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11 décembre 2018 2 11 /12 /décembre /2018 23:59
Humour

Un jour, Raymond Devos, fameux humoriste "théologien", rentre dans une église en Lozère. Il s’approche du chœur et là qu’est-ce qu’il voit ? Dieu en train de prier.

Dieu se prie-t-il lui-même ? Intrigué, l’humoriste raconte s’approcher délicatement de Dieu. On ne dérange pas quelqu’un en prière, surtout si c’est Dieu lui-même, et lui demande  : « Mon Dieu, qui priez-vous ?  » Et Dieu lui répond : « Je prie l’Homme ».

Spirituellement, c’est une explosion nucléaire ! Toutes les fausses attitudes spirituelles sont balayées, effacées, carbonisées.

Dieu nous prie ? De fait, depuis que nous avons touché au fruit de l’arbre défendu et que nous nous sommes planqués dans les bosquets, Dieu ne cesse de nous prier de lui dire où nous sommes ! « Où es-tu ? » demande Dieu à Adam au jardin d’Eden (Genèse 3, 9).

Dieu ne cesse de nous appeler

Nous aurions tort de croire qu’aujourd’hui, Dieu ne nous pose plus cette question. Dans le silence, résonne la prière de Dieu à notre attention : Où es-tu ? Où en es-tu ? Cela montre l’indéfectible attachement qui nous lie à Dieu. Dieu ne cesse de nous appeler.

Notre prière, n’est en fin de compte, qu’une réponse à la prière que Dieu nous adresse. Quand nous prions Dieu, nous nous rendons « géocalisables » et comme Dieu veut que nous devenions ses amis, la rencontre se produit.

En nous priant, Dieu nous prouve qu’il croit en nous. Prendre conscience de cela transforme toute notre vie. Il est donc plus fertile de croire que Dieu croit en nous. C’est infiniment plus puissant. C’est bien le sens profond de la foi qui est une vertu théologale, c’est-à-dire une vertu qui vient de Dieu.

Mieux encore, si Dieu croit en nous, cela veut dire qu’il espère en nous. Notre mémoire génétique spirituelle, notre ADN est contenue dans cette espérance. S’il nous a donné la vie, c’est pour que nous partagions la sienne. Tout est disposé pour cela. L’espérance est, elle aussi, vertu théologale parce qu’elle vient de Dieu, comme la foi. Il est donc plus puissant de croire que Dieu espère en nous.

Comment ne pas comprendre alors que si Dieu nous prie, c’est qu’il nous aime. Il nous aime inconditionnellement. C’est par amour qu’il nous a créés. Nous sommes le fruit de l’amour de Dieu. Alors, là, s’effectue la grande bascule ! Dieu nous aime pécheurs que nous sommes, et en cela, il est plus fécond de croire que Dieu nous aime.

Se savoir aimé de Dieu

Une de mes jeunes terminales lorsque j’étais aumônier de lycée vint un jour me dire, triomphante : l’amour, c’est chimique ! Elle réduisait l’amour à une série de sécrétions hormonales ou l’ocytocine avait la vedette. De fait, la formule chimique de Dieu, nous la connaissons  : A+M+O+U+R. Mais une formule chimique à l’exemple de celle de l’eau, H2O, n’a jamais étanché la soif ! Même si vous sucez le papier sur lequel la formule est écrite, vous resterez sur votre soif.

Il faut se « savoir » aimé de Dieu et je dis bien savoir. Sentir, c’est bien, mais savoir, c’est mieux. Saint Jean dans sa première épître nous met sur cette voie : « en ceci consiste l’amour, ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés le premier « (1 Jean 4, 10-19).

Ainsi l’amour, comme la foi et comme l’espérance, est une vertu théologale, elle vient de Dieu. Se savoir aimé transforme notre vie. La plupart des humains ne s’aiment pas ou s’aiment mal ; la preuve en est que nombreux sont ceux qui aspirent au bonheur et font leur propre malheur.

L’amour de Dieu, c’est comme le thé, il faut qu’il infuse
Prenons donc conscience que Dieu nous prie d’accueillir son amour. Si nous répondons à sa prière et accueillons son amour, alors nous devenons libres car nous serons remplis de son amour.

Nous pourrons ainsi briser le cercle vicieux qui fait que chacun ayant besoin d’être aimé, attend que l’autre l’aime et comme l’autre ne l’aimera jamais à la hauteur du désir que Dieu seul peut assouvir, l’être se referme sur lui-même et s’aigrit.

Alors je vous en prie, si Dieu vous prie, priez-le aussi.

Alain Noel

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 23:56
Mandala de la Terre
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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 23:55
Victor Hugo fait l'éloge du prophète Mohammad

L’AN NEUF DE L’HEGIRE

Comme s’il pressentait que son heure était proche,

Grave, il ne faisait plus à personne une reproche ;

Il marchait en rendant aux passants leur salut ;

On le voyait vieillir chaque jour, quoiqu’il eût

A peine vingt poils blancs à sa barbe encore noire ;

Il s'arrêtait parfois pour voir les chameaux boire,

Se souvenant du temps qu’il était chamelier.

Il semblait avoir vu l’Eden, l’âge de d’amour,

Les temps antérieurs, l’ère immémoriale.

Il avait le front haut, la joue impériale,

Le sourcil chauve, l’œil profond et diligent,

Le cou pareil au col d’une amphore d’argent,

L’air d’un Noé qui sait le secret du déluge.

Si des hommes venaient le consulter, ce juge

Laissait l’un affirmer, l’autre rire et nier,

Ecoutait en silence et parlait le dernier.

Sa bouche était toujours en train d’une prière ;

Il mangeait peu, serrant sur son ventre une pierre ;

Il s’occupait de lui-même à traire ses brebis ;

Il s’asseyait à terre et cousait ses habits.

Il jeûnait plus longtemps qu’autrui les jours de jeûne,

Quoiqu’il perdît sa force et qu’il ne fût plus jeune.

A soixante-trois ans une fièvre le prit.

Il relut le Coran de sa main même écrit,

Puis il remit au fils de Séid la bannière,

En lui disant : ' Je touche à mon aube dernière.

Il n’est pas d’autre Dieu que Dieu. Combats pour lui. '

Et son œil, voilé d’ombre, avait ce morne ennui

D’un vieux aigle forcé d’abandonner son aire.

Il vint à la mosquée à son heure ordinaire,

Appuyé sur Ali le peuple le suivant ;

Et l’étendard sacré se déployait au vent.

Là, pâle, il s’écria, se tournant vers la foule ;

' Peuple, le jour s’éteint, l’homme passe et s’écroule ;

La poussière et la nuit, c’est nous. Dieu seul est grand.

Peuple je suis l’aveugle et suis l’ignorant.

Sans Dieu je serais vil plus que la bête immonde. '

Un cheikh lui dit : ' o chef des vrais croyants ! le monde,

Sitôt qu’il t’entendit, en ta parole crut ;

Le jour où tu naquit une étoile apparut,

Et trois tours du palais de Chosroès tombèrent. '

Lui, reprit : ' Sur ma mort les Anges délibèrent ;

L’heure arrive. Ecoutez. Si j’ai de l’un de vous

Mal parlé, qu’il se lève, ô peuple, et devant tous

Qu’il m’insulte et m’outrage avant que je m’échappe ;

Si j’ai frappé quelqu’un, que celui-là me frappe. '

Et, tranquille, il tendit aux passants son bâton.

Une vieille, tondant la laine d’un mouton,

Assise sur un seuil, lui cria : ' Dieu t’assiste ! '

Il semblait regarder quelque vision triste,

Et songeait ; tout à coup, pensif, il dit : ' voilà,

Vous tous, je suis un mot dans la bouche d’Allah ;

Je suis cendre comme homme et feu comme prophète.

J’ai complété d’Issa la lumière imparfaite.

Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.

Le soleil a toujours l’aube pour précurseur.

Jésus m’a précédé, mais il n’est pas la Cause.

Il est né d’une Vierge aspirant une rose.

Moi, comme être vivant, retenez bien ceci,

Je ne suis qu’un limon par les vices noirci ;

J’ai de tous les péchés subi l’approche étrange ;

Ma chair a plus d’affront qu’un chemin n’a de fange,

Et mon corps par le mal est tout déshonoré ;

O vous tous, je serais bien vite dévoré

Si dans l’obscurité du cercueil solitaire

Chaque faute engendre un ver de terre.

Fils, le damné renaît au fond du froid caveau

Pour être par les vers dévoré de nouveau ;

Toujours sa chair revit, jusqu’à ce que la peine,

Finie ouvre à son vol l’immensité sereine.

Fils, je suis le champ vil des sublimes combats,

Tantôt l’homme d’en haut, tantôt l’homme d’en bas,

Et le mal dans ma bouche avec le bien alterne

Comme dans le désert le sable et la citerne ;

Ce qui n’empêche pas que je n’aie, ô croyants !

Tenu tête dans l’ombre aux Anges effrayants

Qui voudraient replonger l’homme dans les ténèbres ;

J’ai parfois dans mes poings tordu leurs bras funèbres ;

Souvent, comme Jacob, j’ai la nuit, pas à pas,

Lutté contre quelqu’un que je ne voyais pas ;

Mais les hommes surtout on fait saigner ma vie ;

Ils ont jeté sur moi leur haine et leur envie,

Et, comme je sentais en moi la vérité,

Je les ai combattus, mais sans être irrité,

Et, pendant le combat je criais : ' laissez faire !

Je suis le seul, nu, sanglant, blessé ; je le préfère.

Qu’ils frappent sur moi tous ! Que tout leur soit permis !

Quand même, se ruant sur moi, mes ennemis

Auraient, pour m’attaquer dans cette voie étroite,

Le soleil à leur gauche et la lune à leur droite,

Ils ne me feraient point reculer ! ' C’est ainsi

Qu’après avoir lutté quarante ans, me voici

Arrivé sur le bord de la tombe profonde,

Et j’ai devant moi Allah, derrière moi le monde.

Quant à vous qui m’avez dans l’épreuve suivi,

Comme les grecs Hermès et les hébreux Lévi,

Vous avez bien souffert, mais vous verrez l’aurore.

Après la froide nuit, vous verrez l’aube éclore ;

Peuple, n’en doutez pas ; celui qui prodigua

Les lions aux ravins du Jebbel-Kronnega,

Les perles à la mer et les astres à l’ombre,

Peut bien donner un peu de joie à l’homme sombre. '

Il ajouta ; ' Croyez, veillez ; courbez le front.

Ceux qui ne sont ni bons ni mauvais resteront

Sur le mur qui sépare Eden d’avec l’abîme,

Etant trop noirs pour Dieu, mais trop blancs pour le crime ;

Presque personne n’est assez pur de péchés

Pour ne pas mériter un châtiment ; tâchez,

En priant, que vos corps touchent partout la terre ;

L’enfer ne brûlera dans son fatal mystère

Que ce qui n’aura point touché la cendre, et Dieu

A qui baise la terre obscure, ouvre un ciel bleu ;

Soyez hospitaliers ; soyez saints ; soyez justes ;

Là-haut sont les fruits purs dans les arbres augustes,

Les chevaux sellés d’or, et, pour fuir aux sept dieux,

Les chars vivants ayant des foudres pour essieux ;

Chaque houri, sereine, incorruptible, heureuse,

Habite un pavillon fait d’une perle creuse ;

Le Gehennam attend les réprouvés ; malheur !

Ils auront des souliers de feu dont la chaleur

Fera bouillir leur tête ainsi qu’une chaudière.

La face des élus sera charmante et fière. '

Il s’arrêta donnant audience à l’espoir.

Puis poursuivant sa marche à pas lents, il reprit :

' O vivants ! Je répète à tous que voici l’heure

Où je vais me cacher dans une autre demeure ;

Donc, hâtez-vous. Il faut, le moment est venu,

Que je sois dénoncé par ceux qui m’ont connu,

Et que, si j’ai des torts, on me crache aux visages. '

La foule s’écartait muette à son passage.

Il se lava la barbe au puits d’Aboufléia.

Un homme réclama trois drachmes, qu’il paya,

Disant : ' Mieux vaut payer ici que dans la tombe. '

L’œil du peuple était doux comme un œil de colombe

En le regardant cet homme auguste, son appui ;

Tous pleuraient ; quand, plus tard, il fut rentré chez lui,

Beaucoup restèrent là sans fermer la paupière,

Et passèrent la nuit couchés sur une pierre

Le lendemain matin, voyant l’aube arriver ;

' Aboubékre, dit-il, je ne puis me lever,

Tu vas prendre le livre et faire la prière. '

Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ;

Il écoutait pendant qu’Aboubékre lisait,

Et souvent à voix basse achevait le verset ;

Et l’on pleurait pendant qu’il priait de la sorte.

Et l’Ange de la mort vers le soir à la porte

Apparut, demandant qu’on lui permît d’entrer.

' Qu’il entre. ' On vit alors son regard s’éclairer

De la même clarté qu’au jour de sa naissance ;

Et l’Ange lui dit : ' Dieu désire ta présence.

- Bien ', dit-il. Un frisson sur les tempes courut,

Un souffle ouvrit sa lèvre, et Mohamed mourut.

Victor Hugo, le 15 janvier 1858.

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