ces forces, les amplifier et les renvoyer sur la foule qui vient là pour se faire « traiter ». Le culte chrétien est venu se superposer à cela.

ÉLÉMENTS : L'homme peut se brancher sur les forces naturelles. Vous rappelez par exemple le conseil de votre grand -père : se plaquer contre un arbre pour accueillir en soi un courant régénérateur. Et vous parlez aussi de la grande secousse ressentie lorsqu'on est en un point précis d'une église romane. Les constructeurs médiévaux avaient donc recueilli de vieilles traditions, de vieilles connaissances des courants telluriques ? Et certains symboles ont été placés comme des points de repère...

HENRI VINCENOT. Les constructeurs médiévaux, jusqu'au milieu du XIVe siècle, ont construit dans cet esprit-là. Il faut rappeler l'importance des frères constructeurs et notamment des Culdés.

D'origine celtique, ils avaient des franchises: c'étaient des maçons francs, constructeurs et chercheurs qui ont amélioré le dolmen - car je suis persuadé que l'église à voûte a été tout simplement l'agrandissement du dolmen. De perfectionnement en perfectionnement, on en est arrivé aux voûtes d'Amiens, de Reims... édifices construits, comme par hasard, sur des lieux dolméniques où passent des courants particuliers, des courants telluriques.

C'est-à-dire qu'il y a dans la nature des courants de forces. Pour reprendre des forces, c'est vrai que mon grand-père s'adossait à un arbre, de préférence un chêne, et se pressait contre lui. En plaquant son dos, ses talons, ses mains contre un tronc d'arbre, il ne faisait rien d'autre que capter les forces qui vivent et montent en l'arbre. Il ne faisait qu'invoquer, pour y puiser une nouvelle énergie, les puissances de la terre, du ciel, de l'eau, des rochers, de la mer...

ÉLÉMENTS : L'ensemble de vos livres rappelle qu'il est vital de prendre conscience d'un héritage. Cet héritage a pu se transmettre au fil des siècles grâce à quelques hommes.

Vous évoquez, par exemple, dans Les étoiles de Compostelle, l'étonnante figure de saint Bernard, en disant qu'il a recueilli et transmis le savoir des druides.

Certains symboles, comme ces croix celtiques, ces roues solaires dressées sur certaines églises cisterciennes, seraient là pour aider à cette transmission de l'héritage.

Aujourdhui, des historiens de renom reconnaissent à quel point le christianistne a puisé, pour s'imposer et durer, dans le vieux fond ancestral des croyances et traditions païennes. En somme -- et nous voici au cœur d'un paganisme panthéiste Dieu est inscrit dans le monde, Dieu est le monde ?

HENRI VINCENOT. Dans Les étoiles de Compostelle, je n'ai rien inventé. Les symboles que j'y décris sont encore en place, telle cette croix celtique en pierre qui se dresse sur l'abbatiale de la Bussière. Je ne peux pas voir cette rouelle, cette roue solaire, sans me sentir remué jusqu'au plus profond de moi.

Je fais faire, pour ma femme, une stèle funéraire qui sera tout simplement une croix celtique fichée en terre, comme dans les cimetières irlandais, basques, bretons.

Et puis la pierre, en tant que telle, joue son rôle. Ceux qui fabriquent des églises en ciment armé n'ont rien compris au rôle de la pierre qu'un homme comme Bernard de Fontaine, que l'Église appelle saint Bernard, avait, lui, fort bien compris. Comme il avait compris d'autres choses...

ÉLÉMENTS : On a l'impression, à vous lire, que vous vous méfiez des grandes métropoles cosmopolites, vibrionnantes, sans âme, et que vous n'êtes à l'aise que dans ces vieux pays gaulois où l'on connait encore la valeur des choses de la vie : marcher en forêt, faire un bon repas (sans regarder sa montre toutes les deux minutes), parler avec des amis...

HENRI VINCENOT. Je vous parlais tout à l'heure de ces gens qui ont voulu s'instalIer par ici et qui sont repartis parce qu'ils étaient incapables de s'adapter, parce qu'ils étaient complètement déformés par Ia vie de ces grandes rnétropoles où l'on ne rencontre pas la nature.

Moi, j'ai fait 27 ans de Paris. Heureusement, on avait trouvé à se loger près du Jardin des Plantes. Il y avait bien de l'herbe, mais c'était interdit de marcher dessus, il y avait bien des arbres, mais c'était interdit d'y grimper... Les gardiens étaient toujours après mes enfants à cause de ça...

Et quand en été, on venait ici, en Bourgogne, pour retaper la vieille masure que j'avais achetée, les enfants se jetaient dans les ronces, et leurs amis de Paris qu'on amenait. avec nous faisaient de même... Tellement il est normal que le petit d'homme soit attiré par la nature.

Si on le coupe de ça, c'est terminé : il finit par perdre l'habitude de ce que cela représente et même à ne plus comprendre du tout ce que c'est. Moi, maintenant, je sais que l'écrivain peut avoir une sacrée responsabilité. Depuis que j'ai entendu des gens à qui je demandais pourquoi ils voulaient s'installer à la campagne me répondre : « Mais c'est parce qu'on a lu vos livres ! »

ÉLÉMENTS : Pour en revenir à L'œuvre de chair, vous évoquez sans cesse les grands thèmes arthuriens et en particulier la Queste du Graal, en rapprochant le Graal de la Femme en tant que détentrice des forces de vie, de génération et régénération. En somme, la Queste du Graal, c'est la Queste de la Femme, la Femme primordiale qui est coupe d'immortalité ?

HENRI VINCENOT. C'est une façon de formuler la chose. Le Graal c'est bien ça, en effet. Mais on ne le dit pas si précisément. Vous savez que les contes, et notamment les contes bretons, sont des œuvres qui manient beaucoup le symbolisme. Les alchimistes ont vu dans le Graal le chaudron dans lequel se passe le Grand Œuvre transformer un métal vil en un métal précieux.

Il y a une autre façon de voir les choses : le Grand Œuvre, c'est la transformation et l'amélioration de l'âme humaine. Le vase initiatique peut être toutes sortes de choses. Entre autres, la femme, ce vase où la rencontre de l'élément masculin et de l'élément féminin donne cette chose formidable qui s'appelle la vie.

En tout cas, moi, Bourguignon, c'est ainsi que je comprends le Graal. Et ce que disait saint Bernard de Marie me conforte dans cette idée. Car Bernard de Fontaine, c'était un sacré bonhomme. « Le rouquin comme l'appelle La Gazette et cette appellation a tellement amusé un ecclésiastique de mes amis qu'il est allé chercher dans des textes médiévaux -- et il a bel et bien retrouvé ce surnom donné à saint Bernard !

Comme quoi ce vieux fou de La Gazette - il a bel et bien existé, ce personnage de mes romans, je l'ai vu passer souvent sur la route, devant l'atelier de mon père - n'était pas si fou que ça. Il y a des choses que j'ai écrites sous sa dictée, j'en suis persuadé. Tenez, le coup de l'escargot...

ÉLÉMENTS : Le coup de l'escargot ?

HENRI VINCENOT. oui. J'étais en train d'écrire Le pape des escargots. Le soir, je lis à ma femme le passage où La Gazette fait découvrir à Germain et Gilbert, deux sculpteurs qui travaillent à Saint-Seine l'Abbaye, un escargot sculpté au pied gauche d'un chapiteau. Et il leur explique le symbolisme de l'escargot...

Ma femme me dit : « C'est bien, mais es-tu sûr qu'il y a un escargot à Saint-Seine ? » Je dois avouer que je n'étais jamais allé voir cette abbaye... J'avais imaginé cette scène... Et puis, intrigué, je finis par aller jusqu'à l'abbaye. Je monte les six marches du narthex, je vais jusqu'au chapiteau que j'avais décrit par l'imagination, dans mon bouquin.

Et là... il y avait un escargot. Quand je suis revenu, ma femme m'a dit : « Mais qu'est-ce que tu as ? Tu es tout pâle ! » En somme, j'ai écrit sous la dictée de quelque chose ou de quelqu'un -je ne sais quoi, je ne sais qui, mais qui doit bien exister...

Mars 1985, Élements

http://www.seraphim-marc-elie.fr/

 

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20 août 2022 6 20 /08 /août /2022 19:06

 

1- Venez du fond des temps, du bout du monde,
Cœurs transpercés par la soif et la faim,
Ouvrez la porte de la joie profonde:
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

2- Ce soir de l’eau se change en vin de noce,
Sur la montagne, on multiplie le pain,
La vigne en fleur nous donne un fruit précoce:
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

3- Parole accomplissant les Écritures
Mots d’un amour qui n’aura pas de fin,
Le Verbe se fait chair et nourriture:
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

4- Marie nous donne Dieu comme une enfance
La multitude est le fruit de son sein,
Voici l’épouse et la nouvelle Alliance:
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

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Paroles et musique : R. Stamps

Titre original (EN) : God and man at table are sat down

© 1972, Robert J. Stamps, Oral Roberts University.

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19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 19:30

Saint Siméon Stylite l’Ancien (vers 389-459) : il entend Jésus lui dire le sens de sa vocation

Vers 402, le jeune Siméon, humble berger comme son père, assiste à la messe dans une église, quelque part dans la région d’Alep (Syrie). Ce jour-là, le prêtre prêche sur les béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur : le royaume de Dieu est à eux… » (Mt 5).

Siméon se sent rempli de joie. Il ferme les yeux et se met à prier. Mais vaincu par la fatigue, il s’endort.

Il fait un songe : « Il me semblait que je creusais les fondements d’un édifice. Quand je crus la fosse assez profonde, je m’arrêtai : ‘creuse encore !’ me dit une voix. Par quatre fois je repris mon travail et je m’arrêtai, et par quatre fois j’entendis la même parole : ‘creuse encore !’ »

A cet instant, le jeune garçon sent qu’il est incapable par lui-même de poursuivre ce travail et sent ses forces décliner. La voix lui dit alors : « C’est assez ! Maintenant tu peux élever un édifice aussi haut qu’il te plaira ».

Au réveil, il sait ce que le Seigneur lui demande : vivre au sommet d’un lieu surélevé, loin du monde, près du Ciel…

Devenu ermite sur le mont Laïloun (Syrie du Nord), il est visité par une foule de gens qui troublent son ascèse. Il découvre un pilier de pierre avec une plate-forme d’environ un mètre carré à son sommet. Se souvenant des paroles entendues jadis dans l’église, il passe les 39 dernières années de sa vie au sommet de cette colonne haute d’environ 3 mètres.

Vénéré dès son vivant, Siméon donna sa tunique de berger à l’empereur byzantin Léon Ier et le roi de Perse lui voua une grande admiration.

Un bout de sa colonne était toujours visible jusqu’à l’éclatement de la guerre civile en 2011.

Source : d’après Hippolyte Delehaye, Les Saints stylites, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1923 ; Philippe Escolan, Monachisme et Eglise : Le monachisme syrien du IVe au VIIe siècle : un monachisme charismatique, Paris, Beauchesne, 1999

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